Octobre 2007
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  Mis à jour le 9 novembre 2007

 

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Paranoid Park

Univers adolescents
Continuant d’explorer l’univers des adolescents, Gus Van Sant nous propose avec « Paranoid Park » d’en adopter les comportements, les mouvements et les rythmes à travers le destin d’Alex, un lycéen skateur, meurtrier par accident.
Alex, adolescent peu bavard, amateur de skate-board et... meurtrier par accident.
© Scott Green
Lycéen peu bavard et sans histoires, Alex passe l’essentiel de son temps sur sa planche à roulettes. Or, quand il se rend un soir au Paranoid Park, le saint des saints des skateurs de Portland, c’est le drame. L’adolescent donne un coup de skate mortel au vigile qui tentait de les interpeller, lui et un autre skateur, après qu’ils furent montés en marche sur un train de marchandises. Après s’être débarrassé de sa planche, Alex se réfugie dans le silence et décide de ne rien dire à personne. S’il interroge la question morale de la culpabilité, Paranoid Park dresse aussi un portrait sensible et touchant d’un adolescent face au monde qui l’entoure, son comportement, ses codes, sa manière d’exister physiquement face aux autres et dans l’espace.

À voir au lycée en français et en cinéma pour la question de la narration, l’approche esthétique et le regard sur l’adolescence.

Paranoid Park
Un film de Gus Van Sant
D’après le roman de Blake Nelson (Hachette Littératures)
Durée : 1 h 30 min
Sortie en salle : le 24 octobre 2007
Le site du film www.paranoidpark-lefilm.com/

À lire également
Le Cinédoc (PDF, 1,5 Mo) consacré au film, supplément à Textes et Documents pour la classe, n° 942, du 15 octobre 2007.


Pistes pour la classe
Le masque de l’indifférence

S’il rumine son geste sur lequel pèse une bonne dose d’arbitraire, Alex ne semble guère, en apparence, accablé par le poids de la culpabilité. Son changement d’attitude est à peine perceptible. Seule Rachel, la copine du fast-food, remarque qu’il est un peu plus sombre que d’habitude, comportement qu’elle met sur le compte de sa situation de famille éclatée. Face au policier qui l’interroge longuement (comme tous les autres skateurs de son lycée susceptibles d’être mêlés au meurtre), il ne cille à aucun moment. Il reste calme et détendu, affichant de bout en bout la même moue vaguement désabusée. Ses parents qu’il voit séparément (l’adolescent vit seul avec sa mère) ne remarquent rien. Pas plus que ses propres camarades d’école. Alex ne semble d’ailleurs prendre conscience de son geste – sa surprise est telle qu’il donne l’impression de découvrir l’existence du drame – qu’au moment où un journaliste relate le fait divers lors d’un journal télévisé.
Conscience et réalité

L'affiche du film
Cette prise de conscience ou connexion à la réalité par le biais d’images de télévision pose la question de la perception du monde par un adolescent. Quelle conscience Alex a-t-il de la réalité qui l’entoure pour accorder plus de force et de vérité aux images d’une télévision qu’à sa propre expérience ? Sa vision du monde est-elle brouillée à ce point par toutes les images (télévision, Internet, publicité…) dont il a déjà été nourri ? Le monde des adultes qui brille par son absence ou son éloignement (les parents d’Alex n’apparaissent que très furtivement : la mère est filmée de dos et de loin, le père n’a droit qu’à une courte scène) serait-il responsable de ce déficit de valeurs, de cette difficulté à appréhender le monde, de cette absence de repères ? Autant d’interrogations qui soulèvent le problème de l’accès au monde pour un adolescent.

