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L'Oiseau d'argile

Un appel à la tolérance
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Prenant appui sur une période historique agitée (1969-1971), qui aboutira à l'indépendance du Bengale, « L'Oiseau d'argile » invite à découvrir, à la suite d'un enfant, la culture de son pays. Un appel à la tolérance loin de tout exotisme de bazar.
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 Le maître éclairé et l'élève : Ibrahim et Anou |
L'action de « L'Oiseau d'argile » se déroule au Pakistan oriental (actuel Bangladesh) à la fin des années 60. Anou, un gamin d'une dizaine d'années, vit dans un village reculé avec ses parents et sa petite sœur. Le père d'Anou, musulman orthodoxe, décide un jour d'envoyer l'enfant dans une école coranique (madrasa), loin de sa famille et des rites hindous qu'il affectionne tant. Le jeune garçon fait alors l'apprentissage des dures lois de l'enseignement religieux et développe parallèlement une amitié avec Rokon, un autre élève de l'établissement. Pendant ce temps, l'incompréhension grandit entre ses parents (causant même la mort de la sœur d'Anou), à l'instar des troubles entre modérés et extrémistes musulmans qui agitent cette partie est du pays. Peu à peu, la population est plongée dans une guerre civile qui conduira à l'indépendance.
Du fait de l'universalité du message et de la diversité des thèmes abordés, « L'Oiseau d'argile » peut être vu par tous les élèves, de la classe de 6e à la terminale, quelle que soit la matière.
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L'Oiseau d'argile. Un film de Tareque Masud.
Durée : 1 heure 38 minutes. Sortie le 17 mai.
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Pistes pour la classe
Une page d'histoire de l'un des pays les plus éprouvés de la planète
Outre d'évidentes qualités esthétiques et une très grande lisibilité de cette double intrigue (Anou à la madrasa, les parents d'Anou restés au village), « L'Oiseau d'argile » repose sur un contexte historique dont l'importance croît à mesure que le film progresse. Aussi est-il nécessaire d'en présenter les grandes lignes aux élèves avant la projection.
 En toile de fond, les mouvements de contestation qui agitent le Bengale à la fin des années 60 |
Né, en 1947, du démantèlement de l'Empire des Indes, le Pakistan est un état divisé en deux parties : l'une au nord-ouest de l'Inde (le Pakistan actuel), l'autre située à plus de 1 500 kilomètres à l'est (le Bengale oriental, actuel Bangladesh). Se considérant comme le parent pauvre de cette drôle d'association territoriale, le Bengale, pourtant à forte majorité musulmane, réclame très tôt son autonomie. Un mouvement démocratique bengali, formé d'intellectuels et d'étudiants, lutte pendant plus de deux décennies contre le régime militaire pakistanais pour des raisons économiques, sociales et politiques. La contestation connaît son apogée en 1969 et renverse le gouvernement militaire au pouvoir. Des élections libres sont organisées en 1970. Mais le régime pakistanais entame, en mars 1971, une sévère répression, après avoir annulé le résultat du scrutin qui avait vu la victoire du mouvement démocratique. Après neuf mois de combat entre les militaires pakistanais soutenus par les États-Unis et une population faiblement armée, aidée sur le tard par l'armée indienne, la première République parlementaire du Bangladesh est enfin proclamée. La sécession du Bengale oriental aura entraîné la mort de trois millions de personnes et le déplacement de quelque dix millions d'individus vers l'Inde voisine.
Le tableau culturel et religieux du Bangladesh
« L'Oiseau d'argile » est un film d'une grande richesse thématique qui repose sur trois niveaux dramaturgiques : la toile de fond historique et politique ; l'expérience d'Anou à l'école ; la querelle religieuse qui divise les parents d'Anou. Sans pour autant réduire l'intrigue à de simples schémas idéologiques, on pourra en étudier le sens à travers l'analyse des différents personnages (chacun étant représentatif d'une idée spécifique) regroupés autour des deux espaces principaux que sont la madrasa et la maison des parents d'Anou.
