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La Trahison

Une page méconnue de la guerre d’Algérie
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Adapté du récit homonyme de Claude Sales, le film « La Trahison » du réalisateur toulonnais Philippe Faucon revient sur un aspect méconnu de la guerre d’Algérie en montrant la situation déchirante de quatre appelés d’origine algérienne qui, après avoir combattu leurs propres frères aux côtés de l’armée française, décident de rallier la cause indépendantiste.
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 Le lieutenant Roque est confronté à la possible trahison de quatre jeunes appelés algériens. |
Algérie, 1960, quelque part dans le sud-est du pays. À la tête d’un poste isolé d’une trentaine d’hommes, le lieutenant Roque a pour mission d’assurer la sécurité d’un village et de ses environs. Parmi les soldats, se trouvent quatre appelés FSNA (Français de souche nord-africaine), dont le caporal Taïeb qui sert d’interprète à Roque. Ni guerre, ni paix, la situation consiste en une attente active, longue, éprouvante pour les nerfs des militaires et de la population locale. Un jour pourtant, Roque apprend par sa hiérarchie que les quatre jeunes Algériens, passés secrètement du côté du FLN (Front de libération nationale) selon certaines sources, fomenteraient un attentat contre la garnison française. Dès lors, commence entre Roque et lesdits suspects un étrange rapport de méfiance et de doute… jusqu’au moment où l’armée décide d’agir et apprend que Taïeb et ses trois camarades devaient bel et bien supprimer la troupe française.
À voir au collège (3e) et au lycée (terminale) en histoire pour la page sur la guerre d’Algérie et sa représentation filmique et en éducation civique pour la question de l’intégration et du racisme.
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La Trahison
Un film de Philippe Faucon
Durée : 1 h 20 min
Sortie le 25 janvier 2006
www.pyramidefilms.com/
Consulter le site pédagogique réalisé par l’Agence cinéma éducation avec le soutien de l’Association des professeurs d’histoire géographie (APHG) et édité sur le site Zéro de conduite.
www.zerodeconduite.net/
Dossier (avec documents, glossaire, et chronologie) et avant-premières pour les enseignants
À lire
- La Trahison. Claude Sales, Éditions du Seuil, 1999. 7,50 EUR.
À noter
Le samedi 4 février 2006 à 11 heures au cinéma La Pagode, la fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement organise une projection de La Trahison en présence du réalisateur.
La Pagode, 57, rue de Babylone, 75007 Paris
Renseignements 01 53 38 85 00/03 |
Pistes pour la classe
La guerre d’Algérie (1954-1962)
Étant donné que le film – histoire dans l’Histoire – montre plus qu’il n’explique (économie parcimonieuse des dialogues), il conviendra de rappeler les principales dates du conflit algérien qui débute en 1954, année de la signature par Pierre Mendès-France des accords de Genève donnant l’indépendance à l’Indochine. Pour preuve du traumatisme que cet acte causa au sein de l’armée française, on relèvera les allusions mêlées d’amertume qui y sont faites. Afin de bien cerner la psychologie des soldats, on veillera à inscrire l’intrigue du film dans son proche contexte algérien. On dira notamment que son action (mars 1960) se situe près de sept mois après le discours sur l’autodétermination (droit des Algériens à choisir librement leur statut politique) prononcé par le général de Gaulle le 16 septembre 1959 et quelque temps après la « semaine des barricades d’Alger » (24 janvier-1er février 1960) durant laquelle les partisans de l’Algérie française manifestent leur refus de l’autonomie du pays.
Pour expliciter encore l’étrange climat (sentiment d’attente et d’indétermination) de cette guerre sans front qui règne tout au long du film, on précisera la toile de fond historique en disant qu’en ce début d’année 1960, des tentatives de négociations sont menées entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA créé au Caire en 1958 par les chefs du FLN). Parallèlement à cela, le « Plan Challe » (du nom du général qui participera le 22 avril 1961 au fameux « putsch des généraux »), consistant à écraser le maquis algérien, conduit à un durcissement du rapport entre les belligérants.
La situation militaire
On décrira le poste militaire placé dans une ancienne ferme dont la protection (barbelés, sacs de sable) est renforcée au cours des treize jours que dure l’histoire. On passera également en revue la zone de contrôle et de combat située en plein bled (« campagne » en arabe) au relief élevé (djebel). On rappellera à cette occasion que la guerre d’Algérie s’est déroulée à l’écart des centres urbains où vivaient la plupart des Européens.
On expliquera que les militaires surveillent à la fois les habitants d’un village situé non loin du poste et les nombreuses familles déracinées des alentours.
