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Les boîtiers de vote électronique en salle de cours

Résumé :
Des études montrent que les boîtiers de vote sont perçus positivement par les enseignants et les apprenants, qui apprécient les possibilités d’interaction de cet outil, le retour immédiat sur les questions posées et l’anonymat des réponses. Une étude a aussi montré une amélioration concrète des performances des apprenants avec l’usage des boîtiers par rapport à un questionnaire papier.

Recommandations :

  • Les boîtiers peuvent être intégrés dans un cours, afin de maintenir l’attention des élèves et de vérifier leur compréhension petit à petit, ou utilisés lors de séances entièrement dédiées à des révisions.
  • Leur utilisation doit cependant rester ponctuelle afin de préserver au maximum l’aspect ludique de l’outil, et éviter une lassitude des apprenants.
  • L’aspect interactif peut être appuyé en encourageant les étudiants à travailler en groupe ou à discuter de leurs réponses.
  • L’anonymat des réponses est également apprécié parce qu’il encourage la participation sans la rendre obligatoire.

par Marine Delaval *

Les boîtiers de vote électronique (appelés clickers outre-Atlantique) sont de plus en plus utilisés dans le milieu éducatif et plusieurs études se sont penchées sur la question de leur utilité pédagogique et sur la perception qu’en développent élèves et enseignants. La problématique soulevée par ce champ de recherches est d’évaluer ce que ce nouvel outil pédagogique peut apporter en termes d’engagement dans l’apprentissage, dans la mémorisation mais aussi dans la compréhension des éléments d’un cours.

Qu’est-ce qu’un boîtier de vote électronique ?

Cet outil se présente sous la forme de boîtiers individuels, reliés à distance par une clé-récepteur à un ordinateur équipé d’un logiciel qui enregistre les réponses de chaque étudiant.

 

 

Boîtiers de vote

 

Témoignage vidéo sur l'usage des boîtiers à l'école primaire (Source: CNDP).

 

Une fois que les élèves ont répondu à une question, l’enseignant peut, grâce au logiciel de gestion des réponses, afficher les pourcentages de bonnes et de mauvaises réponses. Selon les objectifs de la séance, il peut afficher en même temps la réponse, ou engager d’abord la discussion afin que les élèves parviennent d’eux-mêmes à la réponse attendue.

Les logiciels associés aux boîtiers offrent des possibilités d’utilisation multiples :

  • choix de garder les réponses anonymes ou de les associer à chaque élève ;
  • utilisation individuelle ou par groupe ;
  • questions à choix multiple ou à réponse courte ;
  • en fin de séance, possibilité de disposer d’un résumé des performances de chaque participant, ainsi que d’un aperçu global de la performance du groupe sur chaque question comme sur l’ensemble de la séance.

De plus, certains logiciels viennent en complément des outils de vidéoprojection, ce qui permet de varier la présentation des questions.

Représentations des étudiants quant à l’utilisation des boitiers

La majorité des études sur le sujet concernent une population d’étudiants universitaires et reposent sur une méthode de questionnaires passés suite à l’utilisation des boîtiers en cours.

Plusieurs études ont de la sorte mis en évidence différents aspects encourageants de l’utilisation des boîtiers de vote en classe. Par exemple, Charles R. Graham et ses collaborateurs, de l’Université Brigham Young (États-Unis), ont fait passer un questionnaire à 688 étudiants de licence, dans le but de mieux comprendre comment l’usage des boîtiers influence leur perception d’engagement dans le cours. Leurs analyses ont fait apparaître que les étudiants appréciaient particulièrement les caractéristiques suivantes :

  • un retour immédiat par l’affichage direct de la bonne réponse. Cet avantage est double puisqu’il concerne autant les étudiants que les enseignants : cela permet aux étudiants de jauger leur compréhension en temps réel, et à l’enseignant d’avoir un aperçu global de la compréhension du groupe et d’adapter le rythme de son cours en conséquence ;
  • l’anonymat des réponses, qui permet aux étudiants de se sentir libres de répondre sans crainte d’être jugés s’ils se trompent. Ceci les amène à maintenir leur attention et à se sentir ainsi plus engagés dans la séance ;
  • l’affichage des pourcentages de réponse, qui permet également aux étudiants de se situer par rapport au groupe, là encore de façon anonyme ;
  • la possibilité d’une plus grande interaction avec l’enseignant et d’un apprentissage plus actif.

Impact perçu sur la compréhension

Dans la lignée de ces caractéristiques perçues par les apprenants, d’autres recherches ont tenté de comprendre plus en détail les mécanismes en jeu dans l’utilisation pédagogique des boîtiers de vote et de cerner l’impact possible de leur usage sur la compréhension en cours.

Ainsi, une équipe de l’Université de Saragosse (Espagne), menée par Lorena Blasco-Aras, a organisé une étude dans le cadre d’un enseignement auprès de 198 étudiants en première année de sciences de gestion. L’objectif était de dégager des liens entre l’utilisation des boîtiers et l’amélioration des performances académiques en termes d’interactivité, de collaboration et d’engagement dans les apprentissages. Les étudiants étaient amenés à utiliser, par petits groupes, les boîtiers de vote à différents moments du semestre : chaque partie du cours faisait l’objet d’une dizaine de questions pour lesquelles les étudiants étaient encouragés à voter par groupe, puis à discuter entre eux des réponses choisies.

Les chercheurs ont ensuite mesuré, à l’aide d’un questionnaire, différentes variables liées à l’utilisation des boîtiers : l’interaction, l’apprentissage collaboratif et l’engagement dans l’apprentissage. Enfin, dans le même questionnaire, les étudiants devaient évaluer si les boîtiers leur avaient permis d’améliorer leur compréhension du cours et de mieux en retenir les éléments.

