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TBI, cours collectifs et exercices interactifs

Résumé :
L'article traite de deux aspects de l'usage du TBI : les cours collectifs et les exercices associés à des boîtiers électroniques. Une étude montre qu'enseignants et élèves apprécient d'enrichir leurs cours avec des ressources interactives. Deux recommandations pour les cours : coupler la technologie avec une pédagogique spécifique, maîtriser le rythme des séances. Concernant les boîtiers, il est recommandé de donner un retour aux élèves sur "pourquoi" une réponse est vraie ou fausse.

Recommandations :
Sur les cours collectifs :

- Pouvoir maîtriser le rythme des séances tout en utilisant les ressources disponibles sur le TBI.

- Encourager les élèves à poser des questions, à identifier les problèmes, à donner leur point de vue et à l'expliquer.

- Adapter les ressources à son propre cours, en les modifiant soi-même ou à partir de logiciels commerciaux, en les annotant, en les complétant ou en les actualisant.

Sur les exercices utilisant les boîtiers électroniques :

- Inclure plusieurs possibilités de réponse par question : option "je ne sais pas", échelle de degrés de certitude, etc.

- Après chaque réponse, donner un retour (feedback) sur la réponse de l'élève, en y apportant des clarifications.

par Géraldine Charles-Dominique et Mônica Macedo-Rouet

Cet article traite de deux aspects majeurs du TBI :

  • son usage dans le cadre de cours collectifs à l'école primaire,
  • son association avec des boîtiers électroniques pour créer des exercices interactifs à l'université.

TBI et cours collectifs

L'arrivée des tableaux blancs interactifs (TBI) dans les établissements scolaires amène beaucoup d'enseignants à se demander si cet outil leur permettra de faire des cours plus intéressants et créatifs. Selon une étude récemment publiée par Ruth Wood et Jean Ashfield, de l'Université de Kingston (Royaume-Uni), dans la revue British Journal of Educational Technology, le TBI pourrait en effet améliorer l'enseignement en mettant en valeur les contenus et en rendant les élèves plus actifs et engagés dans leur apprentissage.

Mais le simple fait de se servir du tableau interactif n'est pas suffisant pour améliorer la qualité du processus d'apprentissage. Un réel changement pédagogique serait nécessaire pour améliorer l'enseignement. Sinon, le TBI servirait simplement à renforcer les pratiques traditionnelles, sans y apporter de plus-value.

L'étude en question a concerné l'introduction du TBI dans cinq classes d'écoles primaires. Les auteurs de l'étude sont parties de l'hypothèse que le tableau interactif créerait des opportunités pour un enseignement plus créatif et intéressant pour les élèves. La "créativité", disent les chercheuses, est un élément clé de l'éducation au XXIème siècle. Elle se traduit par un enseignement plus interactif, orienté vers le développement de la capacité d'innovation et la résolution de problèmes, moins axé sur la transmission de connaissances du professeur vers les élèves. Serait-ce incompatible avec les cours collectifs ? Pas nécessairement. Les cours collectifs sont reconnus comme un important vecteur d'apprentissage des mathématiques et des langues (voir à ce propos les travaux de David Reynolds, cités par Ruth Wood et Jean Ashfield). Cependant, c'est la qualité du cours collectif qui compte. Selon les chercheuses, les cours collectifs sont plus efficaces s'ils sont interactifs, plutôt orientés vers les processus (non pas le produit) d'apprentissage. L'interaction devrait conduire les élèves à participer plus activement aux cours et à développer des capacités d'adaptation et de résolution de problèmes.

Comment l'apport du TBI a-t-il été évalué ? Les chercheuses ont réalisé des observations sur 10 cours en classe entière avec le TBI : cinq en Mathématiques, et cinq en Anglais. Chaque chercheuse a pris des notes de manière indépendante, de façon à obtenir un maximum de détails sur les situations et à croiser leurs résultats. Par ailleurs, chaque enseignant a été interviewé, et huit élèves sur un total de 17 ont été choisis au hasard pour former des groupes de discussion sur les cours avec le tableau interactif. De plus, les logiciels en relation avec le matériel ont été identifiés, ainsi que leurs caractéristiques : ont-ils des ressources interactives telles que des animations ? Sont-ils spécifiques au TBI concerné ? Ont-ils été créés commercialement ou par l'enseignant ? Cette méthode, qui s'appelle "étude de cas", a pour objectif d'étudier en profondeur une situation spécifique, pour en tirer ses éléments caractéristiques et donner un exemple concret des situations vécues par les individus (en l'occurrence les enseignants et les élèves).

