Juin 2007
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  Mis à jour le 22 juin 2007

 

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Persépolis
De l’histoire intime à l’universel
Marjane Satrapi raconte son enfance au temps de la révolution islamique en Iran.
© 2.4.7. Films


La dessinatrice d’origine iranienne Marjane Satrapi adapte au cinéma les quatre albums de sa bande dessinée « Persépolis » dans laquelle elle raconte son enfance au moment de la chute du chah, de la révolution islamique, de la guerre Iran-Irak, puis son exil en Autriche. Éminemment pédagogique, le film constitue une leçon d’histoire mêlant drôlerie, gravité et satire.

Téhéran, 1978. Marjane est une enfant de 8 ans à l’imagination fertile. Ses parents, modernes et cultivés, et sa grand-mère, progressiste, entretiennent avec elle une grande complicité. Comme toute sa famille, elle suit avec crainte et incrédulité les événements politiques qui conduisent au renversement du régime du chah et à l’instauration de la révolution islamique et de ses « commissaires » chargés de contrôler tenues et comportements. Contrainte de porter le voile, Marjane rêve bientôt d’endosser des habits de révolutionnaire… communiste, comme son oncle Anouche qui finira fusillé par les islamistes. Puis, c’est la guerre Iran-Irak avec sa cohorte de privations et de bombardements entraînant la disparition de nombreux proches. Face à cette situation, les parents de Marjane décident d’envoyer leur fille, âgée de 14 ans, en Autriche. Commence alors pour elle une nouvelle révolution. À Vienne, l’adolescente doit faire face à l’exil, à la liberté, à la différence avant de retrouver ses parents quelques années plus tard.
À voir en collège/lycée en histoire pour la page d’histoire contemporaine de l’Iran et en arts plastiques pour l’esthétique du dessin.

Persépolis
Un film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Durée : 1 h 35 min
Sortie le 27 juin 2007

Le site officiel du film
www.myspace.com/persepolislefilm

À noter
L'association des professeurs d'histoire-géographie (APHG) a conçu un dossier (4 pages) accompagné d'un DVD qui propose quatre extraits du film. Avec pistes pédagogiques et axes d’étude en histoire-géographie, éducation civique et en français.

Pour obtenir ces documents, s'adresser à l'agence Mercredi
Amandine Ligen
Tél. 01 56 59 66 46
Mél aligen@mercredi.fr