L’utilisation des boîtiers mène à une très large perception d’interaction chez les étudiants : le fait de répondre anonymement puis de voir l’ensemble des réponses les encourage à discuter entre eux et à réfléchir aux différentes possibilités. De fait, plus cette interaction est perçue comme importante, plus les étudiants se sentent actifs et engagés dans leur apprentissage ; cet engagement a à son tour un impact important sur le fait qu’ils perçoivent une amélioration dans leur compréhension du cours.

Impact réel sur la compréhension

Les études basées sur des questionnaires montrent que les étudiants ont le sentiment d’avoir amélioré leurs capacités de compréhension et de mémorisation lorsqu’ils utilisent les boîtiers. Quelques études ont tenté de mettre en évidence un élément tangible qui permette d’évaluer la contribution de l’utilisation des boîtiers de vote à la performance académique. Par exemple, l’équipe de Richard Mayer de l’Université de Californie (États-Unis) a comparé les résultats de trois groupes d’une centaine d’étudiants chacun :

  1. avec boîtiers : les étudiants répondent à des questions pendant le cours en utilisant exclusivement les boîtiers de vote ;
  2. sans boîtiers : les étudiants répondent à un questionnaire distribué par l’enseignant à la fin du cours, par écrit puis à main levée pour une correction collective ;
  3. contrôle : pas de questions pendant le cours, l’enseignant se contente de demander aux étudiants s’ils ont bien compris le sujet.

Les étudiants du groupe 1 obtiennent de meilleurs résultats à l’examen final par rapport aux étudiants des deux autres groupes. L’usage des boîtiers y est pour quelque chose, mais le fait de poser des questions pendant le cours est un facteur fondamental.

Les auteurs expliquent que l'amélioration des résultats est due à l'introduction d'une méthode d’enseignement « par questions » et les boîtiers permettent d'introduire cette méthode plus efficacement pour des raisons logistiques :

  • utiliser les boîtiers est moins contraignant et plus rapide que faire passer un questionnaire papier
  • les questions peuvent être posées plus facilement à plusieurs moments du cours, évitant ainsi un effet de séparation entre les « chapitres du cours » et les questions ;
  • le logiciel associé aux boîtiers permet de montrer les réponses de tous sous forme de graphiques, de manière plus rapide et précise que la méthode à main levée.

Limites

Ces données sont néanmoins à prendre avec précaution : certaines recherches sont plus mitigées quant à l’impact réel des boîtiers sur les performances. Par exemple, Lawrence Chui, de l’université St-Thomas (États-Unis) et ses collaborateurs, ont également comparé deux groupes d’étudiants pendant un semestre ; les deux groupes répondaient à des questions pendant leurs cours, l’un sur boîtiers, le deuxième sur papier. Leurs résultats font apparaître des différences de performances à court terme mais pas à long terme : les étudiants du groupe ayant bénéficié des boîtiers ont mieux réussi aux tests passés pendant les cours, mais cette différence ne se retrouve plus lors de l’examen de fin de semestre. Les recherches ne faisant pas consensus, il sera nécessaire dans l’avenir de déterminer dans quelles situations l’utilisation des boîtiers peut être la plus efficace, et quelles variables intermédiaires, comme l’interactivité ou l’engagement, peuvent affecter positivement la compréhension du cours et donc la performance réelle des étudiants.

Si toutes les études par questionnaire pointent les mêmes aspects positifs (augmentation de la participation et des interactions, engagement plus important des étudiants, retour immédiat sur leur compréhension), elles notent également quelques précautions à prendre en compte avant d’envisager l’utilisation des boîtiers de vote en classe :

  • comme tout outil techno-pédagogique, les boîtiers de vote constituent un investissement conséquent ; il faut donc prendre soin d’estimer le nombre de boîtiers qui seront nécessaires. Cet inconvénient est nuancé par le fait que cette technologie étant facilement transportable, un seul lot de boîtiers peut suffire à un nombre important d’enseignants si tant est que leur utilisation soit suffisamment ponctuelle et anticipée ;
  • le temps d’installation du matériel, de prise en main, mais aussi le temps d’attente des réponses sont autant d’éléments qu’il faut anticiper.

Recommandations

  • Les boîtiers peuvent être intégrés dans un cours, afin de maintenir l’attention des élèves et de vérifier leur compréhension petit à petit, ou utilisés lors de séances entièrement dédiées à des révisions.
  • Leur utilisation doit cependant rester ponctuelle afin de préserver au maximum l’aspect ludique de l’outil, et éviter une lassitude des apprenants.
  • L’aspect interactif peut être appuyé en encourageant les étudiants à travailler en groupe ou à discuter de leurs réponses.
  • L’anonymat des réponses est également apprécié parce qu’il encourage la participation sans la rendre obligatoire.

* Marine Delaval - Doctorante au Centre de recherche en psychologie, cognition et communication – Université Rennes 2.

date de publication : 31/05/2013

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Références bibliographiques :
- Blasco-Aras L., Buil I., Hernandez-Ortega B. & Sese F.J. (2013), “Using clickers in class. The role of interactivity, active collaborating learning and engagement in learning performance”, Computers and Education, 62, 102-110.
- Chui L., Martin P. & Pike B. (2013), “A quasi-experimental assessment of interactive student response systems on student confidence, effort, and course performance”, Journal of Accounting Education.
- Graham C.R., Tripp T.R., Seawright L. & Joeckel G. (2007), “Empowering or compelling reluctant participators using audience response systems”, Active Learning in Higher Education, 8, 233.
- Mayer R. E., Stull A., DeLeeuw K., Almeroth K., Bimber B., Chun D., et al (2009), “Clickers in college classrooms: Fostering learning with questioning methods”, Contemporary Educational Psychology, 34, 51–57.

 

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