On notera tout de même que ses camarades semblent plus suspicieux que lui quant à la crédibilité des images : « Est-ce pour de vrai ? » demande l’un des skateurs à qui le policier présente une photo du vigile coupé en deux après qu’un train lui a passé sur le corps le soir du drame.
Pour indiquer qu’Alex tente d’être en prise avec le monde, qu’il essaie d’avoir une conscience aiguë de la réalité qui l’entoure, le film répète à plusieurs reprises le plan où il écrit « Paranoid Park » sur une feuille de papier, nom à l’intérieur duquel est inscrit le crime qu’il a commis. Cette réitération du mot à l’écran mime la démarche mentale du garçon qui, peu à peu obsédé par le souvenir de la funeste soirée, répète le nom du lieu pour se convaincre de la réalité qu’il représente. À cet enjeu psychologique s’ajoute l’entreprise cathartique conseillée par Rachel qui consiste à dire/écrire son crime pour se libérer du malaise qui l’oppresse.
Une vision contiguë du monde

La (com)préhension du monde est une question centrale du film. Les adolescents que l’on voit ici vivent en vase clos au sein de la communauté des skateurs à laquelle ils appartiennent et où les adultes ne sont pas admis. De fait, le monde des adolescents et celui des adultes se côtoient sans se mêler, l’un et l’autre vivant en contiguïté et non en continuité, l’un étant hermétique à l’autre et vice-versa. La ligne brisée de la narration qui juxtapose passé et présent, qui répète certaines scènes, qui glisse dans ses interstices quelques petits moments perdus, comme détachés du temps, où l’on voit notamment Alex (filmé en caméra Super-8) glisser dans les rues de Portland, reproduit non seulement la vision fragmentée et fragmentaire qu’un adolescent peut avoir du monde mais aussi la relation parfois brutale, capricieuse, faite de ruptures brouillonnes et d’engouements instinctifs qu’il entretient avec lui (voir les passions adolescentes aussi vives que soudaines, la manière qu’ont les adolescents de passer du coq à l’âne dans les idées, etc.). Aussi, la planche à roulettes, objet de prouesses physiques, prend-elle la valeur métaphorique de l’adolescent, en équilibre précaire, projeté seul dans le monde, soumis à des trajectoires aléatoires et aux chutes répétées.
La vitesse du skate comme moyen d’entrer en contact avec le monde ne donne guère le temps à Alex de le regarder avec attention et sa captation s’effectue par bribes éparses et discontinues à la manière du zapping auquel il est habitué. De fait, la temporalité de l’adolescent, faite d’instants souvent vécus de manière aléatoire et cloisonnée, est contiguë.
Cette approche du monde, fondée sur le principe du zapping et dépourvue d’adultes référents, rend difficile la construction de son être. Aussi l’image éclatée du protagoniste sur l’affiche du film annonce clairement la diffraction de son identité, un phénomène qui est également suggéré par la scène où l’on voit le jeune garçon au volant de la voiture de sa mère en train d’écouter différentes musiques à la suite. Le montage cut a pour effet de montrer qu’à chaque changement de musique, Alex adopte une physionomie nouvelle comme autant de facettes de sa jeune personnalité et de possibles narratifs au film.
Éloge du mouvement

La planche à roulettes, objet de prouesse physique, prend la valeur métaphorique de l’adolescent, en équilibre précaire, aux chutes répétées.
© Mk2
Ce qui intéresse Gus Van Sant, c’est de fouiller le mystère de l’adolescence, de comprendre son existence au monde, la relation qu’il entretient avec lui et comment il s’approprie son propre univers. Pour cela, il suit son héros dans de longs travellings jusque dans les moments les plus banals. Banals mais pas anodins, car toujours révélateurs de son intimité et de sa personnalité. D’ailleurs, les nombreuses scènes où on le voit seul ont autant pour but de brosser le portrait d’un adolescent solitaire que de l’observer dans les moments où, soustrait aux regards des autres, il se révèle le mieux. Avec sa caméra, Gus Van Sant se met donc dans son sillage, adopte son rythme pour étudier comment celui-ci trouve lui-même la bonne vitesse, le bon comportement, les bons codes.

