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Saïd par Jamel Debbouze
 Jamel Debbouze |
« En finir une fois pour toutes avec ce sentiment détestable qui essaie de vous faire croire que vous êtes un étranger »
Je connaissais mal la réalité de l’engagement des « Indigènes » pendant la seconde guerre mondiale. Comme pour toutes les jeunes générations, c’est un aspect qui a été occulté. C’est Rachid (Bouchareb) qui m’a montré le certificat du ministère de la Défense Nationale attestant de l’engagement de mon grand-père, Saïd Debbouze, dans le 7e bataillon du deuxième régiment. On ne m’en avait jamais vraiment parlé dans ma famille, sauf un peu ma mère et ma grand-mère, qui savait seulement que son mari était parti se battre. J’ai été agréablement surpris de voir à quel point tout ce que j’avais toujours cru était vrai. Savoir que mon grand-père avait été tirailleur et s’était battu pour la Mère Patrie renforçait encore un sentiment profond que j’ai toujours eu en moi. Ce pays est le mien, je suis un enfant de la France. Il n’est pas question d’autre chose que d’être en paix, à sa place, en sachant qui on est, d’où l’on vient, et d’en finir une fois pour toutes avec ce sentiment détestable qui, parfois relayé par les institutions, essaie de vous faire croire que vous êtes un étranger. Cette impression bizarre de se sentir étranger chez soi est schizophrénique. Après ce film, beaucoup seront tranquillisés, ils sauront qu’ils sont à la maison ! Ce film ne va rien exacerber, il va apaiser, simplement parce qu’il dit. Nos parents ne se sont jamais sentis tranquilles. Aujourd’hui, les gens de ma génération, issus de la même histoire que la mienne, sauront qu’ils sont chez eux et que leur avenir est là ! (...) Au-delà des motivations personnelles, il y avait aussi un magnifique personnage à défendre, à faire exister. Saïd est introverti. Sa mère a beaucoup d’importance pour lui et c’est un point que nous avons en commun. Sans la foi qu’avait la mienne en moi, je n’aurais jamais réussi. Lui par contre, se sent un peu étouffé par cette femme qui le surprotège. Pour lui, l’engagement est aussi une façon d’aller voir ailleurs, d’avoir une chance de devenir libre. Saïd n’a jamais décidé. Il a le respect de tout. Sa relation avec le sergent Martinez va faire de lui un homme. Paradoxalement, tout en étant le plus fragile et le plus innocent, Saïd est certainement le plus libre de la bande. Il vit au contact des gens, sans attaches et sans grands discours...

Yassir par Samy Nacéri
 Samy Nacéri |
« Ce n’est pas un film contre qui que ce soit, c’est un film pour la mémoire et l’honneur de ceux à qui nous devons aussi notre liberté. »
À mes yeux, Indigènes est d’abord une histoire d’hommes, venus se battre pour des raisons différentes mais tous avec loyauté. Ce sont des parcours, des destins qui s’inscrivent dans une page d’Histoire qui n’a pas souvent été racontée. En les suivant, on découvre une réalité humaine et historique vraiment forte qui interpelle toujours de nos jours. Yassir, c’est un goumier, un mercenaire. Ils n’étaient pas engagés mais payés chaque soir, s’ils avaient survécu à la journée... Yassir s’est enrôlé pour gagner de l’argent et payer un beau mariage à son petit frère, avec qui il est venu combattre. C’est quelqu’un de simple avec du bon sens, un bon fond. Il pense très peu à lui-même et existe surtout pour protéger son frère. Au début du film, c’est un personnage à part qui ne se mélange pas aux autres... jusqu’à ce que Yassir perde celui pour qui il est venu. Lorsqu’il n’a plus rien à quoi se raccrocher, il choisit de rester fidèle à ceux de son équipe, et il ira jusqu’au bout. (...)
À chaque scène, le film me renvoyait à une réalité. Ma mère est française et mon père algérien. L’un de mes grands-parents a certainement combattu pour la France, mais cette histoire me concerne d’abord en tant qu’homme. À l’école, on m’a toujours appris que des Anglais, des Écossais, des Américains, des Irlandais étaient venus libérer la France. Jamais on ne m’a parlé des Arabes, des Blacks et des Pieds-Noirs ! Je trouve nécessaire de le dire. Ce film est une leçon, même s’il ne cherche pas à en donner. Ce n’est pas un film contre qui que ce soit, c’est un film pour la mémoire et l’honneur de ceux à qui nous devons aussi notre liberté.