Pistes pour la classe
Un récit parfaitement équilibré
L’astuce du film qui permettra aux élèves de se passionner pour Persépolis est d’avoir élaboré un récit mêlant faits historiques et anecdotes familiales, scènes dramatiques et moments humoristiques, séquences oniriques et instants cueillis sur le vif. Loin d’être chaotique, cette diversité de registres narratifs trouve sa cohérence dans une unité de style assurée par le choix du dessin (la ligne claire) et de l’achromie (le noir et blanc). L’épure stylisée du trait et le refus de la couleur (parcimonieusement présente néanmoins lors des présents de narration correspondant à l’âge adulte de Marjane), tendent à l’abstraction et, par conséquent, à l’universalité du récit.
Le noir et blanc (très contrasté avec ses noirs profonds), qui nous rappelle le cinéma allemand expressionniste, s’accorde judicieusement au propos politique du film. Sa gravité intrinsèque parfait le climat du film, déjà lourd de suspicion en raison de l’omniprésence inquisitrice des « commissaires de la révolution », et creuse le malaise ressenti par les différents protagonistes de l’histoire.
Conduite du point de vue de la petite fille puis de l’adolescente qu’elle a été, la narration est encadrée par une scène où Marjane adulte (elle a 25 ans), assise dans la salle d’embarquement de l’aéroport d’Orly, se souvient de ses jeunes années à Téhéran. Grâce aux acteurs de cinéma venus prêter leur voix (loin de celles insipides de la plupart des longs métrages d’animation), les personnages en deux dimensions prennent corps et acquièrent une véritable identité. Aussi, parce qu’elles nous sont familières, les voix des comédiens nous rendent les protagonistes immédiatement attachants et sympathiques. Catherine Deneuve transmet à la mère de Marjane (Tadji) chaleur et intelligence ; Danielle Darrieux « compose » une grand-mère cocasse et malicieuse ; Chiara Mastroianni fait de Marjane (adolescente et adulte) un petit bout de femme au caractère bien trempé et l’organe velouté de Simon Abkarian suggère munificence et bonté au père de Marjane (Ebi).
Histoire, humeurs et humour
Si le nom de Persépolis désigne un site de la Perse archéménide ayant peut-être servi de capitale d'été, c'est en réalité de l'actuelle capitale iranienne dont il est question dans le film, Téhéran, que le dépouillement du dessin représente très sommairement. Lieux et décors sont ici réduits à quelques détails signifiants. Résultat : l’atmosphère de la ville (son côté oriental et folklorique) est très peu prégnante. Le gommage de l’ancrage géographique (qui a également pour effet de hisser le propos à l’universel) évite la diversion et amène le spectateur à se concentrer sur les personnages et leur destin. Car ce qui intéresse la dessinatrice Marjane Satrapi, c’est de raconter les vicissitudes de son pays d’origine et leur impact sur les êtres. Trame historique et drame intime sont, de fait, intimement liés.
Tout commence en 1978, à l’heure où le pouvoir du chah est mis à mal par la crise insurrectionnelle que connaît le pays. La République islamique est proclamée à l’issue de violentes émeutes antigouvernementales et d’un référendum (1er avril 1979). Alors même que le corps de la petite Marjane commence à se transformer, le pays se fige dans l’intolérance et la guerre contre le voisin irakien. La méfiance à l’égard du régime des mollahs s’insinue à tous les degrés de la société. Des intellectuels fuient le pays, les communistes tels que l’oncle de Marjane (Anouche) sont persécutés, emprisonnés et exécutés, les femmes sont victimes d’un harcèlement quotidien sous prétexte qu’elles sont « mal voilées » ou qu’elles ont un comportement « indécent » en public. La liste des interdictions est longue et la chasse aux « impies » se solde par de lourdes sanctions ou par la mort (cf. les jeunes gens poursuivis sur le toit des habitations par les « commissaires de la révolution »).
Très tôt confrontée aux événements politiques et sans cesse relancée par l’impertinence de sa grand-mère (qui continuera au-delà de la mort à jouer son rôle d’agitatrice de la conscience), Marjane interroge la notion d’engagement politique après la mort de son oncle.
Autre moment de réflexion du film, le séjour à Vienne amène la jeune Iranienne à se questionner sur elle-même, son pays et ses valeurs. Par ailleurs, la légèreté et l’indifférence des Autrichiens à l’égard de la situation de son pays ne laissent pas d’interroger la jeune fille. Cette période de grands bouleversements intimes (découverte de la solitude et des sentiments amoureux), traitée sur le mode humoristique (avec alternance de moments très sombres), constitue un parallèle édifiant au chaos de la guerre très meurtrière avec l’Irak (1980-1988). Enfin, des scènes oniriques et comiques désamorcent régulièrement l’intensité dramatique.
Le ton employé par le film cultive l’ironie, le sarcasme, jamais la caricature. Au pays des mollahs, la musique est-elle interdite ? L’on voit des hommes vendre sous le manteau, qu’ils ouvrent largement tels des individus pervers, des cassettes de hard rock ou de variété. En pleine crise d’adolescence, Marjane arbore bientôt un blouson frappé de la phrase « Punk’s not ded » (faute d’orthographe comprise). Le ton vire à l’autocritique (qui, rappelons-le, est un des enjeux de l’autobiographie) quand l’adolescente accuse un innocent de tenir des propos salaces aux jeunes filles dans la rue pour se débarrasser de quelques miliciens un peu trop zélés.
Animation et réalisme
Six cents personnages ont été dessinés de face et de profil par Marjane Satrapi. Quatre-vingt-dix dessinateurs et animateurs ont ensuite été chargés de travailler leurs expressions et leurs gestes puis de les reproduire sous tous les angles. On notera que les voix ont été enregistrées préalablement, le mouvement des lèvres étant venu pour ainsi dire « se greffer » sur la voix.
Si l’on compare la bande dessinée d’origine et le film d’animation, on constate que la structure narrative a été entièrement repensée. Des épisodes ont été ôtés, d’autres ajoutés. On expliquera qu’à la différence de la bande dessinée, le cinéma (qu’il soit d’animation ou pas) impose non seulement le mouvement mais aussi la « fictionnalisation ». Le spectateur (actif) de bande dessinée doit toujours imaginer ce qui se passe entre deux cases, contrairement au spectateur (passif) du cinéma à qui l’on montre tout ou partie du déroulé chronologique. S’ils sont tous deux des arts de l’ellipse, la similitude entre la BD et le cinéma achoppe sur la question du mouvement dont dépend exclusivement ce dernier. À cela s’ajoutent la bande-son et la musique qui alimentent le dynamisme du 7e art.
Le style visuel de Persépolis que Marjane Satrapi qualifie de « réalisme stylisé » supprime l’effet déréalisant du dessin animé (genre « cartoon ») et permet en même temps d’éviter l’impression « tiers-mondiste » qu’un film en images réelles aurait pu véhiculer (rappelons que le dessin aide à conserver une unité entre séquences réalistes et scènes oniriques).
Disons encore que l’absence de vrais visages et de vrais décors entraîne une généralisation du propos d’une œuvre qui dépasse le cercle privé de la famille de Marjane pour s’adresser à toute une génération d’Iraniens et, au-delà, à tous les êtres qui dans le monde vivent sous le joug d’une dictature. S’adressant à la fois aux petits et aux grands, Persépolis réussit donc la synthèse entre la liberté d’imagination qu’autorise l’animation et la réalité extraite d’une expérience humaine riche et nuancée.