« Il faut être prêt pour aller au Paranoid Park » répètent Alex et Jared lorsqu’ils s’y rendent pour la première fois. Là-bas justement, où se trouve la fine fleur des skateurs de la ville, il s’agit de ne pas commettre d’erreur. Il faut se montrer sans trop se faire voir, adopter une attitude détendue et être à la fois d’une grande précision dans ses gestes (insistons, faussement désinvoltes), trouver la bonne vitesse et glisser son corps (notons, légèrement voûté) dans le juste mouvement. Ce que montre à l’envi la séquence tournée caméra à l’épaule (et sur une planche à roulettes !) du Paranoid Park.
Être adolescent, selon Gus Van Sant, est avant tout une question de mouvement et de rythme que le corps doit habiter avec souplesse. De territoire (urbain) aussi dont Alex et les siens prennent possession par le langage d’abord : l’East Side Park est à cet effet rebaptisé Paranoid Park par ceux qui l’occupent régulièrement (à noter l’insistance qu’ils mettent à corriger ceux qui n’utilisent pas la « bonne » formule). Vêtements et référents graphiques (cf. tags et graffitis de Paranoid Park) comme moyens de reconnaissance achèvent de compléter la panoplie et l’image.

Philippe Leclercq

Et aussi
Le Premier Cri
Le Premier Cri de Gilles de Maistre parle d'un événement à la fois unique et universel : la naissance. On y suit onze femmes qui vivent dans des milieux très différents de l'Amazonie à la Sibérie, du désert aux mégalopoles urbaines. Elles évoquent leur expérience de la naissance d'un enfant : la préparation, le suivi médical, l'implication de l'entourage, les gestes et rituels, l'accouchement.... Un film à exploiter en cours de SVT, SES, géographie, français auquel le CRDP de Paris consacre un dossier pédagogique dans sa collection Séance +. À découvrir sur son site.

Le Premier Cri. Un film de Gilles de Maistre.
Sortie le 31 octobre 2007
Consulter le dossier pédagogique sur le site du CDRP de Paris
http://crdp.ac-paris.fr/

La Petite Taupe

Une série réjouissante et inventive
Vive, curieuse et facétieuse, elle entraîne ses amis dans des aventures rocambolesques. La petite taupe imaginée par le réalisateur tchèque Zdenek Miler arrive parmi nous avec six épisodes qui devraient enchanter les enfants dès la maternelle
La petite taupe et l’étoile verte
D.R.
Une petite taupe rondelette et facétieuse est l’héroïne de cette série animée, réjouissante et inventive. Son créateur, le peintre et illustrateur tchèque Zdenek Miler, l’a imaginée dans les années 1950, puis, devant son succès, lui a consacré une cinquantaine d’épisodes. Les six films présentés ici et réalisés de 1968 à 1975 viennent d’être restaurés et sont montrés pour la première fois en France.

L’univers inventé par le cinéaste est chaleureux et drôle à la fois. La petite taupe vit dans la forêt, entourée de ses amis : le lièvre, les grenouilles, l’abeille, les oiseaux... Ses aventures ont comme point de départ une découverte originale, celle d’un poste de radio, d’un appareil photo, de pots de peinture, ou un événement fortuit comme la chute d’une pierre lumineuse. Aussitôt la petite taupe se lance dans des expériences plus ou moins dangereuses mais qui se terminent toujours bien. Plein d’humour et sans didactisme excessif, chaque épisode incite à la solidarité, à la curiosité et au courage.
Les histoires, quasiment muettes, sont subtiles mais faciles à comprendre grâce au dynamisme de l’animation et à l’éloquence d’une musique qui précise l’évolution de l’action et illustre les émotions.
Ces petits films à voir dès la maternelle peuvent servir de support au travail de l’expression orale et à l’initiation artistique : peinture et musique.

La Petite Taupe
Une série animée de Zdenek Miler
Durée : 47 minutes
Sortie en salle et en DVD le 3 octobre 2007
Dossier pédagogique disponible sur le site du distributeur « Les films du Préau » www.lesfilmsdupreau.com/


Pistes pour la classe
Un univers familier et cocasse
La petite taupe et la radio
D.R.

