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 Le Mythe de l'âge d'or 
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L'âge d'or dans la littérature

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Littérature grecque ancienne

La période archaïque :

Le mythe de l'âge d'or apparaît chez Hésiode, mais on trouve déjà chez Homère, en dehors des allusions du vieux Nestor à un passé plus héroïque encore, une référence au mariage de Thétis et de Pélée, qui a en commun avec l'âge d'or la proximité des hommes avec les dieux.

La période classique :

Le Ve siècle n'idéalise pas le passé : la tragédie en donne une image à la fois glorieuse et terrifiante qui est une image de lutte. Le mythe de Prométhée en un sens est un mythe du progrès où un être exceptionnel se sacrifie pour ses semblables, mais le progrès peut advenir sans les dieux.
Ainsi le Prométhée enchaîné d'Eschyle forme un contretype à un âge d'or idyllique en montrant les premiers hommes terrés dans des cavernes, libérés peu à peu par les progrès initiés par le Titan philanthrope. Il en est de même chez Démocrite (ca 460-ca 370), dont la vision de l'origine de l'humanité sera reprise par Épicure et Lucrèce.
En revanche le IVe siècle abonde en discours sur les valeurs perdues, mais à côté de ces discours, dont on ne cite ici qu'un exemple, la IIIe Olynthienne de Démosthène, Platon transforme complètement le mythe hésiodique en l'utilisant à la fois comme une réprésentation de l'inégalité des individus et de la succession cyclique des régimes politiques qu'Hérodote, au livre III de son Enquête, mettait dans la bouche de Darius.

La période hellénistique :

Aratos de Soles donne dans ses Phénomènes une dimension astrologique et cosmologique au mythe, en faisant de l'ascension au Ciel de la Justice offusquée par les hommes le lien entre l'ici-bas et la voûte céleste. Dikê est appelée "race d'Astrée" (fille d'Astraios, père des constellations), ce qui est à l'origine du personnage féminin d'Astrée (Astraea), figure allégorique reprise par la tradition. Le temps cyclique est chez lui d'inspiration stoïcienne, et on voit comment, dans le cadre de la Grande Année, le mythe des âges peut comporter une décadence puis un point de renversement et de retour à l'origine.
On retrouve Aratos cité avec Hésiode dans les Catatérismes d'Érastosthène au chapitre de la constellation de la Vierge.
Cette idée d'un renversement du temps par un embrasement (e)kpu/rwsij) est appliquée à la lettre, dans le cours de la vie d'un homme, par Théocrite, dans l'Idylle XII : l'embrasement amoureux pour le Bien-aimé est susceptible d'arrêter le temps et de créer un nouvel âge d'or.

Littérature latine

   On peut se demander si l'idée d'un âge d'or de l'abondance et de la facilité n'est pas étranger aux Latins : leur attachement aux valeurs fondamentales de la pietas, de la vie simple et de la loi intériorisée - les Latins ont vécu près de dix siècles avec un corpus juridique réduit à la loi des XII tables - fait que le mythe de l'âge d'or ne coïncide pas tout à fait avec la représentation qu'ils se font du passé primitif de l'Italie.
   Il faut attendre les guerres civiles pour voir apparaître le mythe en tant que tel.

La période archaïque :

Rome n'étant poussée à naviguer que par les contraintes de l'histoire au début des guerres puniques, les premiers écrivains latins ne semblent emprunter au mythe grec que la trangression consistant à fendre la mer d'un éperon de navire, par exemple dans la Médée d'Ennius.

La fin de la République

Au dernier siècle de la République, au seuil des guerres civiles, Lucrèce présente l'origine de l'humanité non comme une période de plénitude et d'abondance, encore moins sous l'aspect d'une proximité avec les dieux, mais comme un état de simplicité primitive en lutte avec les éléments.

Catulle
ne reprend pas le modèle hésiodique de l'âge d'or, mais combine des fragments de mythe homérique (le mariage de Thétis et de Pélée), le motif de la nef Argo, et la métamorphose du présent par l'amour telle qu'on la trouvait chez Théocrite. Il y a chez lui la proximité hommes / dieux, l'idée de décadence et la necessité d'un retour à la pietas pour retrouver l'état originel.

La période augustéenne :

Chez les poètes élégiaques de la période augustéenne, chez Tibulle par exemple, le thème du fer opposé à l'or est lié à la séparation d'avec l'aimé, séparation due à la guerre extérieure ou aux querelles amoureuses : il invoque la paix de l'âge d'or comme la possibilité de retrouver Délie après le renoncement aux folies de la conquête maritime ; dans cet âge d'or, se mêlent une nostalgie de la sagesse rustique et le rêve d'une tendresse retrouvée qui mettrait un terme à la violence entre amants.

