Photographes de Mao
 

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Un documentaire de Claude Hudelot et Jean-Michel Vecchiet (2003), produit par les Productions de la citrouille et diffusé dans Contre-courant (France 2).
52 min

mercredi 18 février 2004, 21 h 40
Rediffusions : vendredi 20 février, 18 h 35 ; samedi 21 février, 17 h 40 ; jeudi 26 février, 18 h 20
 

L’émission
Le documentaire s’ouvre sur un couple de personnes âgées. Chacun se présente : Hou Bo, la femme, est paysanne du nord de la Chine et Xu Xiaobing, l’homme, originaire d’un milieu intellectuel de Shanghai. Rien de bien extraordinaire dans ce couple chinois qui évolue sur la célèbre place Tianan men à Pékin. Pourtant, cette femme et cet homme ont traversé de nombreuses épreuves et leur travail est certainement un des plus connus du monde puisqu’ils sont les photographes qui ont immortalisé les moments de la vie de Mao Zedong, le maître de la Chine communiste, pour le compte des services de la propagande.
L’aventure commence dans les années 1930 lorsque la Chine doit faire face à l’invasion japonaise. L’un et l’autre rejoignent la ville de Yanan dans le sud du pays, là où viennent de se rassembler les forces communistes suite à la Longue Marche qui a fait, en raison des combats et des privations, des dizaines de milliers de morts. C’est dans cette ville que les deux aventuriers se rencontrent, puis se marient. C’est là également que ces deux personnages vont unir leur destinée à celle du charismatique chef du parti communiste chinois, Mao Zedong. Ils vont ainsi traverser les périodes les plus grandioses et parfois les plus noires de l’histoire de la Chine contemporaine. En devenant les photographes de Mao de 1939 à 1961, ils vont œuvrer pour la propagande, chacun dans leur domaine, pour montrer la grandeur du leader communiste chinois, de la ville de Yanan à la ville natale de Mao, Shaoshan, en passant par les grands voyages qu’ont faits les dirigeants communistes chinois dans le pays à cette époque.
Ils sont ainsi les témoins privilégiés des grandes phases de l’instauration du communisme tel le Grand Bond en avant et son échec. La proximité et l’attachement à la personne de Mao ne les protégera pas des excès de la révolution culturelle et de la haine. Ainsi, la femme du Grand Timonier, Jiang Qing, poussera Hou Bo dans la grande machine concentrationnaire de Chine, le laogai, où elle passera quelques années avant de recouvrer la liberté, mais non la reconnaissance de ses concitoyens. C’est ainsi un témoignage touchant de la vie, unique, d’un couple chinois plongé dans cette période semée de turbulences. Chacun apporte sa vision, Mao y apparaît comme quelqu’un d’un peu plus humain dans un premier temps, mais aussi capable des pires atrocités avec l’aide de son épouse. La touche finale nous dévoile une Chine certainement très différente de celle que Hou Bo et Xu Xiaobing ont aidé à construire, le mot de la fin revenant à leur petite fille qui fait des études d’économie, non dans une école chinoise, mais dans une école américaine !
La boucle est bouclée : ce couple, touchant, semble regarder son histoire, qui se confond souvent avec celle du pays, avec une certaine nostalgie, à l’image de Hou Bo qui pleure encore lorsqu’elle évoque la mort d’un des piliers de la Chine communiste, Zhou Enlai. Leur idéal communiste est resté aussi pur qu’au début de leur aventure. C’est donc un témoignage important qui nous présente deux quasi anonymes, qui pourtant sont connus dans le monde entier par leur travail au service de la propagande communiste chinoise. En effet, qui n’a pas déjà vu cette photographie de Mao dans son grand manteau soulevé par le vent sur une plage ? En cela, Hou Bo et Xu Xiaobing sont les témoins vivants de l’histoire de la Chine du XXe siècle, ils ont fait l’histoire grâce à leurs photos sans pour autant chercher à construire le mythe. Ils étaient là, et ont utilisé leurs appareils pour saisir ces instants parfois fugaces. Les réalisateurs, Jean-Michel Vecchiet et Claude Hudelot, qui connaissent bien la Chine, nous montrent là un film intimiste où se mêlent l’histoire avec un grand H et l’histoire plus simple d’un homme et d’une femme pris dans la tourmente.
La démarche
Évolution de la Chine de 1939 à nos jours
[Histoire, Tle : « Deux grands modèles et leurs évolutions : le modèle américain et le modèle soviétique », « La guerre froide »]
On conseillera le film dans l’étude plus précise de l’expansion du communisme dans le monde entre 1945 et la fin des années 1960. On peut également traiter, dans la continuité, la séquence montrant l’échec de l’expérience chinoise entre 1965 et 1993. Les dernières images montrent ce que la nouvelle Chine est en passe de devenir. La propagande et son travail de tous les jours apparaissent davantage en filigrane, à travers la vie des deux personnages.