On pourra faire préciser, dans une reformulation orale, les caractéristiques de l’univers de la petite taupe. Celle-ci évolue dans un monde familier peuplé d’animaux de nos campagnes. Le paysage est celui d’une forêt, ou d’une lisière, avec beaucoup d’arbres mais aussi des champs et un village au loin. Les hommes n’apparaissent pas mais leur présence est sensible : ils oublient un poste de radio, un appareil photo, tracent des routes au bulldozer ...
On constatera donc que les véritables personnages sont des animaux.
Leurs attitudes et leurs activités correspondent à celles de la réalité : la taupe vit dans ses galeries ; le lièvre dans son terrier ; les grenouilles dans la mare ; la pie vole tout ce qui brille ; le hibou dort le jour ; l’abeille butine... On expliquera ces comportements animaliers.
Mais on fera aussi préciser en quoi la conduite de ces animaux ressemble à celle des hommes. Le réalisateur leur a prêté des traits de caractère humains, les a placés dans des situations que vivent les enfants et leurs parents : à l’arrivée du printemps, chacun fait le ménage chez soi ; les oiseaux attaquent l’ennemi comme des pilotes de combat ; tous savent utiliser les objets, outils, machines, du quotidien. Le résultat est souvent cocasse car on ne s’attend pas à voir des animaux aussi évolués.
On notera que cet anthropomorphisme nous fait rire surtout parce qu’il nous offre une satire des comportements humains : devant l’objectif, on prend une pose avantageuse pour une photo de mariage ou de famille ; le criquet joue du violon sans se préoccuper de ce qui se passe autour de lui ; la souris photographe troque son appareil pour un jouet mécanique sans valeur qui l’enchante...
Cette observation pourra conduire vers une lecture de quelques fables de La Fontaine.
Leçons de vie
Les personnages manifestent aussi des émotions : tristesse, angoisse, joie... Il est donc facile de s’identifier à eux pour mieux entendre les quelques conseils qu’ils délivrent.
D’abord les animaux forment une petite communauté solidaire. Tous les épisodes montrent l’utilité de l’amitié et de l’entraide. Au début du film, les animaux s’unissent pour remettre dans le ciel la pierre lumineuse que la petite taupe prend pour une étoile. Ensuite, on voit notre héroïne délaisser ses amis pour une radio qu’elle écoute à plein volume et qui les fait fuir. Puis, comprenant son erreur, pleurer leur départ lorsque la radio tombe en panne. Un autre épisode montre comment tous s’unissent pour chasser le renard de la forêt...
Autre leçon : il faut toujours inventer, aller de l’avant. La petite taupe arrache la dent du lion malade en l’attachant à un arbre avec un fil ; lorsque son appareil photo tombe en panne, elle se met à dessiner pour faire le portrait de ses amis ; elle réussit à arrêter un bulldozer en modifiant le tracé de sa route ; elle imagine de peindre ses amis de toutes les couleurs pour les transformer en monstres et chasser le cruel renard.
Cette attitude face à l’inconnu ou le danger enseigne la confiance. On remarquera que les personnages ne sont pas toujours héroïques : ils tremblent de peur, pleurent de désespoir mais finissent par se ressaisir et trouver une solution. Cette foi en l’avenir est corroborée par la bonne humeur qui imprègne toutes ces aventures : malgré l’angoisse, l’humour domine.
Des couleurs et des sons
La petite taupe photographe
D.R.