On signalera que près de deux millions de paysans furent déplacés et rassemblés par l’armée française entre 1956 et 1961 dans le but de mieux contrôler la population et de la rendre, de fait, incapable d’aider les maquisards de l’ALN (Armée de libération nationale, bras armé du FLN).
On définira la particularité de cette guérilla (guerre d’embuscades) dont le calme apparent est rompu par de soudaines trouées de violences, comme lors de l’encerclement des fellaghas (étymologiquement « coupeurs de route », « bandits de grand chemin », mot désignant les indépendantistes algériens). On notera la difficulté de la tâche de surveillance de l’armée française, notamment à l’intérieur du labyrinthe des ruelles étroites et tortueuses de la casbah (dans un tout autre contexte, Pépé le Moko de Julien Duvivier, situé à Alger, offre une définition de la casbah, véritable cachette à ciel ouvert, lors de sa première séquence étonnamment didactique).
On repérera les violences physiques et pressions morales pratiquées par les deux camps pour servir leur idéologie : forces françaises (perquisitions, contrôles des habitants, élimination des combattants autochtones et exposition des corps sur la place publique, incendie d’habitations, torture) et algériennes (tracts, méthodes d’intimidation, assassinat d’un délateur). On dira également qu’à côté de ces pratiques violentes cherchant autant à impressionner qu’à obtenir des renseignements, l’armée française tente de soigner son image en pratiquant des soins aux malades (rôle sanitaire) et en distribuant des cartes d’identité (rôle administratif).
La trahison : une affaire de point de vue
On justifiera la présence d’appelés musulmans dans l’armée française en citant Benjamin Stora (cf. site www.zerodeconduite.net/latrahison) : « En principe, les Algériens, n’étant pas considérés comme citoyens français à part entière, n’avaient pas l’obligation de faire leur service militaire. À partir de 1957, l’armée française fait de plus en plus appel à eux, pour pallier ses problèmes de recrutement en métropole. Le processus s’accélère avec la série de mesures destinées à consacrer l’égalité citoyenne, décidées après l’arrivée au pouvoir de de Gaulle. En 1962, on estime leur nombre à 50 000 dans l’armée française. » Au total, FSNA et harkis furent 230 000 à combattre dans l’armée française pendant la guerre. On dira pourquoi le mot « harki » (de harka, « mouvement »), désignant les membres volontaires d’unités supplétives autochtones d’Algérie liés par contrat à l’armée française, lancé par des enfants à Taïeb lui apparaît comme une insulte.
Choisir son camp n’est pas simple pour les appelés musulmans (qui se sentent vite piégés) comme le suggère le début du film dont on explicitera l’enjeu : un FSNA, après avoir rejoint le FLN au cours d’une opération contre des fellaghas, revient dans le camp français (sans doute pour ne pas avoir accepté les méthodes expéditives du mouvement indépendantiste).
On montrera comment le film, en se plaçant des deux côtés à la fois (algériens et français), évite de prendre parti et entretient le mystère qui devient un vrai suspense sur la nature et l’origine de la trahison annoncée par le titre. En effet, sachant que Roque est très tôt au courant du plan que les jeunes Algériens ourdiraient pour le supprimer, que certains soldats français leur sont hostiles et qu’un FSNA a déserté au début du film, on se demande si Roque, très méfiant en dépit de son amitié pour Taïeb, ne va pas trahir la confiance de ses quatre appelés algériens en les abandonnant au racisme et à l’intolérance. On sera attentif aux regards et silences qui révèlent en creux cette relation tendue et ambiguë amitié/méfiance. Une tension que l’on retrouve d’ailleurs dans le regard réprobateur des civils algériens déplacés.
Parallèlement, le film distille quelques indices (tract du FLN trouvé par Roque dans la poche de Taïeb, fausses traductions, rendez-vous nocturnes avec la population locale) conduisant à suspecter sérieusement les quatre soldats musulmans qui sont de plus en plus dubitatifs quant au sens à donner à leur présence dans les rangs français. Ceux-là se questionnent également sur l’après-guerre : quelle sera la réaction de la France si l’Algérie accède à l’indépendance ? Les protégera-t-elle ou les laissera-t-elle à la merci des représailles du FLN qui s’estime trahi par les siens ? Cette question fondamentale interroge évidemment la parole de la France et détermine en partie leur choix final.
On précisera que ce choix est également renforcé par le comportement négatif des soldats français aboutissant à une perte de confiance et à un sentiment d’humiliation des quatre soldats musulmans qui déplorent notamment une attitude hostile à leur égard et à celui de la population locale (insultes des militaires, colère de Roque), le fait de vivre et de dormir à l’écart des autres appelés (dortoirs différents), la différence de traitement de l’armée envers deux soldats (l’un Français de souche, l’autre d'origine algérienne) morts au combat.