Ce n'est cependant pas un thème obligé de l'élégie amoureuse : Properce évite, semble-t-il, tout ce qui est extérieur à l'amour et le relierait à un temps physique du monde : l'élégie V du livre III, "Pacis Amor deus est", dans laquelle il rejette toute question cosmologique pour le temps de la vieillesse est peut-être une piste : l'Amour est un monde suffisant qui produit ses propres lois, et ses propres références temporelles de bonheur et de douleur. La seule allusion théocritéenne à l'âge d'or produit par l'amour se trouve dans l'élégie II, VX : Qualem si cuncti cuperent decurrere uitam / et pressi multo membra iacere mero, / non ferrum crudele neque esset bellica nauis. "Si les hommes n'avaient d'autre désir que de couler ainsi leur vie, et rester étendus, alanguis par la force du vin, il n'y aurait ni fer meutrier, ni bateau de guerre." (trad. P. Charvet). Mais ce n'est peut-être là qu'une opposition entre Dionysos et la race des Spartoi - dont est issu Penthée - telle qu'on la trouve dans les Bacchantes.

Horace
insiste pour sa part plus nettement sur le caractère impie de la conquête des mers qu'il présente comme un refus d'accepter la volonté des dieux. Seule la pietas peut garantir un séjour dans les "îles fortunées", décrites dans les termes de l'âge d'or, mais c'est une terre promise hors du temps et de l'espace, non l'étape d'une histoire de l'humanité.

L''idée d'un temps cyclique est acquise dans la pensée romaine à travers le succès du stoïcisme et l'assimilation de l'astrologie alexandrine, puisqu'on connaît, même si on ne les a pas conservées toutes, trois traductions au moins des Phénomènes d'Aratos : celle de Cicéron précède celle d'Ovide et du pseudo-Germanicus, dans ses Aratea (fl.+16-19), cette dernière étant la seule que l'on ait gardée.

C'est donc sous l'aspect du retour, déjà présent chez Catulle, que le mythe de l'âge d'or va se manifester à Rome, lié à la fin des guerres civiles et à l'espoir de paix que représente Auguste. Virgile fait ainsi coïncider l'âge d'or à la fois avec le passé agricole du Latium (règne de Saturne et du roi Évandre, le nom même de Saturne étant lié aux semailles et à une forme de sage satiété) et avec des lendemains qui sont censés chanter.

Ce n'est qu'avec Ovide que réapparaît vraiment en entier le motif hésiodique : au livre I des Métamorphoses, il met en scène, de manière isolée et sans se faire l'annonciateur d'un quelconque retour, un récit des âges - et non des races - de l'humanité (aetates) qui sera une source d'inspiration privilégiée pour les poètes, les graveurs et les peintres jusqu'au XVIIIe siècle.

La postérité du mythe

sous le Haut-Empire

A l'âge néronien, l'hybris de la construction du navire Argo réapparaît dans la Médée de Sénèque ; de même qu'est devenu un topos l'annonce que le nouveau souverain, en l'occurrence le fils d'Agrippine, fera de son règne un nouvel âge d'or : cela occupe une grande partie de la première Bucolique de Calpurnius Siculus.

Au siècle suivant, sous Marc-Aurèle, l'orateur Fronton fait un éloge paradoxal de l'âge d'or dans son Éloge de la négligence.

dans l'Antiquité tardive et la littérature néo-latine

Le topos de l'âge d'or est repris périodiquement par les poètes de l'antiquité tardive, comme Boèce, ou dans la poésie néo-latine de la Renaissance, comme Navagero, qui reprend le discours des Parques de Catulle. Nous sommes redevables au GELAHN et à l'excellent dossier de F. Grégoire sur l'âge d'or pour ces deux références qui ne donnent sans doute qu'une faible idée des textes que l'on peut encore découvrir sur ce thème.
           

Littérature française

Le Moyen Âge

Le mythe de l'âge d'or est au coeur du Roman de la Rose : Ami prend longuement la parole pour dire combien on est loin de la loyauté et de la simplicité des premières amours dans ce monde où règne la propriété : il est d'ailleurs interrompu dans son long discours par le mari jaloux.
L'importance d'Ovide dans le Roman de la Rose et dans tout le Moyen Age n'est plus à prouver. Mais parmi les nombreuses éditions des Métamorphoses, la représentation iconographique de la succession des âges est rarissime : peut-être est-elle entravée par la concurrence de l'image du Paradis terrestre judéo-chrétien. Il est intéressant de noter qu'en peinture, l'Ovide des Métamorphoses se mêle à celui des Amours, pour fondre le motif de l'âge d'or avec celui du "Verger de Déduit".