Le dynamisme de ces petits films provient aussi de l’inventivité des dessins et de la bande-son.
Le réalisateur joue avec les formes et les couleurs. Les arbres et les fleurs de la campagne sont stylisés, rappelant le tissu ou le papier peint avec des motifs géométriques répétés. L’utilisation de l’espace n’est pas sans évoquer celui des toiles de Matisse.
Le quatrième épisode donne quelques clés pour réaliser un décor semblable à celui du film. La petite taupe peint ses amis, puis, avec eux, toute la forêt. Ils utilisent le plus de couleurs possible, vives et contrastées. Ils dessinent des rayures, des pois, des damiers pour transformer les surfaces unies. Ils peignent de façon traditionnelle mais aussi en lançant des pinceaux chargés de couleur pour obtenir des taches colorées.
Cet épisode est aussi une leçon de créativité. Les personnages égaient leur univers banal avec des couleurs qui rappellent celles des Peaux rouges ou les maquillages africains. Pour effrayer le renard, ils transforment tout en totems ou masques de sorciers. Ils montrent ainsi comment la création artistique peut donner une autre vision du monde et de plus, ici, sauver la vie.
On s’arrêtera aussi sur le rôle de la musique. Très présente, elle participe à la narration. Elle illustre les atmosphères : l’éveil du printemps, la poésie de la nuit... Elle souligne la tristesse, la peur, le suspense. Elle accompagne les mouvements (des oiseaux, des chutes) en montant, descendant, en adoptant le rythme d’un déplacement. Elle imite le cri des oiseaux, le coassement des grenouilles, le vrombissement de l’abeille. Enfin elle se fait comique en imitant par exemple la démarche pataude de l’éléphant, ou en jouant une marche funèbre quand la radio tombe en panne. On pourra prolonger ces observations en faisant écouter des extraits de Pierre et le Loup de Prokofiev ou du Carnaval des animaux de Saint-Saëns.
Anne Henriot

Le Rideau de sucre

Cuba : autobiographie collective
À travers souvenirs et témoignages, la réalisatrice trace le portrait intime d’une génération bercée par la révolution cubaine. À l’enfance idéalisée a succédé le désenchantement actuel.

Entre souvenirs d'enfance et regard actuel, un retour désenchanté à Cuba.


Au moment où l’incertitude plane sur l’état de santé de Fidel Castro et où l’on commémore le quarantième anniversaire de la mort de Che Guevara, Camila Guzmán Urzúa interroge ses souvenirs d’écolière cubaine. Elle a vécu dans les années 1970 une enfance heureuse, bercée par l’idéalisme de la révolution, protégée par un socialisme alors triomphant qui assurait à tous les premières nécessités matérielles. La réalisatrice est arrivée à La Havane à l’âge de 2 ans avec sa famille qui fuyait le Chili de Pinochet. Dans son école primaire, elle a fait partie, comme ses camarades, des « pionniers », « bâtisseurs de l’avenir », destinés à promouvoir une société différente, idéale. 
Le contraste entre cette époque idéalisée et aujourd'hui est d'autant plus frappant. Après la chute du mur de Berlin, Cuba s’est enfoncée dans la crise économique, des dizaines de milliers de personnes ont émigré aux États-Unis et dans d’autres pays du monde. Où est passé aujourd’hui l’utopie socialiste de la révolution cubaine ? Comment peut-on envisager l’avenir de l’île ? Pour répondre à ces questions, la jeune femme a retrouvé quelques-uns de ses anciens camarades. Elle a confronté ses souvenirs avec les leurs, elle a interrogé leur itinéraire personnel, cherché à savoir ce qu’ils sont devenus et comment ils vivent la période actuelle. Dans ce documentaire original, qui est son premier film, elle joue avec les interviews, les témoignages, les images d’archives, réalisant ainsi l’autobiographie collective d’une génération.
Un film à voir au lycée en histoire pour étudier la révolution cubaine et en français pour travailler les formes de l’autobiographie.

