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Apprendre par l’enquête : quels apports des outils nomades ?

Résumé :
La « cyberenquête » consiste à chercher sur internet des informations permettant de répondre à un problème. Des études montrent que cette activité permet aux élèves d'acquérir plus de connaissances qu'un enseignement avec des lectures et des films, et que conjuguée à l’usage des outils nomades, elle donne de bons résultats en anglais, à condition que les élèves puissent se servir des outils suffisamment longtemps, en dehors du temps scolaire.

Recommandations :

  • Coordonner cyberenquête et outils nomades pour donner à l’élève des « défis » à accomplir et ainsi exacerber sa motivation mais aussi l’inciter à trouver des réponses à des questions. C’est en cela que la cyberenquête se prête bien à l’apprentissage mobile.
  • Utiliser les outils nomades pour inciter à la manipulation, à l’observation, à la recherche, dans le cadre d’activités qui nécessitent d’aller sur le terrain.
  • Permettre et encourager, dans la mesure du possible, l’utilisation des outils nomades en dehors du temps de classe, carles élèves ont ainsi plus de temps et d’opportunités pour fixer les concepts. À condition, bien sûr, de s’assurer d’un usage strictement pédagogique des outils.

par Pauline Sanglier *

L’intérêt pédagogique potentiel des outils nomades, tels que les tablettes, les assistants personnels et les téléphones mobiles, est de permettre aux élèves, dans une démarche d’investigation, de recueillir des données en dehors de la classe, tout en tirant parti des applications informatiques. Divers exemples d’un tel usage ont été recensés par le Ministère de l’Éducation Nationale dans un dossier documentaire sur l’apprentissage mobile. Nous nous sommes donc interrogés sur l’impact des outils nomades dans l’apprentissage par la « cyberenquête ».

La « cyberenquête » (enquête réalisée à l’aide d’outils informatiques) consiste à chercher sur internet des informations permettant de répondre à un problème (résoudre une énigme, définir un parcours pour accéder à un lieu précis…), afin de créer une production (texte, exposé, site web…). C’est une activité de pédagogie active qui permet à l’élève de construire lui-même ses connaissances. Elle regroupe deux notions :

  • L’usage de l’ordinateur et d’Internet (« cyber »)
  • La découverte, l’exploration et l’observation (« enquête »)

La cyberenquête peut favoriser la motivation et la construction de compétences de raisonnement, de recherche d’information, de pensée critique, de rédaction et d’expression. Ce potentiel pourrait être augmenté grâce aux outils nomades, qui permettent à l’élève de se déplacer sur le terrain tout en ayant accès aux ressources informatiques. La combinaison du défis apporté par l’enquête, de l’utilisation de la technologie et l’exploration d’un environnement réel favoriserait l’engagement des élèves dans l’apprentissage.

Résultats d’études

Trois études récentes ont évalué des activités de cyberenquête hors de la classe, où l’élève doit trouver des informations dans son environnement, tout en étant aidé par des ressources disponibles sur un outil nomade.
Une équipe du département des technologies de l’information et de l’apprentissage de l’université nationale de Tainan (Taiwan) a comparé trois groupes d’élèves de sixième dans le cadre d’un enseignement sur la récupération des déchets :

  • Le premier groupe effectue une cyberenquête en se déplaçant dans un centre de tri des déchets. Ils peuvent ainsi observer les méthodes de tri et ont accès aux ressources internet grâce à un assistant personnel (Personal Digital Assistant ou PDA). De retour dans la classe, les élèves créent  un diaporama de présentation et un site web.
  • Le deuxième groupe effectue la cyberenquête sur les ordinateurs de la classe et crée aussi un diaporama et un site web.
  • Le troisième groupe ne fait pas de cyberenquête, mais bénéficie d’un enseignement avec des lectures et des films.

Pour chaque groupe, l’expérimentation se termine par un questionnaire de connaissances sur la récupération des déchets et par une évaluation qualitative de l’enseignement (motivation, intérêt, implication dans les activités).

Les résultats montrent que les deux groupes ayant réalisé la cyberenquête (qu’elle soit en classe ou mobile) ont des performances supérieures à celles du groupe d’enseignement en classe. Par ailleurs, le groupe qui s’est déplacé au centre de tri a eu des performances supérieures à celles du groupe qui a fait la cyberenquête en classe. L’activité hors de la classe entraîne aussi une meilleure satisfaction de la part des élèves. Ils se sentent plus motivés, et estiment participer davantage et mieux apprendre les notions enseignées.  De plus, les élèves hors de la classe ont collaboré plus souvent entre eux que les élèves dans la classe.

Cette étude suggère qu’il vaut mieux faire appel à la cyberenquête plutôt qu’à un enseignement avec des lectures et des films, du moins lors qu’il s’agit d’étudier la thématique de la récupération des déchets dans l’environnement.

Des chercheurs du département d’informatique et gestion de l’information de l’université de Soochow (Taiwan) ont comparé deux activités d’observation de biologie des plantes par des élèves d’école primaire (cycle 3). Il s’agissait pour les élèves d’observer les plantes d’un jardin public disposant d’une application informatique :

  • Le premier groupe se promène dans le jardin pour observer les plantes, en étant guidé par un PDA équipé d’un système de géolocalisation. Au moment où l’élève se trouve devant une plante, l’appareil lui fournit des informations sur cette plante.
  • Le deuxième groupe est aussi guidé dans le jardin, mais lorsqu’il est devant une plante, l’appareil lui pose des questions pour l’aider à observer et à reconnaître ses caractéristiques. Une fois que les élèves ont identifié la plante, le système leur pose des questions d’un niveau plus élevé pour vérifier qu’ils sont capables d’expliquer ce qu’ils ont observé.