Selon des estimations, seuls 30 % des jeunes Algériens ont été incorporés dans l’armée française et la grande majorité d’entre eux n’ont pas refusé de servir sous les drapeaux, à l’image de Taïeb et de ses trois camarades. De fait, en acceptant de combattre pour la France, ces derniers se rangent du côté de l’Algérie française. Néanmoins, leur cœur va à leur pays d’origine, à leur culture maternelle, à leurs proches, c’est-à-dire à l’Algérie indépendantiste à laquelle les quatre hommes choisissent finalement de se rallier. Or, Taïeb, chargé d’exécuter Roque, tergiverse et n’accomplit pas cette mission destinée à laver son honneur aux yeux du FLN. Pourquoi ? Par amitié/fraternité pour le jeune lieutenant français avec qui il a noué une solide relation ? Par effroi pour la méthode violente à employer (l’égorgement) ? Par incapacité à arrêter un choix définitif (drame de l’inaction – on pense à Hamlet) ? Par peur des conséquences ? Quoi qu’il en soit, que Taïeb et ses camarades agissent ou non, ils s’exposent à de lourdes sanctions pour cause de trahison d’un côté comme de l’autre.
Il conviendra enfin de dépasser cette première acception de la trahison en élargissant le champ sémantique de ce mot emblématique de la guerre d’Algérie. On expliquera avec Benjamin Stora que « tous les groupes porteurs de la mémoire de cette guerre s’estiment trahis : les pieds-noirs par la parole du général de Gaulle, les harkis évidemment, mais aussi les officiers supérieurs français (qui se sont vu voler leur victoire), et quelque part également le peuple algérien qui a été dépossédé de sa victoire, de son indépendance » (op. cit.). Sachant que le film est adapté du livre de Claude Sales, on s’interrogera encore sur le sens à donner à la date tardive – 1999 – de publication.
Philippe Leclercq
Professeur de lettres

Orgueil et Préjugés

Au bonheur du romanesque anglais
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Fidèle adaptation du roman de Jane Austen, « Orgueil et Préjugés » restitue fort bien l’atmosphère de l’Angleterre du XVIIIe siècle. L’occasion d’approfondir l’étude de la société anglaise de cette époque et de découvrir l’univers de la grande romancière.
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 Les amours tumultueuses d’Elizabeth Bennet (Keira Knightley).
© Mars-films |
Fidèle et vivante adaptation du roman de Jane Austen, Orgueil et Préjugés met en scène des jeunes gens intelligents et passionnés qui se confrontent aux clivages sociaux dans une Angleterre du XVIIIe siècle encore dominée par l’aristocratie. Pour représenter cette histoire d’amour pleine de rebondissements, le film a gardé l’esprit et la vivacité de la célèbre romancière et reconstitué avec sobriété la vie en province sous la « Régence anglaise ».
Les Bennet vivent dans le sud de l’Angleterre. Ils ont cinq filles et peu d’argent. Leur petite propriété ne peut être transmise qu’à un garçon : elle reviendra donc à un neveu. Alors, pour sauver les filles de la misère, il faut absolument les marier. Les aristocrates qui tombent amoureux de Jane et d’Elizabeth, les deux aînées, ne parviennent pas à dépasser les préjugés de leur classe. Les deux jeunes filles, touchées dans leur fierté, ne croient plus à la sincérité de leurs amis. S’ensuit une série de malentendus et d’entrevues où la tendresse se mêle à l’amertume mais aussi à l’humour. Romanesque plus que romantique, l’histoire se déroule aussi sur un fond social très réaliste. Jane Austen a porté sur son époque et sur ses héroïnes un regard lucide. Le film n’occulte pas cette dimension et présente un intéressant panorama de la société anglaise de cette époque. Cela d’autant plus qu’il utilise avec simplicité et justesse des décors naturels : campagne anglaise et luxueuses demeures seigneuriales bâties aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Un film à voir au lycée en anglais et en français, parce qu’il met en valeur la façon dont est construit ce roman du XVIIIe siècle, qu’il aide à mieux comprendre la société anglaise de cette époque et qu’il fait découvrir un auteur dont l’œuvre reste très actuelle.