De Yanan à Pékin et les premières tentatives de réformes. En guise de travail préparatoire, étudier les conséquences de l’invasion japonaise en Chine dans les années 1930 et définir les bases qui vont permettre de comprendre le travail des communistes. Il faut que les principaux acteurs, personnes et organisations soient connus (Mao Zedong, Tchang Kaï-chek, le Guomintang...). À partir du documentaire (3e à 26e min), montrer la progression du communisme et l’ascension progressive de Mao, la difficulté des conditions de vie pour ces premiers communistes chinois. Les élèves expliqueront pourquoi, dans cet extrait, et surtout dans les dernières minutes, Mao Zedong, nouveau chef d’une nouvelle république, d’un nouveau régime, cherche à se rattacher à l’histoire très ancienne de la Chine. Quel est son objectif ? Rechercher ensuite (à partir de la 30e min) les conséquences de l’échec du Grand Bond en avant : quels étaient les objectifs de ce projet pour la Chine, et pourquoi est-ce un échec ?
La révolution culturelle. Le film, à partir de la 38e min évoque la remise en cause de l’autorité de Mao sur l’appareil du parti. Les élèves analyseront la façon dont le président Mao va conserver le pouvoir : quels sont ses alliés ? Que déclenchent-ils ? Quelles sont les méthodes utilisées pour obtenir des résultats ? Les réponses à ces questions conduiront à évoquer le laogai, le système concentrationnaire chinois, et à en faire une étude comparative avec les méthodes utilisées en URSS quelques années auparavant. Pourquoi la photographe de Mao, Hou Bo, est-elle prise pour cible ? Les motifs sont-ils justifiés ? Des recherches complémentaires seront entreprises pour bien comprendre les dérives du régime de Mao. Pourquoi la propagande devient-elle alors aussi nécessaire ? Les élèves définiront ensuite ce qu’est « la bande des quatre » ainsi que les différents courants politiques qui s’affrontent au sein du Parti communiste chinois. Comment peut-on expliquer le procès de la veuve de Mao ?
Une nouvelle Chine. Définir ce que signifie la nouvelle politique de Deng Xiaoping pour la Chine. Les élèves compléteront leur réponse par des recherches sur les conséquences de cette politique : est-ce que la Chine des années 2000 est celle que voulaient installer les deux protagonistes du documentaire ? En effet, on peut en douter lorsqu’on les observe, larmes aux yeux, alors qu’ils évoquent les souvenirs de Mao, ou alors qu’ils entament les chansons révolutionnaires de la Longue Marche.

À l’aide du documentaire et des recherches personnelles, les élèves rédigeront un paragraphe qui présentera les grandes étapes de l’évolution de la Chine entre les années 1930 et les années 2000. Quelles conclusions en tirer ? Une occasion de poursuivre la réflexion autour d’un travail sur l’image. Il est nécessaire de sélectionner les phases importantes pour en faire une synthèse.

Le documentaire et les recherches personnelles sont l’occasion de fournir une définition de ce qu’est le communisme à la chinoise. Quels ont été les résultats des tentatives d’adaptation du marxisme à la Chine ? Comment l’ouverture de Deng Xiaoping peut-elle concilier l’économie capitaliste et le maintien de la dictature du parti communiste ? Cela peut donner lieu à une introduction à la partie du programme de géographie qui traite de l’économie en Asie, la Chine étant un « géant qui s’éveille ». Il peut être judicieux d’aborder la question par les images que nous présente le documentaire sur la Chine nouvelle (image du développement de Yanan ou les dernières images qui présentent le résultat de cette ouverture à Shanghai). Il est possible de soumettre aux élèves le sujet de composition du type suivant : « La Chine de Mao, un modèle économique et social ? »
Le pouvoir des images dans un pays totalitaire
[ECJS, lycée ; éducation à l’image et aux médias , 1re : « Le pouvoir des images, exercice de la citoyenneté », « La propagande »]
Dans le cadre de l’ECJS, les élèves doivent traiter le thème de l’exercice de la citoyenneté et du pouvoir des images. On exploitera une partie du documentaire, notamment les séquences où les deux photographes définissent le rôle de la propagande, ainsi que leur propre rôle dans cette propagande. Ainsi, les élèves seront amenés à prendre conscience de la puissance des images de propagande sur les populations et de l’utilisation qu’on peut en faire pour manipuler les foules.

