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Visioconférence : comment organiser les échanges ?

Résumé :


La visioconférence favorise les échanges avec des correspondants étrangers et autres projets culturels et linguistiques. Cependant, les séances nécessitent une préparation soigneuse. Quelques recommandations : avoir des objectifs d'apprentissage clairement exprimés, identifier des partenaires et établir des règles de communication à l'avance, définir des procédures pour prévenir et traiter les problèmes techniques.

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par Mônica Macedo-Rouet *

Organiser une visioconférence avec des interlocuteurs distants à l’école n’est pas une tâche facile. Il y a plusieurs critères à prendre en compte, tant du point de vue technique (fiabilité des équipements, etc.) que pédagogique (organiser les tours de paroles, etc.). Cependant, lorsqu’une séance de visioconférence est bien préparée, elle donne lieu à des échanges tout à fait uniques, car les élèves ont l’opportunité de dialoguer et d’apprendre avec des interlocuteurs qu’ils ne pourraient pas rencontrer autrement.

Nous avons recensé une trentaine d’études de cas et d'enquêtes sur les usages pédagogiques de la visioconférence dans différents pays (voir l'article de M. Macedo-Rouet dans la revue Distances & Savoirs). Ci-dessous nous listons d’abord les principaux usages recensés, puis les facteurs de réussite liés à l’organisation des séances.

Visioconférence à l'école de Châtillon sur Thouet Échanges en anglais entre l’école élémentaire de Châtillon-sur-Thouet et l’école Vauvert de St-Peter-Port à Guernesey. Source : http://ww2.ac-poitiers.fr/ia79-pedagogie/spip.php?article181.

Usages de la visioconférence

Apprentissage de langues étrangères :

  • jumelage entre deux ou plusieurs classes qui communiquent autour d’un projet ou d’un point du programme scolaire. Les échanges peuvent se faire dans une ou plusieurs langues (à tour de rôle). Exemples en France : opération "1000 visioconférences", école Sanquer de Brest, collège Balzac en Normandie, école de la Corderie (voir le témoignage) à Marseille ;
  • cours à distance délivrés par un enseignant d’une autre école/établissement ou par un assistant de langues dans le cadre d’une prestation de service. Exemple d’une école d’Élancourt (voir le témoignage).
  • cours préparés par l'enseignant de la classe et délivrés par un assistant de langues à distance.

Débats avec des experts :

  • les élèves et enseignants bénéficient de l’expertise d’un spécialiste sur les thèmes étudiés, ils peuvent acquérir des nouvelles connaissances, visionner des présentations produites de manière professionnelle (animations multimédias, etc.), et avoir accès à des documents difficilement accessibles par d’autres moyens (cartes, manuscrits, etc.). Exemple : conférence au musée de l’Homme.
  • échanges avec des scientifiques, des auteurs de livres du programme scolaire, des personnalités politiques, etc. Exemple d’un lycée.

Échanges interculturels :

  • l'objectif est de connaître les modes de vie d’autres pays ou régions et de sensibiliser à la diversité culturelle. Exemples : Global Nomads Group (en anglais).

Résolution collaborative de problèmes :

  • échanges entre élèves de plusieurs classes par petits groupes pour travailler ensemble sur un même projet de mathématiques. Exemple : projet Motivate (en anglais).

La visioconférence a d’autres usages possibles : les cours à distance, les réunions, la préparation des voyages scolaires, etc.

Facteurs de réussite

La réussite d’un projet de visioconférence dépend de plusieurs facteurs techniques et pédagogiques.

Les principaux facteurs techniques sont, d’une part, le coût du système de visioconférence, d’autre part, les problèmes matériels, logiciels et de connexion pouvant survenir lors des séances.

Le coût d’un système de visioconférence performant peut s’avérer assez élevé. Les systèmes utilisant une connexion dédiée sont de meilleure qualité, mais ils coûtent cher. Un système simple et relativement peu coûteux consiste à utiliser simplement une cybercaméra (webcam), un ordinateur et une connexion Internet (haut débit). C’est ce que l’on appelle la « webvisio » ou « webconférence ». Cette solution offre une moindre qualité, mais on a démontré qu’elle convient tout à fait à des échanges entre petits groupes de 3-4 élèves. Il est recommandé d’utiliser une cybercaméra grand-angle et un micro de bonne qualité, de préférence un micro cardioïde qui ne capte que la voix des élèves participant à la visioconférence, alors que d’autres élèves travaillent dans la même salle.

