Vous êtes dans un espace d'archives.   Découvrez le nouveau site Musagora !

-

 Le Mythe de l'âge d'or 
Dossier
 Introduction Le mythe de l'âge d'or Iconographie : peinture Iconographie : gravures (Ovide) L'âge d'or dans la littérature Choix de textes Bibliographie et sites 
Activités
 Ovide : le texte et l'image Analyse de tableaux Réécritures

sommaire du site

Iconographie moderne
La peinture de la Renaissance au XXe siècle


 Au Moyen age
 De la Renaissance au XVIIIe  Epoque moderne  

 

    On ne peut pas ne pas se poser la question de l'absence d'iconographie sur l'âge d'or dans la peinture antique et médiévale. Il existe certes dans les peintures de fresques des paysages idylliques (voir le site Terra Antiqua, la représentation du paysage), mais la référence aux âges hésiodiques, à l'âge de Saturne et à Évandre n'existent quasiment pas à notre connaissance.
    Au Moyen âge, on ne trouve pas non plus de représentations de l'âge d'or, mais on peut penser que la représentation chrétienne de l'Eden obnubile toute représentation d'un paradis perdu de type païen.
    En fait tout se passe comme si l'âge d'or était irreprésentable avant la Renaissance : on a alors d'un côté les premières illustrations de l'âge d'or selon Ovide qui reprennent au premier plan un couple unique selon le modèle d'Adam et Ève, la multiplicité n'occupant que l'arrière-plan. Cranach est le premier à représenter directement la multiplicité de la race humaine originelle. Le doute hésiodique sur la présence de femmes à l'âge d'or, question posée par Jean-Pierre Vernant, est levé par une forme de normalisation.

La Renaissance

Vivre avec les dieux

Le mariage de Thétis et Pélée (voir Homère et le poème 64 de Catulle), comme dernier moment d'union des hommes et des dieux, est une des premières représentations païennes d'un passé heureux qui apparaisse dans l'iconographie. Les Noces de Thétis et de Pélée de Bartolomeo da Giovanni (entre 1465 et 1494) ornent un coffre de mariage. En voici les deux panneaux.

Bartolomeo da Giovanni, Noces de Thétis et de Pélée, fin XVe, Musée du Louvre
Bartolomeo da Giovanni, Noces de Thétis et de Pélée, fin XVe, Musée du Louvre

Un motif pictural

Lucas Cranach (1472 - 1553) est le premier peintre connu qui aborde le motif des âges de l'humanité en se libérant partiellement du modèle du paradis terrestre chrétien. Dans la représentation de l'âge d'or, on remarque la multiplicité des hommes et des femmes, la danse autour de l'arbre, la sensualité dans le contact de l'herbe et de l'élément liquide. Adam et Ève sont au contraire, chez Cranach comme chez ses contemporains, représentés debout. Les dieux sont ici absents. La clôture peut être interprétée de diverses manières : comme signe de la concession faite par les dieux sous la forme du jardin ; comme un moyen pictural, forme arrondie et de couleur chaude permettant la concentration du regard sur le premier plan, contrastant avec les lignes brisées du minéral ; comme peut-être la reprise d'un motif littéraire médiéval : le "Verger de Déduit" tel qu'il apparaît par exemple dans le Roman de la Rose, et qui est allégorique d'un rêve de l'âme voyageuse. On comparera le tableau avec l'enluminure commentée sur le site Utpictura18 de l'université de Montpellier (resp. Stéphane Lojkine).
Adresse du site : http://www.univ-montp3.fr/~pictura/
Pour l'interprétation allégorique, on se reportera à l'exposition de la BnF sur l'utopie
Adresse du site : http://expositions.bnf.fr/utopie/

Pour l'âge d'argent, qui est au Louvre, on examinera si Cranach s'inspire de la tradition d'Ovide ou de celle d'Hésiode.

Cranach, L'Âge d'or, ca 1530, Munich, Alte Pinacothek
Cranach, L'Âge d'argent, date, Musée du Louvre

On trouve à la National Gallery de Londres un tableau intitulé The Closing of the Age of Silver peint vers la même époque : on comparera avec le tableau du Louvre. Trois autres tableaux de Cranach sur l'âge d'argent sont conservés en Allemagne au Schlossmuseum de Weimar (1527) et en Russie au Musée Pouchkine de Moscou (1530).

Jacopo Zucchi (1540-1596), dans son Âge d'or, est à la recherche d'un équilibre plastique propre à traduire la bénédiction des dieux et les activités terrestres qui en dépendent. La comparaison entre l'encre du Musée Paul-Getty et la peinture du Musée des Offices à Florence révèle les recherches du peintre sur la manière de composer l'espace horizontal et de le soumettre plus ou moins à la verticalité, tout en gardant la variété des scènes qui sont censées dire la liberté.

Jacopo Zucchi, L'età d'oro, s.d., Musée des Offices, Florence
peintre, Age of Gold, 1656, Musée Paul Getty

Le Musée des Offices a également du même peintre un âge d'argent et un âge de fer (salle 33, Corridoio del Cinquecento, inv. n° 1506 et 1548).

Représentations de l'âge d'or à l'âge classique :

On remarquera que le motif des âges de l'humanité n'est pas couramment traité par les grands peintres, et souvent de façon allusive, comme par exemple par Salvator Rosa, sous la forme du départ ou du retour d'Astrée comme figure de la Justice selon la tradition d'Aratos. Ses deux tableaux, Astrée quitte la terre (1665) et Le retour d'Astrée (vers 1640) sont consultables sur le site Texteimage.