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Orgueil et Préjugés
Un film de Joe Wright, d’après le roman de Jane Austen Pride and Prejudice (publié en 1813)
Durée : 2 h 05 min
Sortie le 18 janvier 2006
www.marsfilms.com/
À consulter
Des informations et de nombreux liens sur le film (avec dossier pédagogique en français) téléchargeable dans la rubrique « Anglais » du Café pédagogique
www.cafepedagogique.net/ |
Pistes pour la classe
Une intrigue en trois actes
Le roman, chronologique, s’organise en trois grands moments qui permettent aisément de suivre l’évolution des relations entre les personnages. Le scénario du film a retenu ce principe. Comme dans le roman, trois « actes » concentrent l’action autour de quelques lieux précis dans lesquels les héros s’invitent, se croisent et se parlent.
On rappellera dans un premier temps cette organisation. Puis l’on montrera que l’intrigue (les jeunes gens vont-ils s’aimer ? se marier ?) progresse à travers ces rencontres par la conversation et les confidences des personnages.
La première partie décrit la rencontre entre les Bennet, Bingley et Darcy. Les relations sont harmonieuses, porteuses d’espoir. Les amitiés se lient, la séduction opère. Les scènes les plus importantes se situent dans la petite ville de Merytone, à Longbourne (la maison des Bennet) et à Netherley (le manoir loué par Bingley et Darcy). Cette partie est surtout marquée par deux bals symboliques : le premier, public, où se voient pour la première fois les personnages ; le deuxième, privé, organisé par les jeunes aristocrates, où se profilent les conflits générés par les différences sociales.
La seconde partie joue sur les déséquilibres, les ruptures et la dispersion. Bingley et Darcy retournent brusquement à Londres, Jane part chez sa tante dans la capitale, Charlotte accompagne Collins, son nouveau mari, dans le presbytère d’Hunsford. Elizabeth va la rejoindre et lorsqu’elle croise Darcy, les malentendus s’accumulent, renforcés par l’intransigeance de Lady Catherine.
La troisième partie est celle des éclaircissements et des retrouvailles à Pemberley (domaine de Darcy) puis à Merytone et Longbourne où tout le monde se retrouve.
On montrera ensuite que dans le film (comme dans le roman, qui accorde peu de place aux descriptions), les déplacements, rencontres et surtout conversations constituent l’essentiel de l’action. Le scénario garde les plus significatifs de ces moments de parole en suivant de très près les dialogues de la romancière. Ainsi retrouve-t-on un aspect de l’esprit du siècle. On pourra d’ailleurs rapprocher les échanges (souvent piquants) entre les jeunes gens de certaines répliques de Marivaux.
On notera aussi (plus particulièrement avec les classes de première littéraire) que dans le roman, les lettres prennent une part importante à la continuité de l’action.
On précisera que Jane Austen avait d’abord envisagé la forme d’un roman épistolaire pour Orgueil et Préjugés (genre très en vogue à l’époque et pratiqué par Rousseau, Laclos, Goethe, Richardson…). Elle a gardé beaucoup de lettres dans l’œuvre définitive. Le film retient ce procédé : on apprend par exemple la fugue de la jeune Lydia par la lecture de la lettre qu’elle envoie à sa famille. On s’arrêtera surtout sur la séquence où Darcy remet à Elizabeth la lettre qui dissipera les malentendus, et sans laquelle l’action ne pourrait progresser puisqu’elle révèle la vérité sur ses relations avec Wickham. Cette séquence montre que l’on reste dans le ton de la conversation orale, propre à l’esprit du XVIIIe siècle européen. Darcy est en effet parti mais c’est sa voix off que l’on entend pendant qu’Elizabeth lit sa lettre.
La difficile condition des femmes
Jane Austen souligne avec humour la condition calamiteuse des femmes. On précisera que la romancière fit publier son livre de façon anonyme, une femme ne pouvant décemment pas, à l’époque, passer pour une intellectuelle. Le film reprend tous les éléments du roman qui révèlent la place assignée aux femmes dans la société de cette époque.
On reviendra sur la séquence mettant en scène la première rencontre entre Elizabeth et Lady de Bourgh. La vieille aristocrate fait à la jeune fille une claire description de la « femme accomplie » : celle-ci doit savoir chanter, jouer du piano, danser, peindre, broder, et ne peut sortir dans le monde que si ses sœurs aînées sont mariées. Car les femmes n’ont d’avenir que dans le mariage. Sinon, elles seront au mieux gouvernantes ou institutrices, une condition peu enviable car humiliante.
