 D.R. |
Un film de montage de Laurent Véray et Agnès de Sacy (2003), avec les voix de Mathieu Amalric, Zabou Breitman et Jochen Haegele, produit par Quark Productions, diffusé dans Infrarouge.
48 min |
la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 2006, 0 h 40
L'émission
Durant la première guerre mondiale, les opérateurs ont été présents sur le front pour rendre compte de la vie des soldats ; mais la vigilance de la censure, le poids de la propagande et le danger représenté par les prises de vues lors des combats font que bien peu de films sur la guerre elle-même ont pu être portés à la connaissance des spectateurs de l’époque.
Ce sont ces archives inédites que l’historien Laurent Véray et la scénariste Agnès de Sacy ont montées. Ces images saisissantes, minutieusement choisies parmi un grand nombre d’archives, sont de natures diverses (films de propagande où sont reconstitués des combats héroïques, vues neutres et distantes du front, scènes de la vie quotidienne des poilus ou des soldats allemands...) retracent de manière chronologique la vie menée par les soldats au front depuis le départ des armées dans l’été 1914 jusqu’aux festivités de la victoire. De précieux documents qui, loin de rendre compte des seuls événements militaires, laissent entrevoir ce qu’aucun autre mode de représentation ne saurait restituer avec autant de vérité : la fatigue, la détresse, la souffrance des hommes. Les réalisateurs du film les ont accompagnées, en voix off, de commentaires très documentés que deux opérateurs, un Français et un Allemand, auraient pu apporter sur leurs images. Ces commentaires leur confèrent une densité humaine encore plus forte.
Pistes à suivre
Une guerre des images
[Histoire et français, 3e et 1re]
À quoi servaient ces films ? Relever les types de films qui sont montrés et dégager leurs différentes fonctions, leurs publics potentiels dans le cadre de la première guerre mondiale. Distinguer :
– les fictions de propagande destinées à stimuler le patriotisme à l’arrière (exemple : 5e min). Pourquoi n’étaient-elles pas montrées aux combattants eux-mêmes ? Définir le terme de « propagande ».
– les films destinés aux pays neutres (les usines allemandes, 17e min ; les Allemands aidant les réfugiés français, 22e min) : que montrent-ils ? Définir le terme de « contre-propagande ».
– les films destinés à l’arrière : que veut-on transmettre aux civils ? Conclure sur le fait que très peu de ces vues avaient été tournées pour simplement témoigner de la réalité de la guerre : relever quelques exemples de celles-ci dans L’Héroïque Cinématographe. Indiquer pourquoi elles ont été éliminées : censure (les cadavres après la bataille, 26e min), problèmes techniques (vues en caméra portée qui relèvent de l’expérimentation, 39e min).
L’ennemi. Étudier la manière dont est représenté l’adversaire dans ces films en vous appuyant sur les vues de colonnes de prisonniers russes (14e min) ou allemands (15e min) : quels procédés cinématographiques accentuent le caractère spectaculaire de ces « captures » ? Comparer ces vues avec les plans rapprochés des soldats allemands et préciser les différences dans les sensations éprouvées.
Propagande. Comparer deux extraits : le film de propagande joué par des comédiens (début à la 5e min, suite à la 30e min) et l’assaut réel par un opérateur depuis la tranchée (24e min) : opposer les types d’action, les points de vue, les mises en scène de l’un et les contraintes de tournage de l’autre.
Filmer la guerre, filmer en guerre
[Histoire, 1re ; TPE, 1re L : « Représenter la guerre »]
Que montrer ? Que cacher ? Étudier les premiers extraits de films utilisés dans L’Héroïque Cinématographe (1re et 2e min), dont il est dit que, malgré l’apparente vérité du combat filmé, ils sont l’objet de reconstitutions bien après les événements. Qu’est-ce qui, en effet, trahit l’inauthenticité de ces vues ? (Prises de vues face aux soldats, cadrage soigné, raccords dans le mouvement, explosions « trop belles pour être vraies », cartons qui relaient le récit.)
Puis étudier les véritables vues tournées par les opérateurs en 1914-1918. Que montrent-elles ? Que ne peuvent-elles pas montrer ? Pourquoi ?
Un regard contraint. Expliquer les difficultés éprouvées par les opérateurs à filmer les combats : matériel lourd, étroitesse du champ de vision, notamment dans les tranchées, danger de la prise de vues, etc. Après avoir observé attentivement plusieurs de ces vues, dégager un type de plan récurrent : le panoramique (déplacement de la caméra sur son axe), généralement de gauche à droite. Quels effets crée-t-il ?
Certaines vues, dit le commentaire, ont été censurées (cadavres après la bataille, 25e min) : indiquer les raisons de cette censure.
Être et paraître. Recenser quelques exemples de vues dans lesquelles on trouve des regards-caméra (les soldats « regardent » le spectateur) et distinguer les attitudes prises par ces soldats :
– les soldats partant en guerre en 1914 (3e et 4e min) ;
– les soldats posant devant la caméra (le soldat de la région niçoise, 11e min ; les poilus posant crânement et se livrant à des facéties, 46e min) : se sachant filmés, ceux-ci cherchent à transmettre à leurs proches un signe de vie ou un sentiment de joie qui contraste de toute évidence avec la souffrance ressentie quotidiennement ;
–les « gueules cassées » (37e min).
Opposer le souci des hauts officiers de construire leur image en paraissant proches de la troupe (Pétain visitant un cantonnement, 32e min).
Pour en savoir plus
Adieu la vie, adieu l’amour. RAYNAL Gérard. La Sept/Arte, Soleluna Films, CNDP, 1998. Coll. « Côté Télé ». VHS : 61 min. Notice.
C’est pas sorcier n° 27 : Les Poilus. CNDP, 2002. Coll. « Côté Télé » VHS : 3 x 26 min. Notice.
PUISEUX Hélène, Les Figures de la guerre, Gallimard-NRF, coll. « Le temps des images », 1997.
« Verdun », Les Cahiers de la Cinémathèque, n° 69, 1998.
L’Historial de la Grande Guerre de Péronne est devenu un incontournable musée international d'histoire comparée qui a renouvelé la vision du conflit de 1914-1918.
www.historial.org/
Loïc Joffredo, professeur d’histoire et de géographie |
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