Résultats des observations

Tous les enseignants perçoivent l'utilisation d'images (clipart), photos, sons, animations, et hyperliens avec le TBI comme un élément qui améliore leur enseignement. Ils pensent que ces ressources aident à capter et maintenir l'attention des élèves, et à les motiver. Certains enseignants ont aussi souligné que ces ressources aident les élèves à "tendance visuelle" à mieux apprendre. Enfin, tous les enseignants interviewés ont reconnu au TBI un avantage : la possibilité d'enregistrer, de modifier les ressources pédagogiques et d'y accéder quand on veut.

Tous, enseignants et élèves, sont d'accord pour dire que le TBI permet de créer des cours "vivants" et "enthousiasmants", avec des clips vidéo, des photos, des animations et différentes textes. Tous ont également souligné l'intérêt de la vaste quantité de ressources mises à leur disposition.

 

Une démonstration de l'utilisation de ressources multimédias avec le TBI,
au Centre national de documentation pédagogique. Photo : Delcom/CNDP.

Face à ces images et ressources, les élèves se sont-ils vraiment engagés dans un apprentissage plus actif ? Sur ce point, les résultats sont plus mitigés. Dans certaines classes, on a pu observer un engagement de la part des élèves et une réelle interaction. Par exemple, dans un cours de langue, l'enseignant encourageait les élèves à développer leur imagination et à s'exprimer sur des images montrant différentes situations. Selon les chercheuses, les élèves ont essayé d'élargir leur vocabulaire et à échanger des idées avec leurs camarades, en les exprimant par des phrases écrites. A contrario, dans un autre cours sur le même sujet, des paragraphes de texte étaient projetés au tableau avec des cases vides. Des adjectifs étaient présentés sur un menu latéral et les élèves devaient choisir l'adjectif correct dans le contexte du paragraphe. Sur cette activité, disent les chercheuses, il y a eu peu d'interactions et les élèves étaient beaucoup moins engagés dans la tâche.

Un autre résultat concerne l'utilisation des ressources multimédia pour réaliser des démonstrations. Il a été observé que dans les cas où l'enseignant n'utilisait pas ces ressources pour amener les élèves à réfléchir globalement sur le sujet, les élèves adoptaient une attitude plutôt passive. Ils étaient attirés par les animations et les graphiques bariolés, mais ne s'engageaient pas vraiment des discussions et des questionnements. Un exemple vient de l'utilisation faite par un enseignant d'un logiciel multimédia pour apprendre aux élèves à dire l'heure. Le logiciel pose des questions à l'oral et donne un retour à l'élève pour dire si sa réponse est "vraie" ou "fausse". "Le logiciel a carrément remplacé le professeur", écrivent les chercheuses. C'est le logiciel qui déterminait le rythme de la séance.

Un contre-exemple vient d'un enseignant qui a créé ses propres ressources en utilisant un logiciel commercial. Des outils de "mise en évidence" et "cacher/révéler" étaient utilisés, avec le contrôle de l'enseignant, pour diriger l'attention des élèves vers des points précis. L'enseignant posait des questions pour encourager les élèves à exprimer leurs propres idées et points de vue, organisait des temps de discussion en groupe, et demandait à des élèves de résumer leurs discussions directement au TBI. Selon les chercheuses, l'intérêt principal de cette sé ce était l'engagement actif et créatif des élèves, avec l'enseignant qui maintient le rythme et développe un environnement dynamique. "C'est la complémentarité entre une approche pédagogique et la technologie qui a créé les conditions d'un apprentissage efficace", affirment-elles.

