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La réouverture de la Cinémathèque française

 Le nouveau bâtiment de la Cinémathèque, signé Frank Gehry.
© Alain Goustard. |
Le beau bâtiment, préfiguration du musée Guggenheim de Bilbao, construit lui aussi par Frank Gehry, abrite désormais la Cinémathèque française, le Musée du cinéma et la Bibliothèque du film.
L’étrange construction, dont les volumes un peu biscornus ne sont pas sans évoquer quelque décor de film expressionniste, retrouve ainsi une nouvelle vie et offre à l’enseignant un magnifique outil pour parfaire la connaissance du 7e art.
Deux expositions illustrent ce renouveau : « Passion cinéma » et « Renoir/Renoir ».
Passion cinéma
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L’exposition permanente « Passion cinéma » est consacrée à la création et au développement de la collection de la cinémathèque, depuis sa fondation en 1936, par Henri Langlois.
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Elle recouvre en fait une véritable histoire du 7e art.
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La première partie, consacrée aux origines du spectacle projeté dans l’obscurité, se compose, pour l’essentiel, de la collection de Will Day, un Anglais passionné par cette aventure.
On découvrira les vues d’optiques du graveur Martin Engelbrecht (1684-1756) qui représentent des paysages de villes tantôt diurnes, tantôt nocturnes : un astucieux système de perforations de la gravure éclairée de face ou de dos explique l’effet.
On retrouvera égalament les silhouettes de théâtre d’ombres de toutes les civilisations. Parmi les ravissantes lanternes magiques du XVIIIe siècle qui vont se perfectionner tout au long du XIXe, on remarquera une double lanterne qui permettait, déjà, de faire des fondus enchaînés. On admirera aussi les jouets optiques de cette époque qui, se fondant sur le phénomène physique de la persistance rétinienne, donnent l’impression du mouvement. Ainsi le praxinoscope, sorte de tambour perforé surmonté d’une lampe à abat-jour, fait apparaître, quand on le fait tourner, un trapéziste qui exécute son numéro de voltige. Le folioscope lui aussi donne l’impression du mouvement quand défilent les feuillets dessinés accrochés à une roue... Ces incunables du cinéma sont bien des objets d’art.
La suite de l’exposition mêle habilement appareils de prise de vue, accessoires, documents et séquences filmées. Il est impossible de tout citer, d’ailleurs le propos de la manifestation n’est pas de faire une histoire exhaustive du film mais de poser des jalons de son évolution jusqu’à aujourd’hui. La fameuse affiche 1900 pour les projections des frères Lumière fera sourire.
 Le robot de Métropolis.
© Jaïme Ocampo-Rangel - collection Ci.tif. |
On s'arrêtera un peu plus longtemps chez Méliès dont on voit ici la maquette du studio – le premier studio de cinéma jamais construit –, les nombreux dessins préparatoires à ses productions qui révèlent un réel talent d’artiste, le costume écarlate d’un « Lunien » (néologisme basé sur Terrien) et quelques extraits de son Voyage dans la Lune (la première superproduction de l’histoire du cinéma qui durait plus de dix minutes !).
À côté, se dresse le robot de Métropolis de Fritz Lang entouré de l’affiche et d’extraits projetés à même le sol qui plongent le visiteur dans l’atmosphère futuriste du film. On s’émerveillera devant les costumes : la cape et la tunique impalpables que revêtait Stacia Napierkowska dans L’Atlandide de Jacques Feyder ou encore la robe portée par Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent de Victor Fleming ou, plus près, les costumes pour la Reine Margot de Patrice Chéreau. À chaque fois, un extrait filmé situe le vêtement dans son contexte : ces toilettes, un peu passées parfois, retrouvent alors leur magie.
Surgit alors toute la dimension mythique du cinéma...
Gilles Coÿne
Renoir/Renoir
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La première exposition temporaire (jusqu’au 9 janvier 2006), de la Cinémathèque retrace les itinéraires parallèles du père, Pierre-Auguste, qui peignait, et du fils, Jean, qui faisait des films.