Philippe Leclercq

Kings of the World
Enquête sur le modèle américain
Sur les routes, pour entendre le discours des Américains sur leur pays.


Partis pour un périple à travers l’Ouest des États-Unis, trois jeunes réalisateurs français questionnent les habitants sur l’image qu’ils ont de leur pays. Un film-documentaire sous forme d’un road movie social et politique qui interroge le modèle américain.

Ils ont une trentaine d’années, ils sont journalistes, engagés dans la recherche sur le documentaire social et politique. Ils ont voulu savoir ce que les Américains pensent de l’influence de leur pays sur le reste du monde. En 2004, pendant la campagne électorale pour la présidence américaine, Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié ont décidé d’aller dialoguer avec des passants rencontrés sur les routes de l’Ouest des États-Unis. Conscients d’avoir été élevés « sous hégémonie américaine » mais aussi d’avoir baigné dans la critique à l’encontre des Américains, notamment depuis la prise de pouvoir de G. W. Bush, ils ont voulu entendre, sur place, la voix de gens ordinaires. Le jour de leur arrivée, ils apprennent la mort de Jacques Derrida. Ils se souviennent que le philosophe avait défini l’Amérique comme « le pays du pouvoir absolu et de l’extrême précarité, de l’hégémonie et de la crise ». Interpellés par cette expression, ils partent à la recherche d’une complexité souvent oubliée en Europe quand il s’agit de proposer une image des USA.
Le film se présente comme un road movie qui traverse l’Arizona, passe par la Californie, le Nevada, l’Utah. Ce voyage vers l’Ouest suit le symbolique parcours des pionniers mais aussi de ceux qui après les années 1960 reprirent la route pour une quête plus désenchantée.
Un film à voir au lycée, en anglais, en histoire et ECJS pour analyser notre relation au « modèle américain », et en classe de cinéma pour réfléchir sur les formes du documentaire.

Kings of the World
Un film de Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié
Durée : 113 min
Sortie le 13 juin 2007
En savoir plus sur le site du film
http://kingsoftheworldlefilm.com/


Débats autour du film
Au cinéma MK2 Parnasse (11, rue Jules-Chaplain, 75006 Paris) : 
- le 22 juin : « Quelles sont les voies de la réappropriation du politique par le citoyen ? ».
Avec Pierre Lauret, philosophe, et les réalisateurs ;
- le 26 juin : « Quel capitalisme pour quel citoyen ? ». Avec Bernard Stiegler, philosophe, et les réalisateurs ;
- le 3 juillet : rencontre avec William Karel, documentariste, et les réalisateurs.

