Introduction à la socio-histoire
Gérard Noiriel
 
Résumé
On assiste à une multiplication, depuis quinze ans à peu près, de recherches estampillées « socio-histoire ». Mais la diversité des chercheurs et des travaux se déclarant proches de ce courant a rendu nécessaire une tentative d’unification et de définition. C’est l’objectif de ce petit ouvrage de Gérard Noiriel, que l’on peut, par ses travaux sur l’immigration notamment, considérer comme le chef de file et le précurseur du mouvement. Il lui appartient de caractériser la socio-histoire, surtout dans ce qui la différencie de la sociologie historique d’un Norbert Elias, ou de l’histoire sociale d’un Christophe Charle, voire de la micro-histoire d’Alain Corbin, qui tous se placent sous le double patronage de l’histoire et de la sociologie.
Commentaire critique
Pour l’auteur, l’originalité de la socio-histoire repose sur la combinaison des « principes fondateurs » de l’histoire et de la sociologie. De l’histoire, la socio-histoire reprend la méthode critique telle qu’elle a été fixée à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire l’étude des « traces » laissées par le passé (archives notamment) afin de retrouver, derrière, les individus en chair et en os. La socio-histoire construit ses questionnements à partir du monde contemporain. Elle a pour vocation de comprendre le monde contemporain, et pour cela se tourne vers le passé, d’où l’importance accordée à la genèse des phénomènes. De la sociologie, la socio-histoire reprend la démarche de déconstruction des entités collectives (l’État, les entreprises, les classes sociales, etc.) pour retrouver le lien social. Comme le sociologue, le socio-historien analyse le lien social en terme de relation de pouvoir, et s’intéresse surtout à la transformation historique de ces relations de pouvoir (domination comme solidarité) par le développement des « relations à distance » (relations médiatisées par des objets, par opposition aux relations de face-à-face). Une fois ce cadre théorique clarifié, la socio-histoire fonctionne comme une « boîte à outils », pour reprendre les propres mots de l’auteur. Elle emprunte des concepts au sociologue ou à l’historien afin de résoudre un problème empirique précis.
Commence alors la seconde partie passionnante de l’ouvrage, où la méthode socio-historique entre en action. L’auteur s’appuie sur les travaux les plus récents en histoire politique, culturelle ou économique et sociale et montre comment la socio-histoire en renouvelle profondément les approches. Prenons l’exemple de la construction de l’État national, spécialité de l’auteur. Là où l’histoire des relations internationales parle « d’éveil des nationalités » (ce qui se répercute même sur les titres des chapitres des manuels d’histoire de l’enseignement secondaire), le socio-historien y voit une forme particulière de mobilisation politique, que les concepts éliassiens entre autres permettent d’analyser. On passe d’une forme de mythe des origines à l’étude d’une « configuration » : le préalable nécessaire à la naissance d’un État étant le monopole de la violence sur son territoire, il faut donc voir avec qui le nationalisme est en concurrence, quelles sont les formes d’action inventées pour s’imposer (l’enseignement de l’histoire par exemple, l’accaparement de la « Kultur » par la bourgeoisie allemande chez Elias, etc.), les arguments avancés (historiques, linguistiques), l’utilisation des symboles, etc.
L’ouvrage regorge d’études de cas de ce type. On aura un regret cependant : l’ouvrage semble vouloir remplir un autre objectif, celui d’une fresque plus générale des relations entre l’histoire et la sociologie. Le propos de l’auteur n’est donc pas resserré autour de ce que la socio-histoire réutilise, ce qui perd un peu le lecteur.
Niveau de lecture
Connaissances préalables requises.

Note de lecture rédigée par Guillaume Yon,
élève de l’ENS de Cachan (94)

NOIRIEL Gérard
Introduction à la socio-histoire
Paris : La Découverte, 2006. 122 p.
(Collection Repères – Thèses et débats ; 437)
ISBN : 2-7071-4723-0


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