L’Économie domestique. Entretien avec Florence Weber [Ethnographie du quotidien, 1re partie]
Florence Weber ; Julien Ténédos
 
Résumé
Les lecteurs d’IDEES connaissent bien Florence Weber, qui participe activement au comité d’orientation de la revue et qui a coordonné le dossier sur l’approche ethnographique paru dans le numéro de février 2006. Dans cet entretien réalisé par Julien Ténédos (qui dirige et anime la collection, nouvelle, « Entretiens »), vous découvrirez son parcours intellectuel, ses projets de recherche, sa méthode (l’approche ethnographique) et son domaine de prédilection : l’économie domestique.
Commentaire critique
« Faire de l’ethnographie contre la philosophie ; faire de l’anthropologie contre le structuralisme ; faire de l’ethnologie de la France contre l’ethnologie exotique. » Mieux qu’un long discours, cette formule de Florence Weber résume, à elle seule, tout le sens de sa vie intellectuelle.
Normalienne, fille de philosophes, elle a toujours cherché à faire « parler le terrain » plutôt que les livres. L’anthropologie structurale de Lévi-Strauss, dominante dans les années 1960 et 1970, est rejetée au profit d’une approche moins universaliste, plus compréhensive… et aussi plus féministe.
Si les discours féministes s’imposent dans les années 1970, les institutions, y compris universitaires, font preuve d’une solide force d’inertie. Sur ce point, les jeunes lecteurs découvriront (avec horreur !) qu’à la fin des années 1970, il existait une École normale supérieure pour les garçons (Ulm) et une ENS pour les filles (Sèvres), et surtout que la cantine et la bibliothèque de la rue d’Ulm étaient interdites aux filles…
En forgeant cette ethnographie du quotidien, Florence Weber a refusé le « grand partage » entre l’Occident et les Autres (« The West and the Rest ») ; elle a ainsi cherché à développer des outils conceptuels transposables à tous les terrains mais aussi à favoriser le dialogue entre les différentes sciences sociales et en particulier entre la sociologie, l’anthropologie et l’économie.
L’économie domestique est un domaine qui se prête particulièrement bien à ce rapprochement interdisciplinaire. La microéconomie standard s’est très vite emparée de cet objet d’études mais en le réduisant, dans un premier temps, à un homo œconomicus égoïste maximisant son seul bien-être personnel sous sa contrainte budgétaire. L’approche anthropologique permet de prendre en compte tous les membres du foyer, voire la parentèle (la maisonnée), mais aussi d’intégrer l’ensemble des contraintes matérielles et symboliques qui pèsent sur les décisions des individus. Loin de réduire le consommateur à une simple machine à calculer, cette approche enrichit sa représentation en le dotant d’un minimum d’altruisme et de réflexivité. L’anthropologie rejoint alors les travaux les plus récents d’économie.
La femme est évidemment un acteur essentiel de cette économie domestique, d’où un nouveau programme de recherches sur le care que Florence Weber débute aujourd’hui au sein du Centre d’études de l’emploi (CEE).
Comme on le voit, en retraçant les itinéraires intellectuels de chercheurs en sciences sociales, la collection « Entretiens » permet de mieux comprendre leurs œuvres et nous invite à les lire ou relire. Elle permet aussi de comprendre comment se font les sciences sociales en incitant, on l’espère, les jeunes étudiants à devenir les chercheurs de demain.
Niveau de lecture
Enseignants et étudiants.

Note de lecture rédigée par Gilles Martin,
professeur de SES au lycée Lakanal, Sceaux (92)

WEBER Florence ; TÉNÉDOS Julien
L’Économie domestique. Entretien avec Florence Weber [Ethnographie du quotidien, 1re partie]
Monts : Aux lieux d’être, 2006. 128 p.
(Collection Coll. « Entretiens )
ISBN : 2-916063-09-9


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