À l'espace Saint- Michel (7, place Saint-Michel, 75005 Paris) : 
- le 25 juin : « Quelle est la réalité des opinions publiques ? ».Avec Lisa Nesselson, critique de cinéma et Alexandre Heully, co-fondateur de Cafébabel.com ;
- le 27 juin : « Quelles sont les conditions de détention et le rôle social des prisons ? ». Avec Robert Bushee, ex-aumônier du centre correctionnel de Lovelock (Nevada), Marie-Paule Maugis, de Ban public, association pour la communication sur les prisons et l'incarcération en Europe, et les réalisateurs
- le 28 juin : « Le communautarisme est-il un modèle pertinent pour l’Europe ? »
Avec Henriette Asséo, historienne, professeur à l’EHESS, Paul Schor, historien, membre du Centre d’études nord-américaines (EHESS), et les réalisateurs

Tous les débats ont lieu à l'issue des séances de 20 h.

Pistes pour la classe
Un road movie
Les réalisateurs ont voulu reprendre un genre inventé par le cinéma américain.
On rappellera que le road movie apparaît à la fin des années 1960. On peut considérer qu’il est né avec Easy Rider de Dennis Hopper (1969). Sous la double impulsion du western et de la beat generation (Kerouac écrit On the road en 1957), il entraîne ses héros dans les grands espaces à la poursuite d’une quête personnelle ou d’une expérience, vécues dans la liberté du voyage. Le road movie de la contestation américaine des sixties cherche une Amérique mythique et sa quête ressemble plutôt à une errance. Ce genre cinématographique a ensuite diversifié ses formes et s’est imposé dans le monde entier. On pourra citer entre autres Paris Texas de Wim Wenders (1984), Dead Man de Jim Jarmusch (1995) mais aussi Le Goût de la cerise de Kiarostami (1997).
On retrouvera dans le film les caractéristiques du road movie.
Les réalisateurs de Kings of the World ont voyagé pendant cinq semaines. Ils ont traversé quatre États : la Californie, le Nevada, l’Arizona, l’Utah. Ils se sont arrêtés à Los Angeles, San Francisco, Reno, Lovelock, Winnemucca, Cedarville, Ehrenberg, Salt Lake City, Las Vegas (on pourra, à l’aide d’une carte retracer leur périple). Ils ont filmé 173 personnes et en ont retenu une cinquantaine pour le film.
Les interviews sont entrecoupées de plans typiques des road movies : routes qui défilent, paysages urbains ou désertiques ; la bande-son prend en compte la radio qui commente l’actualité (par exemple la mort de Jacques Derrida) ou diffuse des chansons.
Les réalisateurs précisent aussi, dès le début, leur quête : quelle image les Américains ont-ils de leur pays ? Savent-ils comment le monde les voit ? Ces questions sont sous-tendues par une autre interrogation propre aux premiers road movies : peut-on toujours croire au « rêve américain » ?
On notera que les cinéastes ont aussi voulu réexaminer quelques figures mythiques du cinéma américain. Ils ont retenu les interviews d’une serveuse de casino, de plusieurs cow-boys, de quelques « bikers » et d’un couple de Mormons.
Un modèle ébranlé
Une remarque revient souvent au cours du film : « Ici on ne parle pas de politique. » Et l’on rappellera la réticence et même la gêne exprimée par le couple de Mormons interrogé à Salt Lake City. Mais en cette période électorale (qui se terminera par la réélection du républicain Bush face au démocrate Kerry), les réalisateurs parviennent à obtenir des avis bien précis sur la guerre en Irak, le protocole de Kyoto, la politique sociale, le travail...
Leurs interlocuteurs ont tous en tête le « rêve américain » qui promet liberté, fortune et réussite pour tous dans un grand pays solidaire. Mais beaucoup doutent qu’il soit encore un modèle.
Les Républicains gardent une image assez arrogante de leur pays. « L’Amérique nourrit le monde » dit ce Texan rencontré dans une laverie automatique. Il pense qu’il faut bombarder l’Irak et renvoie l’image d’une Amérique gendarme du monde, sans laquelle la France serait allemande aujourd’hui.