Salvator Rosa, Astrée quitte la terre, 1665, Vienne, Kunsthistorisches Museum
Salvator Rosa, Le retour d'Astrée, ca 1640, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Le motif du retour de l'âge d'or en liaison avec un nouveau régime, courant en littérature, est plus rare en peinture : un tableau de Rubens, Félicité de la Régence (1625, Musée du Louvre) montre Saturne mettant en présence la France et Marie de Médicis en nouvelle Astrée.
Adresse de la page : http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=25688

La représentation de l'âge d'or devient un topos ornemental qui, se fondant sur les illustrations d'Ovide, prend peu à peu son autonomie stylistique. Il n'entre plus nécessairement, semble-t-il, comme c'est le cas pour Cranach et Zucchi, dans des séries de tableaux - les âges de l'humanité - , mais devient le signe conjoint de la suffisance et d'une liberté champêtre rêvées, motif auquel emprunteront tous les futurs "Déjeuners sur l'herbe" ou "Baigneuses". L'ombre des arbres et la rotondité en sont des composants obligés.

On comparera ainsi le tableau de Joachim Wtewael (1566 - 1638) et une peinture d'après Abraham Bloemaert (1566 - 1651, dont le département des arts graphiques du Louvre possède une version sous forme de dessin (chercher "âge d'or" ou "Bloemaert").

Joachim Wtevael, L'Âge d'or, 1605, Metropolitan Museum, New York
Abraham Bloemaert (d'après), L'Âge d'or, 1608, Le Mans, musée de Tessé

Pietro da Cortona (1596 - 1669) traite le sujet en une fresque qui orne la salle "della Stufa" (Florence, Palais Pitti, salles des Planètes) et fait partie d'une série de trois peintures commencées par le peintre en 1641-1647 et achevées par son élève Ciro Ferri (1659/1661; 1663/1665). Le rapport à l'astronomie, et probablement à la tradition d'Aratos, est dû au fait que les Médicis étaient les protecteurs de Galilée.
On peut voir la fresque de l'âge d'or sur le site de la Web Gallery of Art.
Adresse du site : http://www.wga.hu/

L' âge d'argent et L' âge de fer exposés au château de Versailles sont de l'atelier de Charles Le Brun (1619 - 1690) . La composition de ces deux tableaux est analysée sur le site Texteimage.

Atellier de Le Brun, L'Âge d'argent, Versailles, Musée national du château et des Trianons
Atellier de Le Brun, L'Âge de fer, Versailles, Musée national du château et des Trianons

Les deux tableaux d'Hendrik van Limborch (1680-1758) et celui de Pierre-Charles Trémolière (1703-1739) contrastent par leur traitement de l'espace et de la couleur :

Hendrick van Limborch, Les Plaisirs de l'âge d'or, 1718, Musée du Louvre
Pierre-Charles Trémolière, L'Age d'or, 1739, Musée de Cholet

    La fin du XIXe siècle présente trois utilisations extrêmement différentes du mythe : le tableau d'Ingres (1780 - 1867) datant de 1862 (Fogg Art Museum de Cambridge, Mass.), renoue avec une composition semblable à celle de Zucchi, adouci par la forme hémicyclique du tableau : un dieu, Cronos ou Saturne, apporte sa bénédiction (Saturne) ; Frédéric Henri Schopin (1804-1880), élève de Gros, a peint une Allégorie de l'Âge d'or (collection particulière) qui mêle le motif à celui du cortège dionysiaque, le char sacré devenant un rustique et lourd char à bancs...
   D'une toute autre facture est Le polyptyque des âges de l'humanité de Gustave Moreau (Musée Gustave Moreau), plus syncrétique encore puisqu'il mêle l'héritage grec et celui de la Bible, vie individuelle et histoire collective..

On peut voir le tableau d'Ingres sur le site de la Northwest Classics Society :
Adresse du site : http://www.northwestclassics.org/Pages/GraphicsAC.html
Et à titre indicatif celui de Schopin sur le site de l'Art Renewal Center, musée en ligne :
Adresse du site : http://www.artrenewal.org/asp/database/art.asp?aid=1637#

Modernité du mythe de l'âge d'or

Matisse, Le Bonheur de vivre
Les peintres du XXe siècle donnent des interprétations très libres du mythe  : ainsi Matisse (1869-1954) dans son Bonheur de Vivre, dont on pourra confronter la composition avec celle de Wtevael et du Déjeuner sur l'herbe.
Ce tableau peut être consulté à ne nombreux endroits sur Internet, la meilleure reproduction étant celle du site Artchive :
Adresse du site : http://www.artchive.com/artchive/M/matisse.html

 

Signac, L'Age d'or L'âge d'or libertaire de demain, Au temps d'harmonie 
, BNF, Département des Estampes
Cette composition de Paul Signac nous a paru intéressante, car elle est au contraire très liée, par la polémique, au mythe de l'âge d'or qu'elle veut retourner en utopie libertaire : on peut voir comment elle reprend la composition de certaines illustrations d'Ovide (la cueillette, la rotondité du paysage), même si elle inverse le règne en anarchie et le passé en futur : elle existe en deux versions : sous forme de lithographie au département des Estampes à la BNF - elle avait été retenue dans l'exposition sur l'utopie - et sous forme de gigantesque tableau à la mairie de Montreuil.
Adresses :
http://expositions.bnf.fr/utopie/grand/3_91.htm
http://www.montreuil93.net/decouvrez/histoire/chroniqu/sommai02/00deux/13autem.htm