La question du rythme des séances est revenue souvent dans les commentaires des enseignants (voir aussi l'article "Enseigner et apprendre avec le tableau interactif"). La plupart d'entre eux évalue positivement l'apport du TBI pour augmenter le rythme des séances. Ils considèrent facile de faire la transition entre différentes ressources multimédia en utilisant le tableau. Cela permet de garder un rythme soutenu dans le cours. Cependant, cela ne se traduit pas toujours par une facilitation des apprentissages. Parfois les élèves n'avaient pas le temps de réfléchir sur le matériel présenté, ce qui les empêchait de bien suivre le cours. Comme exemple, les chercheuses citent une séance de mathématiques dans laquelle l'enseignant présentait une série d'activités visant à aider les élèves à comprendre les chiffres, mais cela dans un rythme assez rapide. Certains élèves étaient déroutés et, par la suite, ils n'arrivaient pas à résoudre les exercices. Selon les chercheuses, une intervention de l'enseignant serait nécessaire pour adapter le rythme de la séance aux besoins des élèves.

La conclusion de Ruth Wood et Jean Ashfield est qu'il est important de s'assurer que l'enseignant contrôle toutes ces nouvelles ressources qui sont mis à sa disposition. Les observations en classe ont montré que l'enseignant est parfois un simple opérateur. D'après les chercheuses, il faudrait que l'enseignant ait un plus grand contrôle sur la planification et l'usage des ressources électroniques en classe. Pour cela, il serait nécessaire de réunir la technologie et la pédagogie, et d'étudier une manière de faire en sorte que les enseignants ne soient pas simplement équipés de ressources et de capacités techniques, mais aussi qu'ils comprennent clairement comment les élèves apprennent et comment l'apprentissage peut être facilité dans le cadre des cours collectifs.

Une limite de l'étude de cas est qu'elle ne permet pas de généraliser les observations à toute une population. L'étude de cas sert souvent de point de départ dans l'investigation d'un phénomène ou d'un comportement à petite échelle pour permettre ensuite la réalisation d'un programme de recherche plus vaste sur le terrain ou en laboratoire. Il apparaît néanmoins que la complémentarité est nécessaire entre les approches qualitatives et quantitatives afin de mieux comprendre un phénomène complexe. Le principal avantage de l'étude de cas est qu'elle permet d'étudier en profondeur un phénomène sans pouvoir généraliser à d'autres situations. Inversement, les recherches sur des échantillons plus larges permettent la généralisation sans apporter une compréhension du phénomène étudié en profondeur.

TBI et exercices interactifs

Euline Cutrim Schmid, chercheuse à l'Institut universitaire de formation des maîtres de Heidelberg (Allemagne), a observé la combinaison du TBI avec un système de vote dans des cours d'anglais destinés aux étudiants étrangers. Elle s'est basée pour cela sur les questions suivantes : quel est l'impact du boîtier électronique associé au TBI sur l'interactivité en classe ? Quelles sont les conséquences de ce dispositif pour la motivation des étudiants ?

Cette étude a été menée à l'Université de Lancaster dans le cadre du programme d'anglais de prérentrée destiné aux étudiants étrangers. C'est dans ces cours d'Anglais que le TBI, associé à un système de vote, a été intégré. Les étudiants étaient issus de pays, de niveaux universitaires et de domaines d'étude variés. Les principales composantes des cours d'anglais étaient : la lecture et l'écriture, la compréhension et l'expression orale.

La première partie de l'étude a été réalisée au cours de l'été 2003 avec 29 élèves, puis la seconde, lors de l'été 2004, avec 33 élèves. Ils ont tous été répartis en plusieurs groupes d'une dizaine d'élèves. Euline Schmid a filmé des leçons et noté après chaque cours ses impressions sur les effets du TBI. Parmi ses collègues, 10 chercheurs ont observé leurs cours, pris des notes et rempli un questionnaire. Les élèves ont quant à eux rempli des questionnaires sur leur perception du TBI, et se sont aussi entretenus individuellement et collectivement avec la chercheuse.

Le système de vote sans fil permet aux étudiants de répondre à des questions à choix multiple, affichées sur le TBI, en utilisant des boîtiers. Pour chaque question, les résultats apparaissent immédiatement sous forme de tableau, l'enseignant peut alors savoir :

  • qui a répondu correctement ou pas,
  • qui a répondu quoi, pour plus de détails,
  • uniquement les réponses données (mode anonyme).

Après la série de questions, on peut voir le score général obtenu (pourcentage de bonnes réponses pour chaque étudiant).