La Renaissance

L'âge d'or est présent dans la poésie et les illustrations des éditions d'Ovide à partir des années 1550. Les poètes de la Pléiade reprennent le mythe pour rêver d'un monde de paix et de justice sur fond des guerres de religions : ainsi Ronsard, dans le long poème XX des Meslanges (édition de 1555) renouvelle complètement le topos dans une dénonciation violente de la propriété et de la guerre civile. Dans les Antiquités de Rome (1558), Du Bellay se réfère aux cabanes d'Évandre dans le sonnet XVII pour montrer comment la grandeur de Rome a été réduite à rien par le Pape, pasteur de ruines autant que d'âmes. Dans le sonnet XIX, opposant toujours la Rome primitive à la Rome actuelle, il condense, dans la fuite au ciel de toutes les "vertus divines", les deux images hésiodiques du départ de la Justice et de la boîte de la Pandore qui cette fois grand ouverte ne retient plus un seul malheur.
Dans les derniers poèmes des Regrets, publiés la même année, il fait de deux femmes exceptionnelles, Marguerite de Navarre, morte en 1549 (sonnet CLXXIX et sonnet CLXXXV), et la jeune Marie Stuart (sonnet CLXX), des figures emblématiques d'Astrée resdescendue sur terre : le souvenir de Marguerite reste comme l'espérance au fond de la jarre, et la reine d'Ecosse est promesse d'un peu de "redorure".
Aucun des deux n'est dans l'illusion : Nicolas Filleul de la Chesnaye annonçant au contraire, dans ses Théâtres de Gaillon, après le viol de la glèbe et de la mer et l'envol d'Astrée, le nouvel âge d'or ouvert par la conjonction de Catherine de Médicis et de Charles IX, apparaît quelque peu comme un marchand d'espoir à bon compte.

L'âge classique :

L'âge d'or est une des cibles de la réécriture burlesque d'Ovide par Charles d'Assoucy, Ovide en belle humeur. Nous donnons ici son texte sur l'âge d'or et celui sur l'âge de fer. On pourra étudier facilement les procédés de la parodie (voir activités de réecriture)

Le XVIIIe siècle :

Le texte classique de Voltaire (Le Mondain), qui fait un sort au mythe au nom du progrès, ne saurait faire oublier la persistance des thuriféraires (prophètes encenseurs du nouveau régime), en particulier un texte de l'illustre M. Galois, que l'on peut trouver sur le site Gallica de la BNF, annonçant le règne de Louis XVI comme un nouvel âge d'or.

Le XIXe et le XXe :

Le thème est repris de manière très ironique par Rimbaud dans L'âge d'or, poème sur la régression induite par la famille dont on sait qu'elle se fondait sur la toute-puissance de la mère.
Il n'est pas incongru de rapprocher la provocation rimbaldienne de celle de Buñuel : dans L'Age d'or, qu'il réalise avec Dali, la provocation porte sur l'idée même de mémoire. Sur la plage où se commémore officiellement le passé sacré des évêques de Majorque, le désir exprime son immédiateté dans le sable humide, tandis que le film s'achève sur des lendemains qui hurlent dans un château sadien dont le maître est Jésus.
Le XIXe et le XXe produisent des utopies et beaucoup de sorties du cycle du temps au nom du retour à une société plus pure ou d'une société égalitaire : deux essais sont particulièrement intéressants dans l'analyse des relations des projets politiques et du mythe qui nous occupe : Cocagne, au livre I, chapitre II du livre d'Alain intitulé Les dieux (1934) , et "L'âge d'or", chapitre du livre Histoire et Utopie de Cioran.
Le mythe de l'âge d'or est présent en filigrane dans toute la littérature romanesque contemporaine qui met en cause l'idée de progrès, ne serait-ce que chez Giono et Queneau.

Littératures européennes

Littérature italienne :

On se reportera à l'excellente page de Floriana Caliti sur le site de la RAI :
http://www.italica.rai.it/rinascimiento/categorie/eta_dell_oro.htm

Les principales références qu'elle donne sont :
Dante, De Monarchia
Ange Politien, Stanze, XX
Egidio da Viterbo, De aurea etate (1507)
Arioste, Orlando furioso, XV, 23
Le Tasse, Aminta, v. 656-681
Guarini, Il pastor fido, IV, IX, v. 1394-1419

Elle montre comment Giordano Bruno, dans Spaccio della bestia trionfante (III,9) et le Tasse dans Il Mondo creato (VII, 1042-1046) prennent une distance critique à l'égard du mythe.

Littérature anglaise :

L'Astraea Redux de John Dryden (1660) est un poème écrit en l'honneur de la restauration de Charles II ; Le texte est en ligne, avec un grand nombre d'autres textes écrits à l'occasion de ce retour, dans le livre de Gerald MacLean, The Return of the King : An Anthology of English Poems Commemorating the Restoration of Charles II, disponible sous forem électronique sur le site de l'Université de Virginie :
http://etext.lib.virginia.edu/modeng/public/MacKing.html

John Milton,dans le Paradis perdu, [Paradise Lost (1667)], présente le jugement dernier comme une ekpurôsis ou conflagratio stoïcienne, et un retour de l'âge d'or pour les élus (livre III, vers 333-343).