Le Rideau de sucre
Un film de Camila Guzmán Urzúa
Sortie le 10 octobre 2007
Durée 1 h 20 min
En savoir plus sur le site du distributeur, voir notamment le dossier de presse avec une interview de la réalisatrice et des repères chronologiques
www.epicentrefilms.com/


Pistes pour la classe
L’enfance heureuse

On rappellera d’abord quelques événements clés.
De 1957 à 1959, Fidel Castro, Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos dirigent la lutte armée contre Batista, dictateur soutenu par les États-Unis.
Le 1er janvier 1959, les révolutionnaires triomphent, le colonel Batista prend la fuite. Le 8 janvier, Fidel Castro entre à La Havane avec les troupes de l’armée rebelle.
En 1960, les États-Unis décrètent l’embargo et c’est l’URSS qui soutient désormais l’économie de Cuba.
En 1961, après avoir repoussé la tentative d’invasion américaine dans la baie des Cochons, Cuba affirme le caractère socialiste de la révolution avec notamment une loi de réforme agraire et une campagne d’alphabétisation.
On retrouvera ensuite dans le film les témoignages évoquant ces événements et montrant comment ils ont été vécus au quotidien.
Camila et ses camarades sont nés dans « l’âge d’or » de la révolution. Ils y ont passé leur enfance et leur adolescence. Lorsqu’ils se souviennent de cette époque, un sourire heureux illumine leur visage. Parmi les bons moments du passé reviennent les copieux goûters donnés par l’école, les camps de vacances au bord de la mer, les ateliers artistiques. La majorité des témoins évoque encore l’insouciance d’une vie où l’argent ne comptait pas, où l’éducation et la médecine étaient gratuites. Ils disent la solidarité, la confiance en eux que l’éducation socialiste leur a inculquée en les instituant « pionniers » de la nouvelle société.
On fera remarquer que le filtre de l’enfance peut avoir édulcoré voire masqué certaines aspects de la révolution (embrigadement, absence de liberté d’opinion, notamment) et on confrontera ce regard nostalgique à l'analyse historique.
Certains ainsi nuancent ce tableau utopique en rappelant les irritantes séances d’autocritique, l’obligation de la délation, les punitions et les assommantes heures passées à l’usine. D’autres, maintenant exilés, expliquent qu’ils n’ont pas pu trouver à Cuba un emploi correspondant à leur niveau d’étude.
Cette génération, nous dit la réalisatrice, a ensuite été délaissée par le régime, incapable de lui assurer un avenir dans l'île.

Les incertitudes du présent

À la fin des années 1980, et pendant la Perestroïka, Cuba refuse les réformes entamées en URSS.
En 1991, commence la « période spéciale » : après l’interruption des importations en provenance de l’URSS, Cuba sombre dans la crise économique et la pénurie. Dans les années qui suivent, des milliers de personnes quittent l’île pour les États-Unis. Ceux qui sont restés se souviennent, face à la caméra, de cette époque. Ils en rappellent les difficultés : plus d’huile, plus de café, de lait, une pénurie de transport, des coupures de courant par mesure d’économie, l’introduction des impôts et le commencement des inégalités…
Les conséquences de cette crise économique sont toujours visibles. La caméra de la réalisatrice s’attarde sur la vétusté et la dégradation des écoles actuelles, la pauvreté des fournitures scolaires et des plateaux-repas. L’ancienne colonie de vacances, aujourd’hui à moitié détruite, accueille maintenant des victimes de Tchernobyl. L’époque bénie des premiers temps de la révolution semble s’être évanouie. Les enfants des écoles chantent toujours des hymnes à la révolution, les étudiants vont toujours travailler à l’usine ou dans les champs mais le cœur n’y est plus et les fêtes nationales ressemblent à des rites vides de signification.
Cuba a limité la crise en ouvrant son économie aux capitaux étrangers et au tourisme. Mais les témoins dénoncent une société à deux vitesses. L’argent donné par l’État ne suffit plus. « On vole au travail pour subvenir à ses besoins », dit l’une des femmes interrogées, ou bien l’on fonctionne avec des devises étrangères.
La liste des parents, enfants, camarades de classe émigrés est impressionnante (la réalisatrice elle-même a quitté Cuba en 1990).
On rappellera l’énumération de ces exilés à la fin du film. « C’est une génération partie », constate l’un des rares écoliers de la promo 1977-1978 à être resté dans l’île bien que ses propres parents se soient installés à Miami (devenue la deuxième ville cubaine au monde après La Havane).
On pourra revenir sur l’interview des musiciens exilés à Madrid, pour évoquer l’importance culturelle des exilés cubains. On rappellera que l’on trouve des artistes cubains partout dans le monde (Ibrahim Ferrer, le Buena Vista Social Club, mais aussi des écrivains comme Zoé Valdez qui habite depuis 1995 à Paris).