Résultats des exercices

Euline Schmid a remarqué que le système de vote augmente considérablement l'interactivité lors des leçons. Chez les étudiants, il a des effets positifs sur :

  • leur attention : concentration maintenue pendant tout le cours,
  • leur motivation et participation : expression et échanges favorisés, possibilité de savoir ce que les autres pensent du sujet, occasion pour les plus timides de donner leur point de vue,
  • leur affectivité : sentiment d'avoir une utilité dans la classe.

Démonstration du boîtier électronique - copyright CNDP

Participants répondent à des questions sur le TBI avec un boîtier électronique (détail), dans une démonstration au Centre national de documentation pédagogique. Photo : Delcom/CNDP.

Seul travers de cette activité : on peut voter au hasard, ce qui fausse les résultats de performance. Plusieurs solutions peuvent alors minimiser cet effet :

  • inclure dans les réponses possibles la mention "je ne sais pas",
  • utiliser un système proposant deux boutons de degré de certitude (vraiment sûr / assez sûr),
  • organiser avant le vote une discussion de groupe sur la question (si elle présente une difficulté qui nécessite une réflexion collective),
  • encourager les élèves à d& cute;veloppe à posteriori les raisons de leurs votes.

L'interactivité entre enseignant et élèves est, en effet, un aspect très important de l'utilisation du TBI. Lorsque l'on propose des exercices interactifs avec le tableau, il ne suffit pas de donner une réponse de type "vrai" ou "faux". Les réponses doivent aller jusqu'au "pourquoi". L'étude d'Euline Schmid suggère que les élèves ont tendance à mieux réfléchir au moment de voter s'ils savent qu'on ensuite leur demander de justifier leur choix. Ils attendent aussi de l'enseignant qu'il s'intéresse aux raisons des réponses données plutôt qu'aux résultats en eux-mêmes.

En conclusion

Les enseignants interrogés et observés dans les études citées perçoivent le TBI comme un outil qui valorise l'enseignement et l'apprentissage en classe entière. Mais au-delà de la présentation des cours, les études insistent sur le rôle déterminant de l'approche pédagogique appliquée à cette technologie. L'enseignant peut enseigner de façon créative. Pour cela, c'est à lui de déterminer les ressources à utiliser et comment les utiliser en classe. Combiné à un système de vote, le tableau blanc interactif peut aider à capter l'attention des élèves et favoriser l'interactivité en cours de langue, mais ces effets dépendent eux aussi de l'approche pédagogique adoptée.

Toutes les observations aboutissent à des pistes pour des recherches et projets futurs :

  • Pour Euline Cutrim Schmid, il faudrait poursuivre son étude à une plus grande échelle et à un stade supérieur de familiarisation avec la technologie, pour mieux comprendre l'apprentissage et la perception des élèves avec le TBI.
  • Ruth Wood et Jean Ashfield suggèrent quant à elles une piste sur les débats qui pourraient faire naître de nouvelles idées pour l'évolution des technologies éducatives.

Recommandations :

Sur les cours collectifs :

  • Pouvoir maîtriser le rythme des séances tout en utilisant les ressources disponibles sur le TBI.
  • Encourager les élèves à poser des questions, à identifier les problèmes, à donner leur point de vue et à l'expliquer.
  • Adapter les ressources à son propre cours, en les modifiant soi-même ou à partir de logiciels commerciaux, en les annotant, en les complétant ou en les actualisant.

Sur les exercices utilisant les boîtiers électroniques :

  • Inclure plusieurs possibilités de réponse par question : option "je ne sais pas", échelle de degrés de certitude (de "pas sûr" à "très sûr"), etc.
  • Après chaque réponse, donner un retour (feedback) sur la réponse de l'élève, en y apportant des clarifications et expliquant pourquoi l'élève a/n'a pas bien répondu.

date de publication : 19/10/2007

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Références bibliographiques :
Schmid E. C. Using a voting system in conjunction with interactive whiteboard technology to enhance learning in the English language classroom. Computers & Education, 50(1), 338-356.
Reynolds, D. & Farrell, S. (1996). Worlds apart? A review of international surveys of educational achievement involving England. London: HMSO.
Wood R. & Ashfield J. The use of the interactive whiteboard for creative teaching and learning in literacy and mathematics: a case study. British Journal of Educational Technology, 2007, doi:10.1111/j.1467-8535.2007.00703.x.

 

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