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 La Balançoire. Pierre-Auguste Renoir, 1973. Paris, Musée d'Orsay.
© Photo RMN, Hervé Lewandowski. |
Auguste Renoir était le chantre de la lumière, de la joie, du plaisir. Sa vision du monde, telle qu’elle ressort de sa peinture, était résolument optimiste. Il aimait les femmes, les enfants, le soleil, les fleurs. Son œuvre porte la marque de cet émerveillement. Quelques splendides toiles dominent la remarquable sélection picturale : Bal au Moulin de la Galette, Montmartre, (voir Zoom sur une œuvre), Danse à la ville et Danse à la campagne, Torse, effet de soleil et La Balançoire. Ces tableaux, trop connus parfois, trouvent une nouvelle jeunesse dans la confrontation avec les extraits des films du cinéaste Jean : ce chassé-croisé offre une occasion inespérée de les redécouvrir.
On retrouve chez Jean Renoir un optimisme identique, une joie de vivre similaire, mais son regard se teinte parfois d’un désenchantement, d’une indulgence, devant le petit théâtre de la comédie humaine, bien étrangers à la production de son père.
Tout comme lui, il aimait les femmes et les a passionnément filmées, mais ce n’est pas sans une certaine ironie qu’il oppose le portrait de la fine Henriette à sa mère plus vulgaire dans Partie de campagne. La figure pleine de fantaisie d’Ingrid Bergman dans Elena et les Hommes domine la séquence du 14 juillet et ce, non sans un soupçon de misogynie – il est vrai que les hommes ne sont pas mieux traités.
 Partie de campagne. Jean Renoir, 1936
© Les films du jeudi |
Il sait, lui aussi, dire, avec les moyens du cinéma, la sensualité irrésistible de la nature. Il n’est que de confronter l’extrait du Déjeuner sur l'herbe – la longue description du cours d’eau pour symboliser la montée du désir – avec le Chemin montant dans les hautes herbes pour comprendre le panthéisme qui irradie les deux œuvres.
Les extraits de la dernière séquence de French Cancan, par leur force explosive, animent en quelque sorte le Bal au Moulin de la Galette.
Cette ultime confrontation termine un parcours qui se garde de faire des rapprochements trop explicites et encore moins de rechercher une influence littérale du peintre sur le cinéaste. Mais il réussit pleinement à faire émerger la part de l’histoire partagée et sa réinterprétation singulière dans l’œuvre de ces deux créateurs.
G. C.
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La Cinémathèque française
Musée du cinéma
51, rue de Bercy, 75012 Paris
Tél. 01 71 19 33 33
À consulter
France5 Éducation a ouvert un site autour de l'exposition Renoir/Renoir. À partir de « Partie de campagne », la nouvelle de Maupassant adaptée par Jean Renoir, il propose une plongée dans l'univers créatif du peintre, du cinéaste et aussi de l'écrivain. Avec, pour les enseignants, des pistes pédagogiques de la maternelle au lycée.
Pour les classes
La Cinémathèque dispose d’un service pédagogique et d’ateliers spécialement aménagés pour l’accueil du jeune public. Ce service propose au monde scolaire une série d’activités d’ouverture au monde du cinéma : ateliers, projections, visites d’expositions et des journées thématiques en collaboration avec le musée d’Orsay.
Ce service organise également des formations auprès des enseignants et des actions en milieu scolaire, en Île-de-France comme sur le plan national.
Informations
Tél. 01 71 19 33 66
Mél s.taous@cinemathequefrancaise.com |
 Bal du Moulin de la Galette, Montmartre. Pierre-Auguste Renoir, 1876. Paris, Musée d'Orsay.
© Photo RMN, Hervé Lewandowski. |
La toile a été peinte sur l’emplacement même du café du Moulin de la Galette à Montmartre. Chaque jour, les amis du peintre portaient l’encombrante toile depuis l’atelier de l’artiste qui était tout proche. Ils posaient aussi pour les différents personnages car Renoir, trop désargenté, ne pouvait payer ses modèles.