Autour de la maison de Kazi
 Kazi, le père, tenant d'un islam radical |
Kazi, le père d'Anou, cristallise à lui seul une partie du discours extrémiste mis à l'index dans le film. Il envoie son fils dans une école coranique afin de l'éloigner de la chaleureuse gaieté des fêtes hindoues et de la compagnie de Milon, l'oncle d'Anou, jugées néfastes à son éducation. Il refuse aussi le secours de la médecine générale nécessaire à la vie de sa petite fille Asma. Face aux antagonismes grandissants de la société qu'il ne comprend plus, il se mure d'abord dans ses convictions religieuses et impose le purdah islamique (« isolement ») à sa femme. Puis, déboussolé, il a le réflexe conservateur d'espérer la protection des militaires venus du nord-ouest pour réprimer les insurgés bengalis.
Milon, frère cadet de Kazi, est farouchement impliqué dans le mouvement de contestation générale. Il débat régulièrement de politique avec ses amis étudiants marxistes. Aussi n'hésite-t-il pas à prendre les armes quand l'insurrection éclate. Par ailleurs, il entretient une relation privilégiée avec Anou et sa mère. Son esprit progressiste permet à l'enfant de découvrir et d'apprécier la mixité culturelle de son pays.
Ayesha et Asma, respectivement épouse et fille de Kazi, sont quelques-unes des victimes sacrifiées sur l'autel d'une foi obtuse. À l'image de millions de femmes, la première vit dans la crainte d'un mari qu'elle ne reconnaît plus, tombé en religion comme on le dit de la folie. Triste et désolée, elle se réfugie dans le souvenir nostalgique d'une joie perdue. La seconde meurt faute de la médication adaptée que lui a refusée son père.
Digne représentant de la tradition soufiste, Karim Boyati est un vieux barde, proche de la famille d'Anou. Il est la démonstration incarnée d'un islam tolérant, tourné vers la recherche secrète et mystérieuse de Dieu (raison majeure pour laquelle l'islam traditionnel s'en méfie). Notons que le soufisme a marqué certaines œuvres littéraires comme le célèbre conte des « Mille et une nuits », exemple d'une tradition aussi mystique que poétique à laquelle il faut rattacher la bahas (littéralement « débat » en arabe).
Du côté de l'école coranique
 A la madrasa (école coranique) |
Dès son arrivée à la madrasa, le prénom d'Anou est arabisé et devient Anouar. L'enfant apprend là le Coran (et l'arabe, évidemment), la langue ourdou, les mathématiques... Il porte sur l'éducation sévère qu'il reçoit un regard innocent et apeuré, sans jugement ni parti pris. Son manque affectif est vite pallié par sa rencontre avec Rokon, un curieux élève qui va lui redonner le goût des rêves et des jeux dont les enfants sont spoliés. Précisons que, issu d'une famille de la classe moyenne rurale, Anou est une exception parmi les enfants orphelins ou pauvres qui peuplent généralement les madrasas.
Rokon est le petit camarade d'Anou. Riche d'un imaginaire et d'une individualité qu'il exprime en secret dans des goûts personnels et rebelles, il ouvre pour Anou les portes de son jardin secret où il entrepose des objets hétéroclites. Enfant fragile, soumis comme tous les autres aux règles violentes de l'école, il deviendra fou et mourra.
Bakiullah est l'austère directeur de la madrasa. Il dispense un enseignement dicté par un islam guerrier qui prône le djihad (« guerre sainte »). Sa sévérité croît au rythme de la polarisation et des heurts de la société civile.
À l'opposé de celui-ci, Ibrahim est un professeur attentif et proche de ses élèves. Il est en totale opposition avec la violence revendiquée par son directeur et dénonce une école qui, sous prétexte d'éducation, se sert des enfants à des fins politiques et religieuses. Comme les chanteurs de bahas, comme les soufis qui surent autrefois conquérir les âmes par le cœur et non par les armes, comme tous ceux qui dispensent un islam de tolérance, Ibrahim incarne le message d'amour, de paix et de liberté du film. Un message présent dans « L'Oiseau d'argile », la chanson éponyme et mystique du film, qui scande le désir de l'oiseau de quitter la prison du corps pour enfin prendre son envol.
Philippe Leclercq
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