« America, leave it or love it » : pour les républicains, ce slogan est le bon. Il faut être Américain avant tout et les critiques (celles des démocrates) sont vite soupçonnées de communisme. Les républicains ne veulent ni intervention de l’État, ni impôts, ni protocole de Kyoto. « La morale suffit », dit l’un d’eux.
Les démocrates pointent les dysfonctionnements d’un système ultralibéral. Ils montrent par exemple que si l’on trouve du travail en Amérique, il devient de plus en plus difficile d’en vivre. La serveuse du casino de Las Vegas peut à peine prendre une semaine de congé par an et s’inquiète de ne pouvoir payer les soins dentaires dont sa fille a besoin. Une psychologue de San Francisco note que ses patients sont malades de leurs soixante-cinq heures de travail par semaine. « Travailler toujours plus » est une solution illusoire car on ne vit pas mieux.
L’aumônier du centre correctionnel de Lovelock déplore que la médecine, l’éducation soient si difficilement accessibles. Il y a trop d’individualisme. C’est « chacun pour soi ». Pour lui, les Américains croient avoir le choix mais ils sont dominés par leur système économique. Il dénonce aussi le discours religieux qui proclame que la nation protégera les bons croyants. Mais, dit-il, « Dieu ne nous aime que si nous consommons ».
D’autres discussions montrent qu’une ségrégation entre Blancs et Noirs ou Indiens reste solidement installée. L’Amérique veut donner à chacun toutes les clés pour réussir. Mais pour cette jeune fille noire, les opportunités sont loin d’être les mêmes pour tous : « Colin Powell, Condoleezza Rice ne sont toujours pas présidents » souligne-t-elle.
Le rêve américain tient bon pour certains mais est sérieusement ébranlé ou tourne au cauchemar pour d’autres.
Une vitalité novatrice
Mais le film présente des éléments plus inattendus ou plus complexes qui montrent la volonté de la part de beaucoup d’interviewés de prendre conscience des réalités et d’envisager des initiatives.
Certains, concernant l’Irak, avouent que seule la peur justifie leur soutien à Bush, nourrie du fait que, depuis le 11 septembre 2001, les USA ne se sentent plus invincibles. Ils pensent que le temps est venu de tout arrêter et de réfléchir.
« L’amour du pays » reste très vivace chez cet agriculteur qui a beaucoup voyagé, qui trouve que l’on vit mieux en France mais qui ne peut se passer des grands espaces sur lesquels il travaille.
Les démocrates qui critiquent la politique sociale des républicains font aussi leur autocritique : dans les années 1970 et 1980, disent-ils, ils se sont enrichis, « ils ont été achetés » et maintenant ne veulent plus rien bouger. L’égoïsme est partagé.
En dehors de tout schéma politique, des initiatives originales apparaissent. On rappellera cette femme noire qui voyant son fils toujours inquiété par la police, décide de devenir elle-même policière pour mieux comprendre le système. Ou l’interview de cette jeune Indienne qui, constatant qu’elle a été élevée comme si elle était blanche, décide d’apprendre les traditions ancestrales de son peuple.
On reviendra aussi sur l’interview du cow-boy rencontré dans le Nevada et que les réalisateurs ont suivi dans son ranch. Son discours est celui des conservateurs radicaux, plutôt agressif au début. Mais on découvre ensuite un personnage moins fermé. Il mène dans son ranch une vie familiale qu’il partage avec ses employés indiens. Son authenticité et sa sincérité provoquent la sympathie. Il évoque clairement sa nostalgie d’une Amérique disparue mais se lance dans le commerce avec la Chine et prépare ses enfants à prendre la relève.
On pourra prolonger l’analyse du film en précisant que les démocrates ont gagné les élections au Congrès en 2006 et analyser par exemple, à l’aide de l’actualité de ces dernières semaines, l’évolution de l’opinion américaine sur la question écologique.

Anne Henriot

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