On précisera la situation particulière des sœurs Bennet et de leur mère. Le père de Mr Bennet a voulu que ses biens ne soient transmis qu’à un héritier mâle (c’est la loi de l’entail). Les héritières en ligne directe sont donc dépossédées. Les Bennet n’ayant pas de fils, la propriété doit revenir à leur neveu, Mr Collins. C’est Charlotte Lucas, l’amie d’Elizabeth, qui épousera l’ennuyeux pasteur : à vingt-sept ans et sans argent, elle n’a pas d’autre solution pour survivre décemment après la disparition de ses parents.
Le thème du mariage, vital pour garder une place convenable dans la société, court tout au long du roman. Le film suit ce motif en gardant notamment tout le ridicule du personnage de Mrs Bennet. Jane Austen dénonce en effet la situation des femmes avec humour en faisant de cette mère angoissée un personnage comique. Elle fait aussi d’Elizabeth une rebelle qui veut choisir un mari qu’elle aime et qui, intelligente et instruite, sait refuser les contraintes injustes qu’on lui impose. Le film reprend ces traits de caractère avec un personnage peu apprêté, toujours en mouvement et dont le charme provient surtout de sa vivacité et de son esprit.
On pourra aussi mettre en évidence la part d’autobiographie présente dans le roman. Le personnage d’Elizabeth doit beaucoup à son auteur. La romancière semble lui avoir prêté des traits de caractère et des éléments de sa propre vie. Comme Elizabeth, elle aimait en effet lire, marcher dans la campagne, danser dans les bals et elle était très proche de sa sœur. Son père était clergyman et la famille comptait huit enfants. Sans dot, Jane et sa sœur devaient donc dépendre de leurs frères.
On remarquera qu’à l’écran, c’est aussi le personnage d’Elizabeth qui est le plus présent. On rappellera la première scène : la caméra dans un long plan séquence suit la jeune fille qui rentre chez elle et qui lit tout en marchant. C’est elle aussi que suit le scénario dans toute la deuxième partie où Jane n’apparaît plus.
Une société cloisonnée
Jane Austen écrit Orgueil et Préjugés en 1796. Depuis 1765, le Prince de Galles assure la régence de son père, George III, devenu dément. Cette « Régence anglaise » est dominée par une aristocratie très fermée. La romancière souligne l’étroitesse de cette petite communauté repliée sur elle-même. Darcy, héritier de l’une des familles les plus riches d’Angleterre, est le neveu de Lady Catherine de Bourgh. Celle-ci exige qu’il épouse sa fille et essaie d’écarter Elizabeth Bennet, jugée trop modeste. Bingley, amoureux de Jane Bennet, est poussé par ses amis à s’en séparer : il doit épouser Georgiana, la sœur de Darcy. Quant à Caroline, la sœur de Bingley, elle pense qu’elle ne peut épouser que Darcy. Dans ce cercle puissant, les gentilshommes pauvres, comme Mr Bennet, les bourgeois comme les Gardiner, sont considérés comme inférieurs. Collins dépend du bon vouloir de Lady Catherine de Bourgh qui possède la cure dont il assure le ministère.
On reviendra sur la représentation des deux bals de la première partie de l’histoire. Le premier rassemble les notables de la ville, modestes et sans prétention ; c’est une joyeuse fête, un peu confuse, mais où tout le monde s’amuse. Les couleurs sont chaudes, les danses endiablées n’excluent pas les bousculades, les danseurs crient ou éclatent de rire. Le second bal a lieu chez Bingley. Tout y est ordonné, réglé par l’étiquette. Le réalisateur a choisi de privilégier trois couleurs : les femmes sont en blanc, les hommes en noir et les officiers portent des vestes rouges. Les danses sont précises et les danseurs disciplinés. La fête ressemble plus à un spectacle qu’à un divertissement. C’est dans cet univers très contenu que les Bennet, qui se comportent sans façon comme à leur ordinaire, compromettent alors sérieusement les chances de leurs filles de trouver un mari dans la haute société.
Sur ce thème de la fête et du bal comme miroir de la différence entre les classes sociales, on pourra évoquer l’opposition que fait un siècle plus tard Flaubert, entre le repas de noces d’Emma Bovary et le bal où elle est invitée plus tard à la Vaubyessard.
Le film oppose aussi la magnificence des grandes demeures aristocratiques à la simplicité rustique de la maison des Bennet. On précisera à cette occasion que le tournage s’est fait dans des endroits représentatifs de l’époque. Longbourne, la propriété des Bennet, est en fait Groombridge Place, construite dans le Kent à la fin du XVIIe siècle. Netherfield est Basildon Park, demeure néopalladienne du XVIIIe siècle ; Rosings, c’est Burghley House, également bâtie au XVIIe. Des lieux qui inscrivent aussi le film dans la grande tradition du réalisme anglais…
Anne Henriot
Professeur de lettres

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