Messaoud par Roschdy Zem
 Roschdy Zem |
« Indigènes est un film humble qui souhaite simplement que les gens sachent et se souviennent. »
Messaoud n’aime pas la vie limitée qu’il mène en Algérie et a une vision très idéalisée de la France, qu’il est fier d’aller défendre. Il part peut-être avec le désir non avoué de s’y installer, car son engagement n’est pour lui qu’une étape, le seul moyen d’échapper à sa misère. C’est sans doute le plus sentimental du groupe, c’est le seul qui aura une histoire d’amour, une relation pure et sincère qui permet aussi d’aborder les rapports entre les tirailleurs et la population française. Des notes interdisant tout contact - et donc tout mariage - entre les indigènes et les Français circulaient alors au sein de l’armée. Le personnage est né d’une composition associant tous les documents historiques que nous a donnés Rachid (Bouchareb) et un travail sur l’attitude, la façon de parler, le comportement de ces Maghrébins qui ne sont pas les mêmes que les nôtres, nous, la deuxième génération. (...) Ce film n’est pas une fiction quelconque. Rachid Bouchareb était beaucoup plus dans la réflexion, avec le désir d’obtenir le maximum pour chaque scène... Indigènes est un film humble qui souhaite simplement que les gens sachent et se souviennent.

Abdelkader par Sami Bouajila
 Sami Bouajila |
« Il est temps de savoir, pour réunir, pour apaiser. »
Indigènes ne donne pas de leçon, il parle simplement, humainement, de quelque chose qui n’est pas dit. Il faut que ce film trouve sa juste place, c’est une nécessité qui n’a rien à voir avec «Nous - vous - eux... ». Il est simplement temps de savoir, pour réunir, pour apaiser. Lorsque j’ai découvert le scénario, j’ai été sensible à l’histoire de ces individus. Rachid (Bouchareb) a eu la bonne idée de ne pas en faire des héros. Ils sont là, chacun avec ses motivations. Ils ont peur, ils espèrent, ils sont tous venus pour aider la France et gagner quelque chose. Abdelkader, mon personnage, est un jeune homme intègre. Il croit aux valeurs de la France. Il cherche une reconnaissance. De ses désillusions naîtront une conscience, une rébellion. Il ne comprend pas que des hommes combattant pour la même cause, risquant leur vie face aux mêmes balles, ne puissent pas avoir les mêmes droits. Ce n’est pas une prise de position politique, c’est la constatation d’un état de fait qu’il vit tous les jours. Eux n’ont pas droit aux tomates, eux n’ont pas droit aux permissions, ni même aux chaussures. Abdelkader vit tout cela avec dépit, mais il ne lâche pas prise, il ne déserte pas, il prend le manuel militaire, prend la France au mot et se montre loyal dans son engagement envers elle. (...) C’est un individu clair, sans ambiguïté, et c’est pourtant celui qui a les relations les plus complexes. Il pourrait devenir chef mais reste encore subalterne. Il doit trouver sa place, se l’approprier. Lui sait qu’il n’y a rien à trouver en rentrant au bled. Tout se joue maintenant, seul un engagement complet pourra donner quelque chose. Je suis certain que beaucoup ont dû se dire cela à l’époque. (...)
Je suis allé dans un foyer d’anciens combattants marocains à Bordeaux. Vous pouviez prendre n’importe lequel d’entre eux, il avait des choses à raconter qui n’ont rien à envier au film ! Ils sont là avec leurs soixante ans de vie, et on les regarde comme des immigrés. Ils sont d’une dignité absolue, ils ne demandent rien. Ils ne se plaignent pas, ne se lamentent pas. Ils sont le fruit de l’Histoire. J’aurais pu y rencontrer Abdelkader. (...)
Pour nous, il sera difficile d’oublier ces hommes et leur histoire. Je crois que pour le public aussi. Il est temps, parce qu’ils ont été oubliés trop longtemps.

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