Sous les ombrages de ce bal (qui se tenait en plein air), la foule danse. Au premier plan, une réunion d’amis (ceux du peintre) qui boivent, discutent. On remarquera avec quelle maestria Renoir a reproduit les bigarrures de la lumière avec ses taches d’ombre et de soleil. On notera aussi la construction de la toile partagée en deux par une diagonale : à droite, les personnages proches du spectateur – de véritables portraits –, à gauche et au fond, les danseurs.
Mais ce qui fait l’originalité de l’œuvre, c’est le cadrage qui est déjà cinématographique (le tableau date de 1876, le cinéma ne sera inventé que vingt ans plus tard). On dirait aujourd’hui en langage cinématographique que c’est une plongée.
Les cinéastes utiliseront plus ou moins consciemment les cadrages des tableaux, qu’ils soient anciens ou modernes. Et il serait intéressant pour un enseignant et sa classe de mener une enquête à ce sujet au Louvre ou à Orsay. Ainsi, la caravane des Pèlerins allant à La Mecque de Léon Belly (1861) à Orsay, c’est déjà du cinémascope...

Sur le chemin de l’école

Créations de Anu Tuominen
 Couleurs sales. Anu Tuominen, 2000.
© Jussi Tiainen |
L’Institut finlandais a confié sa grande salle d’exposition à l’artiste finlandaise Anu Tuominen. Celle-ci, dans le cadre d’un cycle consacré à l’éducation, a « bricolé » une série d’installations qui déclinent le quotidien dans les écoles de ce pays nordique.
Anu Tuominen travaille à partir d’objets d’usage courant qu’elle détourne pour construire de petites œuvres empreintes de poésie. Ainsi des taille-crayons emmanchés de crayons de dimensions diverses dessinent une flûte de Pan ; une moufle de laine rouge avec un bouton évoque une petite souris ; des gommes usagées et dépareillées, placées côte à côte, construisent un très convaincant tableau contemporain. C’est fou, ce que l’on peut faire avec des craies...
La plasticienne a tricoté au crochet des pastilles de couleurs diverses, ouvrage de dame s’il en fut, pour composer une palette, contrepoint ironique d’une boîte d’aquarelle. Le titre de cet assemblage, Couleurs sales, dit aussi la distance que prend l’auteur par rapport aux vertus ménagères que l’on demande aux femmes traditionnellement. Plus loin en assemblant des moufles et des chaussettes de laine (la Finlande est un pays froid), elle compose des créations qui sont à la fois des patchworks et des tableaux grâce à un sens très sûr de la ligne et des couleurs.
L’artiste, avec ces bricolages naïfs et subtils, porte sur le monde de l’école un regard d’enfant dont l’humour et la fraîcheur ne doivent pas faire oublier le sérieux : sous la beauté des objets les plus humbles, se cache une réalité qui est la vie même. Elle dessine aussi, avec les trouvailles qu’elle fait en chinant aux puces, une histoire, une généalogie du monde enfantin : assemblages de pupitres de différentes époques, amoncellement de tasses en métal émaillé hors service, livres scolaires ou de contes...
L’enseignant trouvera ici, outre une inspiration pour des travaux à faire en classe, un modèle d’appréhension du réel par la poésie.