De l’autobiographie à la réflexion politique

On précisera la diversité des intentions de ce documentaire original.
– La réalisatrice décrit son histoire personnelle. Sa voix off accompagne le film. Elle n’apparaît pas directement à l’écran mais laisse des marques de sa présence. Pour expliquer l’histoire de sa famille qui a fui le régime de Pinochet, elle interroge sa mère près d’un miroir dans lequel on la voit filmer. Dans l’un des derniers plans, lorsqu’elle ferme la porte de son ancienne école, on voit sa main, mais aussi son ombre sur le mur. La façon dont elle fait errer en silence sa caméra sur les lieux du passé traduit sa nostalgie.
– Cette autobiographie est aussi celle d’une génération qui a grandi sous la révolution cubaine. La réalisatrice a pris le parti de centrer son film sur quelques personnages qui se connaissent, qui ont vécu la même enfance. La jeune femme part d’une photo de sa classe où figurent des écoliers de l’année 1977-1978 qui ont alors 6 ou 7 ans. Elle retrouve quelques-uns de ses camarades. Elle organise son film autour des interviews de ces jeunes adultes restés à Cuba ou émigrés mais venus en visite sur leur île.
– Le film apporte aussi un témoignage historique qui retrace la vie à Cuba depuis l’instauration de la république socialiste. Il fait alterner les images du présent et celles du passé mais sa construction suit finalement la chronologie des événements.
La confrontation passé/présent transforme cette autobiographie en une recherche ouverte sur la question de l’avenir de Cuba. Elle montre notamment que si la crise a laissé un goût amer, le souvenir du passé n’est pas seulement nostalgique : pour beaucoup de Cubains, le désir d’une société plus solidaire et plus égalitaire est toujours présent.

Anne Henriot

Et aussi
« Un secret », « L’Ennemi intime »
Dossiers pédagogiques
Le site « Zéro de conduite » met à la disposition des enseignants des dossiers pédagogiques conséquents autour de deux films Un secret de Claude Miller et L’Ennemi intime de Florent-Emilio Siri.
Un secret est l’adaptation du roman de Philippe Grimbert qui reçut le prix Goncourt des lycéens en 2004. Le dossier s’adresse aux professeurs de lettres qui pourront travailler sur le langage du film comme du livre ainsi que sur la question de l’adaptation.
L’Ennemi intime, d’après un scénario de Patrick Rotman, se passe en 1959 durant la guerre d’Algérie. Aux professeurs d’histoire mais aussi de lettres et de philosophie, il est proposé d’aborder les thèmes suivants : un film dans l’histoire ; un film dans la guerre ; comprendre la barbarie.

Un secret
Un film de Claude Miller
Durée : 1 h 40 min
Sortie le 3 octobre 2007
Le site du film www.unsecret-lefilm.com/
Le dossier pédagogique www.zerodeconduite.net/

L’Ennemi intime
Un film de Florent-Emilio Siri
Durée : 1 h 41 min
Sortie le 3 octobre 2007
Le dossier pédagogique du film
www.zerodeconduite.net/

« Marie-Antoinette » dans la collection « À propos »
Marie-Antoinette de Sofia Coppola a reçu le prix de l’Éducation au Festival de Cannes 2006. Il fait l’objet d’un DVD édité dans la collection « À propos » du CDRP de Nice. En accompagnement du film, les enseignants y trouveront des documents pédagogiques, des pistes d’exploitation et des liens sur des images, plans et séquences du film.

Marie-Antoinette
Un film de Sofia Coppola
Dvd et cédérom, coll. « À-propos »
Éditions du CRDP de Nice, 35 EUR
Lire la notice, commander


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Créé en octobre 2007. Actualisé en novembre 2007 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.