Les élèves du deuxième groupe ont obtenu de meilleures performances à un questionnaire post-test sur les caractéristiques des plantes comparés à ceux du groupe-contrôle. L’activité pédagogique dans ce groupe est envisagée comme un défi par les élèves. Il ne s’agit pas, contrairement au premier groupe, de simplement se promener dans le jardin en obtenant des informations sur chaque plante. La promenade se transforme en défi puisque le fait d’observer la plante et d’obtenir des informations sur ses caractéristiques permet de répondre à des questions de plus en plus approfondies. À travers un questionnaire qualitatif, les élèves du deuxième groupe affichent une meilleure perception de leur niveau de participation et ils sont plus satisfaits de l’activité que ceux du groupe-contrôle.

D’après cette étude, pour que les outils nomades aient toute leur place dans les sorties de classe, il faut non seulement qu’ils délivrent des informations aux élèves, mais aussi qu’ils leur proposent des questions interactives et progressives, pour permettre l’acquisition d’une compréhension approfondie du sujet.

Enfin, la cyberenquête peut prendre un caractère d’apprentissage informel bénéfique aux élèves. C’est ce qui a été observé dans l’étude d’une équipe de l’institut d’informatique  de l’université d’Amsterdam concernant l’apprentissage de l’anglais par des élèves de CM2 :

  • Le premier groupe suit des leçons d’anglais sur les animaux et visite un zoo à l’aide d’un smartphone qui les guide par géolocalisation et qui leur propose des vidéos et des jeux sur les animaux vus.
  • Le deuxième groupe effectue les mêmes activités que le premier mais les élèves peuvent en plus emporter le smartphone chez eux pendant quinze jours pour continuer à jouer aux jeux sur les animaux.
  • Le trosième groupe suit les leçons d’anglais sur les animaux du zoo en classe.

Le deuxième groupe a obtenu de meilleurs résultats sur un questionnaire de vocabulaire en anglais, comparé au premier et au troisième groupe. Le premier groupe obtient à son tour des résultats supérieurs à ceux du troisième groupe. Interrogés sur l’usage des outils, 81,40% des élèves ont trouvé très agréable d’apprendre à l’aide du mobile, grâce aux jeux auxquels ils pouvaient jouer chez eux, dans un contexte informel. Selon les auteurs, le fait d’avoir pu utiliser les jeux sur smartphone au-delà de la visite au zoo a permis aux élèves du deuxième groupe de mieux fixer les mots du vocabulaire et donc d’avoir les meilleurs résultats à la fin.

Cette étude suggère que, par rapport à un simple enseignement magistral, l’usage des outils nomades permet d’acquérir plus de vocabulaire en anglais, à condition que les élèves puissent s’en servir suffisamment longtemps, en dehors du temps scolaire.

En conclusion, l’usage des outils nomades conjointement à l’enquête permet, dans des conditions appropriées, une acquisition des connaissances en contexte et rend l’élève actif et motivé. Cet usage permet aussi potentiellement une personnalisation de l’activité pédagogique : l’information étant donnée au fur et à mesure du parcours de l’élève, celui-ci peut avancer à son rythme.

Cependant, avec les outils nomades il est nécessaire d’accompagner l’élève et de lui apprendre à s’auto-évaluer et à développer des stratégies d’apprentissage autonome.

L’important est de choisir non seulement les moments où l'usage des outils nomades apporte une plus-value, mais aussi ce que l’on demande à l’élève de faire avec ces outils, pour que les sorties de classe sur le terrain soient motivantes et efficaces.

Recommandations

  • Coordonner cyberenquête et outils nomades pour donner à l’élève des « défis » à accomplir et ainsi exacerber sa motivation mais aussi l’inciter à trouver des réponses à des questions. C’est en cela que la cyberenquête se prête bien à l’apprentissage mobile.
  • Utiliser les outils nomades pour inciter à la manipulation, à l’observation, à la recherche, dans le cadre d’activités qui nécessitent d’aller sur le terrain.
  • Permettre et encourager, dans la mesure du possible, l’utilisation des outils nomades en dehors du temps de classe, carles élèves ont ainsi plus de temps et d’opportunités pour fixer les concepts. À condition, bien sûr, de s’assurer d’un usage strictement pédagogique des outils.

* Pauline Sanglier - Titulaire d'un master en psychologie cognitive : acquisitions et TICE.

date de publication : 07/02/2012

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Références bibliographiques :
- Chang, C. S., Chen, T. S. & Hsu, W.H. (2011). The study on integrating WebQuest with mobile learning for environmental education. Computers & Education, 57, 1228-1239.
- Chu, H. C., Hwang, G. J., Tsai, C. C. & Tseng, J. C.R (2010). A two-tier test approach to developing location-aware mobile learning systems for natural science courses. Computers & Education, 55, 1618-1627.
- Dodge, B. (1995). Webquests : a technique for Internet-based learning. Distance Educator, 1 (2). 10-13.
- Sandberg, J., Maris, M. & de Geus, K. (2011). Mobile English learning: An evidence-based study with fifth graders. Computers & Education, 57, 1334-1347.
- Traxler, J. (2005). Defining mobile learning. IADIS International Conference Mobile Learning 2005.

 

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