Résumé :
Faisant suite au précédent article « L’usage du TBI : une amélioration des résultats des élèves », cet article présente deux autres facteurs clés de l’intégration du tableau interactif : la qualité de la formation délivrée aux enseignants et la capacité à franchir certaines étapes.
Recommandations :
- Favoriser les échanges entre enseignants débutants et expérimentés.
- Intégrer les théories sur l'apprentissage dans la formation continue des enseignants.
- Créer un accès informel à l'aide technique et pédagogique pour aider les enseignants à franchir les étapes.
par Mônica Macedo-Rouet *
Le précédent article sur l’usage du TBI présentait l’un des facteurs clés de l’intégration de cet outil en classe : le temps d’expérience des enseignants. Ci-dessous seront présentés deux autres facteurs identifiés dans les études récentes : la qualité de la formation et la capacité à franchir certaines étapes.
Des élèves de maternelle font un travail collaboratif sur le TBI en présence de leur enseignante, Maryvonne Blais.
Voir le témoignage vidéo « Des outils TICE pour l'approche des nombres en maternelle »
Le développement d’usages interactifs du TBI dépend évidemment du contenu de la formation et de l’accompagnement reçus par les enseignants. Sur cette question, les principaux éléments qui ressortent des études de David Miller, de Brigitte Somekh, de Cathy Lewin et leurs équipes sont :
Deux exemples permettent d’illustrer certains de ces éléments :
Une méthode nommée « Au tableau, sur le bureau, dans la tête » (At the board, on the desk, in the head) a été proposée par Dave Miller et ses collaborateurs dans le cadre du projet Enabling enhanced mathematics teaching with interactive whiteboards, sur l’enseignement des mathématiques au collège et au lycée. « L’analyse des premières séquences vidéos (d’usage du TBI en classe) a montré que la plupart des enseignants se limitaient à poser des questions factuelles aux élèves », notent les auteurs dans leur rapport de recherche. Le but des chercheurs a été d’amener les enseignants à poser plus de questions d’analyse, de synthèse et d’évaluation, afin d’induire un traitement plus approfondi de l’information par les élèves.
La méthode se base sur l’idée de réaliser un cycle d’activités d’apprentissage. L’enseignant peut commencer soit par une présentation au TBI (au tableau), soit par un exercice (sur le bureau), soit par la discussion d’un concept, idée ou objectif d’apprentissage (dans la tête). L’important est que, dans chaque activité, l’élève soit stimulé à réfléchir sur des questions, par exemple, interpréter des équations algébriques, manipuler des données en lien avec les équations (tableaux, images), mettre un problème en équation, etc. Pour cela l’enseignant dispose de ressources à utiliser sur le TBI et d’instructions lui montrant comment ces ressources peuvent être utilisés (par exemple, comment amener les élèves à interpréter les expressions algébriques, quels types de question poser, à quel moment, etc.). Ces ressources sont disponibles dans le portail du projet (consulter le menu « voir aussi »).
Le deuxième exemple vient du projet mené par l’équipe de Bridget Somekh. Tout d’abord, les chercheurs se sont penchés sur le rôle du TBI dans la médiation de l’interactivité en classe. S’inspirant de la théorie Vygotskienne de l’activité, ils définissent le TBI comme un « artefact de médiation », qui sert à la communication et à l’apprentissage au sein d’une communauté dont l’objectif est d’arriver collectivement à des significations partagées. Le TBI permettrait ainsi à l’enseignant et aux élèves de partager certaines connaissances, à la manière des notes manuscrites qui servent aux équipes d’infirmières comme support pour discuter les cas des patients et prendre des décisions. Ces notes, écrivent les chercheurs, permettent aux infirmières novices d’apprendre comment attribuer un ordre de priorité aux patients et comment communiquer clairement des informations à toute l’équipe. Elles se définissent ainsi comme un artefact de médiation de la communication (au sein de l’équipe) et de l’apprentissage (pour les infirmières novices), tout comme le TBI pourrait l’être dans la salle de classe.
Une illustration de ce principe vient d’un cours de mathématiques dans la classe d’un enseignant de CM2. Le but du cours est d’apprendre à mesurer et organiser une série de données numériques. Pour cela, l’enseignant utilise un cédérom qui présente trois personnages pouvant être commandés à partir du TBI pour marcher, courir et réaliser d’autres exercices physiques. Leurs battements cardiaques sont affichés au tableau au fur et à mesure que les paramètres de l’exercice changent. L’enseignant commence par demander aux élèves de venir au tableau pour décider quel personnage utiliser et pour le faire marcher. Une fois l’activité lancée, un assistant de l’enseignant note sur un tableau blanc classique les valeurs des battements affichées sur le TBI, ce qui aide les élèves à visualiser l’ensemble des données. Les niveaux d’interaction pendant la séance sont nombreux et variés, selon les chercheurs qui ont observé la séance. L’enseignant fait preuve d’une bonne maîtrise technique du TBI et aussi du contenu, mais le plus important est qu’il n’occupe pas le devant de la scène tout le temps, sachant se mettre parfois en retrait afin de laisser de la place pour que les élèves interviennent. Même lorsqu’il n’est pas devant le tableau, l’enseignant explique, sollicite les élèves et les aide à accomplir certaines tâches. L’attention des élèves est souvent tournée vers le TBI, mais le tableau est un support de la médiation faite par l’enseignant et non pas un élément de distraction. Tel est son rôle d’artefact de médiation.
Le dernier facteur de l’intégration du TBI en classe fait référence à l’évolution des usages. Derek Glover et Dave Miller (Université Keele) identifient trois étapes par lesquelles passent les enseignants à mesure qu’ils acquièrent des compétences dans l’usage du TBI. Les experts disciplinaires français (consulter le dossier d’Educnet dans le menu "voir aussi") identifient quant à eux trois catégories d’usages du TBI, qui peuvent coexister dans le temps.
Les trois étapes ou usages identifiés sont :
Les meilleurs résultats ont été constatés là où les enseignants ont démontré une capacité à franchir ces étapes, ne restant pas cantonnés à un usage du TBI comme simple support de projection.
En conclusion, plusieurs études montrent que le facteur primordial dans le développement des usages du TBI est la formation des enseignants et l’amélioration de leur pratiques pédagogiques, par la connaissance des théories et méthodes sur l’apprentissage, ainsi que leur capacité à utiliser les diverses modalités de présentation et d’interactivité du TBI avec leurs élèves. Il est possible que ces éléments ne soient visibles qu’après un certain temps d’expérience d’usage du TBI, évalué à quelques années.
Pour plus d’informations, voir l'article « L’usage du TBI : une amélioration des résultats des élèves »
* Mônica Macedo-Rouet - titulaire d'un doctorat en sciences de l'information et de la communication, ex-secrétaire de rédaction de la revue en ligne ComCiencia
date de publication : 30/04/2010
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