L’image
 F. Bonfils. Bédouines syriennes, c. 1880.
© BnF |
La scène représente trois femmes immobiles, yeux baissés, la femme au centre de l’image semblant plus âgée, et une jeune fille endormie. Des palmiers, un sol sableux et le titre de l’image, de type ethnographique, Bédouines syriennes évoquent un oasis. Les trois femmes, à l’attitude identique, se ressemblent, par l’unité de leurs tenues vestimentaires. On aperçoit une stèle à droite derrière le groupe. Une lumière douce et diffuse éclaire le côté gauche des visages.

L’état de la photographie en Orient en 1880
La période 1840-1880 est l’âge d’or de la photographie en Orient. Les pionniers du voyage photographique comme Maxime Du Camp, Auguste Salzmann, Félix Teynard, John B. Greene ont réalisé leurs albums en utilisant dès 1850 le procédé du calotype, au magnifique rendu esthétique (des contours légèrement flous dus à la structure fibreuse du papier). Il est ensuite remplacé par l’emploi du négatif sur verre au collodion, les épreuves étant ensuite reproduites sur papier albuminé. Le procédé, associant un temps de pose rapide à la reproductibilité de l’image, s’est imposé pour un quart de siècle, permettant d’obtenir des photographies d’une grande netteté. Pour répondre à la demande des voyageurs occidentaux aisés, des professionnels installent de nombreux studios. Des photographes comme Francis Frith, James Robertson, J. Pascal Sebah, Félix Bonfils parviennent à allier les impératifs commerciaux à une production intense, mais de qualité, aux thèmes variés : scènes de genre et types pittoresques, paysages, ruines. Le développement de tels studios s’achève avec la diffusion, à partir de 1880, de la carte postale.

Le photographe
Félix Bonfils, né à Saint-Hippolyte-du-Fort, en 1831, relieur de métier, apprend la photographie avec Niépce de Saint-Victor, neveu de Niépce, qui a mis au point le procédé de fixation de l’épreuve négative sur verre. En 1867, il s’installe à Beyrouth. Sa femme Lydie (1837-1918) réalise des portraits en studio tandis qu’il photographie en extérieur, parcourant le Moyen-Orient. En 1871, il reçoit une médaille de la Société française de photographie pour ses épreuves sur l’Égypte, la Palestine et la Syrie. Son fonds de photographies comprend alors 15 000 tirages et 9 000 plaques stéréoscopiques, qui permettent la vision en relief. En 1872, il publie aux éditions Ducher un album de 100 photographies du Proche-Orient, vendu dans le monde entier par des agents. En 1876, il se fixe à Alès pour publier une série de cinq albums, Souvenirs d’Orient : album pittoresque des sites, villes et ruines les plus remarquables. Il obtient en 1878 une médaille à l’Exposition universelle de Paris. Son fils Adrien (1861-1929) prend la relève à Beyrouth. Félix Bonfils meurt à Alès en 1885. Adrien et sa mère continuent à faire fonctionner l’atelier jusqu’en 1918, pour le céder ensuite à Abraham Guiragossian, associé depuis 1909. L’atelier ferme définitivement en 1938.

Analyse
À qui est destinée la photographie ? Les portraits et les vues de l’atelier Bonfils, destinés aux artistes, aux voyageurs et aux touristes de plus en plus nombreux, sont vendus à l’unité ou rassemblés dans des albums commercialisés dans les grands hôtels fréquentés par les Occidentaux et dans les grandes capitales européennes (voir à ce sujet : Théophile Gautier, Voyage en Égypte, Paolo Tortnese, La Boîte à documents, 1996). L’image participe de la scène de genre dont sont friands les Occidentaux. Le photographe affiche à son enseigne : « Photographie de Bonfils. Curiosités de tout l’Orient » .
À quel genre cette photographie appartient-elle ? L’image des Bédouines syriennes renvoie surtout à un Orient féminin et mythique symbolisé par la reine Didon, la reine de Saba, Salammbô, Salomé ou Schéhérazade. Le désert, avec ses connotations bibliques, autre élément exotique de la littérature et de la peinture, est de façon métonymique, circonscrit à l’oasis. La scène de genre est réduite à sa plus simple expression : femmes au repos dans l’oasis. Est gommé ce qui participe généralement du pittoresque (femme qui danse, vend des fruits, se pare de ses bijoux, fume le narguilé, s’apprête à sa toilette). Du studio demeurent et font signe : - le fond peint où sont esquissés des palmiers et où est suggérée la proximité du désert ; - le sol parsemé de pierres, et une stèle dont l’interprétation reste mystérieuse.
Comment s’organise la composition du groupe ? La composition triangulaire de facture très classique est reprise en abyme par la pose de chacune des trois femmes et par la stèle. L’enfant endormie et allongée vient rompre la trop grande rigidité du groupe. Les regards baissés avec ostentation participent de la condition réservée à la femme. Un masque semble se substituer au visage et ajoute encore à l’austérité qui préside à l’ensemble. Le drapé des vêtements, savamment étudié, s’apparente au rendu pictural. Les pieds sont nus comme il est d’usage pour de nombreuses femmes portraiturées, même si certaines peuvent porter des mules.

Avec les élèves
Comparer cette image au portrait de Sarah Bernhardt par Nadar et à une carte de visite de Disdéri.
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Dégager les qualités propres à Bonfils.
On pourra élaborer collectivement avec les élèves une méthode d’analyse ou leur fournir une proposition de grille.
 A. Disdéri. Monsieur le docteur Cabrares, c.1860.
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 Nadar (Gaspard Félix Tournachon, dit). Sarah Bernhardt, c.1860.
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Plusieurs portraits-cartes de Disdéri, à consulter sur le site du musée Niépce.
www.museeniepce.com/ |
Voir l’analyse de cette photographie de Nadar sur le site L’Histoire par l’image.
www.histoire-image.org/ |
Biographies en ligne
– Nadar (1820-1910) www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/
– Disdéri (1819-1899) www.museeniepce.com/ |

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