Comment Xu Xiaobing prépare-t-il ses photographies ? Quelles sont les techniques qu’il utilise pour ses premières prises de vue ? À l’aide du documentaire (25e min), définir la mission que se donne la photographe de Mao, Hou Bo, dans un pays où se taire est aussi une politique. Quelles sont les informations qu’elle doit et peut transmettre dans ses images ? En outre, chercher à expliquer les raisons qui font revenir Mao dans son village natal peut constituer un bon éclairage. Dans la suite du film, retrouve-t-on les principes érigés par Hou Bo ? Le travail permettra ainsi de définir les grands principes que doit appliquer le propagandiste. Cette réflexion s’appuiera tant sur l’histoire que sur les applications plus contemporaines.
Relever les principales photographies de Hou Bo et Xu Xiaobing qui ont servi le culte du Grand Timonier : quels motifs ? quels angles de vue ? quel cadre ? quel recadrage ? Pour chacune d’entre elles, les élèves définiront le type de message que les services de propagande ont voulu faire passer. Puis ils compareront, d’une part avec l’iconographie officielle du stalinisme (fort proche dans ses intentions et dans son impact), d’autre part avec les images d’un grand leader du monde occidental contemporain de Mao (Kennedy, de Gaulle, etc.) pour en mesurer les similitudes ou les écarts : à cet égard, la dernière célèbre photographie de de Gaulle sur une plage irlandaise ne ressemble-t-elle pas à celle de Mao face à l’horizon, son manteau soulevé par le vent ? Et pourtant, le sens en est complètement différent.
Est-il possible de retrouver, aujourd’hui, des campagnes qui utiliseraient les principes de la propagande communiste définis précédemment ? Puiser dans les exemples des événements récents qui pourraient montrer une campagne de propagande dans toute son ampleur (guerre de l’OTAN au Kosovo, intervention américaine en Irak...). Il peut être utile de voir comment des images, a priori sans visée politique, ont pu être détournées, au fil de l’histoire, de leur simple finalité : la petite Kim sur les routes de Trang Bang lors de la guerre du Viêtnam, l’opposant chinois de la place Tianan men. Il s’agit ainsi de faire prendre conscience aux élèves de l’ampleur possible d’un simple cliché, de son impact et de ses possibles utilisations, en dépit de l’intention première d’un photographe.
Le document
La saga maoïste
Avec l’histoire de Mao Tsé-toung, confondue pendant un demi-siècle avec celle de la Chine, il se produit un phénomène assez identique à celui qui avait été observé avec Staline. La photographie joue un rôle primordial dans l’éclosion d’un « culte de la personnalité » exubérant : multiplication à l’infini du portrait de Mao, isolement de sa personne, effacement des rivaux, rééquilibrage ou recomposition de scènes historiques réelles, voire intention de scènes fictives. Ces images retouchées sont montrées dans les musées, distribuées dans des journaux ou des livres et aussi exportées. Nombre d’entre elles sont l’illustration de mensonges ou de camouflages des textes historiques. Et, de même que l’histoire de la Chine est écrite sous le contrôle du parti, qui élimine tel épisode ne coïncidant pas avec la théorie ou la ligne politique, ou au contraire gonfle démesurément tel événement symbolique, toutes les images historiques ont un sens, viennent à une place déterminée et remplissent un rôle extrêmement précis. Elles ont leurs codes, leur ordre hiérarchique, leurs réseaux d’allusions que chacun doit savoir déchiffrer. Les artistes chinois sont passés maîtres dans l’art de la retouche et du photomontage. Ils ont mis en couleur toutes les grandes photographies de l’épopée maoïste. Ils ont mis en valeur tel personnage ou, au contraire, renvoyé tel autre au néant. Ils ont habilement effacé détails ou personnages indésirables.
Mais il faut dire qu’à la différence de l’Union soviétique [...], en Chine les images ont connu une évolution constante. Beaucoup d’effacés sont réapparus dans l’iconographie tandis que de nouveaux personnages disparaissaient à leur tour. Mao lui-même aujourd’hui retrouve une place beaucoup plus modeste au milieu des autres dirigeants et ses images sont moins abondantes dans les musées ou dans les livres. Le système iconographique chinois a perdu de sa rigueur et il n’est pas rare de rencontrer dans un même album des versions successives de la même image.
JAUBERT Alain,
Le Commissariat aux archives. Les photos qui falsifient l’histoire,
Éditions Bernard Barrault, 1986.
Pour en savoir plus
LI Zhengsheng, Le Petit Livre Rouge d’un photographe chinois, Phaidon, 2003. Un florilège des photographies prises par un témoin de la révolution culturelle en 1963 et 1976.
ROBIN Marie-Monique, Les Cent photos du siècle, Binôme, Éditions du Chêne, 1999.

Les affiches de propagande maoïste sont souvent spectaculaires. Elles seront utiles pour vérifier les connivences entre l’art de l’affiche et celui de la photographie :
– un site en français ;
http://debrisson.free.fr/
– un autre en anglais.
www.iisg.nl/
Deux photos de Hou Bo et Xu Xiaobing exposée à Arles en 2003.
www.3declic.net/

Olivier Plaquette, professeur d’histoire et de géographie




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