Quant aux problèmes matériels, logiciels et de connexion, les études concluent à la nécessité de mettre à disposition de l’enseignant une assistance technique avant et pendant les séances (au moins les premières). Par exemple, un assistant peut réaliser des tests de connexion avant la séance, pendant que l’enseignant donne des consignes à sa classe.

Les facteurs pédagogiques concernent les spécificités de la communication par visioconférence. Cette communication n’est pas aussi spontanée qu’en face-à-face et on a démontré que les élèves ont besoin de préparer ce qu’ils vont dire à leurs interlocuteurs (par exemple, faire une liste de questions). Par ailleurs, ils doivent être explicites dans leurs propos et parler plus lentement que d’habitude. Certains élèves peuvent être mal à l’aise pour parler devant la caméra. Les études montrent qu’ils ont besoin du soutien de leur enseignant et de leurs camarades, sous peine de ne pas participer activement à leur activité.

Recommandations :

Toutes les études convergent sur la nécessité de préparer soigneusement le projet et les séances de visioconférence afin de s’assurer de leur bon déroulement.

Les points essentiels à surveiller sont :

  • avoir des objectifs d’apprentissage clairement exprimés pour la visioconférence
  • vérifier que ces objectifs sont bien adaptés au programme scolaire
  • identifier clairement les partenaires potentiels
  • préparer les interactions à l’avance : contenu des échanges, préparation des questions, règles de communication, etc.
  • définir des procédures pour prévenir et traiter les problèmes techniques : familiarisation avec l’équipement, tests d’appel, support technique, plan d’urgence en cas de panne.
  • réfléchir à l'environnement physique de la salle : niveau de bruit, configuration et localisation, capacité en termes de nombre d’élèves, etc.

La visioconférence est une technologie relativement peu utilisée à l’école, mais elle a attiré l’attention de beaucoup d’enseignants en 2008 avec l’opération « 1000 visioconférences pour le primaire », mise en place par le ministère de l’Éducation nationale. Cette technologie, qui permet à des interlocuteurs distants de se voir et se parler en temps réel, place les élèves dans des conditions similaires au contact face-à-face. Les élèves peuvent réellement dialoguer avec leurs interlocuteurs, ce qui implique : des questions-réponses immédiates, la possibilité de voir leurs réactions, mais aussi le besoin d’écouter attentivement et de comprendre ce qu’ils disent.

Plusieurs projets en France et au niveau international attestent du potentiel de cette technologie pour développer les échanges culturels et linguistiques. Pour plus d’informations, voir le dossier Educnet sur l’opération « 1000 visioconférences » et le rapport Becta "Effective video conferencing in classroom" (en anglais).

* Mônica Macedo-Rouet - titulaire d'un doctorat en sciences de l'information et de la communication, ex-secrétaire de rédaction de la revue en ligne ComCiencia

date de publication : 15/01/2010

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Références bibliographiques :
- Becta (2005), “Effective video conferencing in classroom” – summary report from six case studies. http://www.global-leap.org/newspaper/vc_case_studies_summary_report.pdf
- Laouénan M. & Stacey S. (1999), “A brief experiment in distance teaching and learning of French” British Journal of Educational Technology, 30(2), p. 177-180.
- Macedo-Rouet M. (2009), « La visioconférence dans l’enseignement. Ses usages et effets sur la distance de transaction », Distances & Savoirs, 7(1), p. 65-91.
- Marquet P. & Nissen E. (2003), « La distance en formation aux langues par visioconférence : dimensions, mesures, conséquences », Alsic, vol. 6, numéro 2, décembre 2003, p. 3-19.
- Martin M. (2005), “Seeing is believing: the role of videoconferencing in distance learning”, British Journal of Educational Technology, 36(3), p. 397-405.
- Thurston A. (2004), “Promoting multicultural education in the primary classroom: broadband videoconferencing facilities and digital video”, Computers & Education, 43, p. 165-177.

 

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