G. C.
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Sur le chemin de l’école. Anu Tuominen
14 septembre – 29 octobre 2005
Institut finlandais
60, rue des Écoles, 75005 Paris
Tél. 01 40 51 89 09
Mél info@institut-finlandais.asso.fr
Pour les classes
Visites libres |

Les Bidules de Maître Molina

Quotidiens brésiliens
Maître Molina (1917-1988), titre qui ne lui fut accordé qu’à la fin de sa vie, était le fils de pauvres paysans de l’État de Sao Paulo au Brésil. Il a arpenté, en une longue errance, son pays tout au long d’une vie de marginal, en faisant un peu tous les métiers : livreur de lait, mineur dans une mine de charbon, apprenti tailleur, etc. Il dessine, il peint, il joue de la musique et pour cela fabriquera lui-même son violon. Ce n’est que tardivement, à l’âge de 52 ans, qu’il commence à fabriquer, avec des matériaux de récupération – bouts de ficelle, tissus, morceaux de bois au rebut, plâtre, mousse, carton, etc. –, des scènes animées représentant le peuple brésilien dans son quotidien. Ces œuvres, maître Molina les nommait des geringonça, terme brésilien familier qui désigne un objet fabriqué de bric et de broc. Elles sont composées de petits personnages, d'objets, d'outils, de machines et d'animaux peints et fixés sur des tables et mis en mouvement par un système complexe d'axes et de poulies.
 Bar des travailleurs. Maître Molina, 1986. Collection SESC Sao Paulo-Brésil.
© Photo Everton Ballardin/ SESC Sao Paulo, Brésil |
Le Pavillon des Arts, à Paris, expose quelques-unes de ses créations où l’on voit une multitude de petits personnages en train de travailler ou de se divertir. L’univers de Molina est celui des petits, des sans-gloire, ceux dont l’avenir est plein d’incertitudes. Il sourd de ces maquettes, documents uniques sur le Brésil populaire, une joie de vivre, une gentillesse, une spontanéité typiques de ce pays.
Les Menuiseries Natal montrent des ouvriers s’affairant sur leurs machines : les uns scient, les autres rabotent, les derniers assemblent les meubles. Il ne faut pas regarder le détail des silhouettes qui sont frustes et taillées un peu à l’emporte-pièce. Mais le spectateur sera ravi par le jeu des ficelles et des poulies qui met en branle tout ce petit monde, un meccano à la fois rustique et subtil. Un spot habilement placé en projette l’ombre sur le mur du fond : la scène prend alors un aspect fantastique.
 Bar des travailleurs, détail, 1986.
© Photo Everton Ballardin/ SESC Sao Paulo, Brésil. |
Plus loin, le Parc d’attraction, le Bar des travailleurs décrivent les distractions des quartiers populaires. Il faut minutieusement analyser les détails pour en saisir la saveur : le chien qui vole, l’ivrogne qui est tombé et qu’il faut ramasser, les manèges qui tournent.
Les Défricheurs de la forêt qui représente un campement en Amazonie, la Fabrique de farine de Manioc qui explique comment cet aliment de base est traité pour devenir comestible, La Vie à la ferme, sont autant d’instantanés où la diversité du Brésil apparaît.
Les années passant, les « bidules » de Maître Molina deviennent de plus en plus sophistiqués : on ne voit plus les poulies ni les leviers qui meuvent les personnages. Les couleurs se font plus vives, les silhouettes plus expressives.
On ne doit pas croire que ces productions se bornent à une simple illustration de la réalité. Il émane, par exemple, une étrange poésie du Palais des fantômes, avec ses têtes blêmes et ses apparitions. Quant aux Scènes de la vie du Christ, vaste panorama de sept mètres de long, elles constituent une entreprise ambitieuse et réussie.
Cette exposition, variée et séduisante, devrait inspirer maître et élèves en montrant qu’avec un peu d’astuce et beaucoup de poésie – et les classes n’en manquent certainement pas –, on peut créer une œuvre belle et significative.
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Les Bidules de Maître Molina
23 septembre 2005 – 26 mars 2006
Pavillon des Arts
Les Halles, porte Rambuteau
Terrasse Lautréamont, 75001 Paris
Tél. 01 42 33 82 50
Publication
Les Bidules de Maître Molina, catalogue trilingue (français, brésilien, anglais). 34 EUR.
Pour les classes
Ateliers, visites et contes
Service pédagogique
Tél. 01 42 33 83 65
Fax 0140 28 93 22 |

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