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Les quatre classes censitaires (τὰ τέτταρα τέλη)

Les classes censitaires

Cavaliers participant à la procession des Panathénées
(Musée de l'Acropole, Athènes, frise ouest du Parthénon. Photo MSM)

Paysan avec sa charrue.
terre cuite - 550-500 av. J.-C
© [Louvre.edu]

Travaux des champs
coupe à bande à figures noires, vers 530 av. J.-C
© [Louvre.edu]

Tête de cavalier dite tête de la Coulonche
Fragment de bas relief, vers 445-448 av. J.-C.
Frise nord du Parthénon
© [Louvre.edu]

 

La réforme de Clisthène, malgré sa radicalité, n'avait pas fait table rase des anciennes discriminations.
Le système des classes censitaires, qui perdura jusquà la fin du IV° siècle, constitua toujours un frein à l'égalité entre citoyens qui, de ce fait, ne fut jamais totale à Athènes.
Cette classification datait de la législation de Solon. Pour donner une assise administrative à la réforme agraire qu'il avait instaurée, celui-ci avait instauré quatre classes de citoyens. La hiérarchisation reposait sur la mesure de leurs revenus :

les pentacosiomédimnes (οἱ πεντακοσιομέδιμνοι) : les plus riches, ceux qui produisaient au moins "500 médimnes" (mesure de quantité solide ou liquide). L' unité choisie nous rappelle qu'au VI° siècle la fortune était essentiellement liée à la production agricole.
les hippeis (οἱ ἱππείς) : on traduit généralement le terme par "chevalier" ou "cavalier", ce qui lui donne un sens militaire. Certains historiens interprètent d'ailleurs en ce sens la réforme de Solon : il s'agirait de citoyens capables de combattre dans la cavalerie. D'après ce que nous dit Aristote, il est probable que l'hippeus était celui qui avait les moyens de posséder et d'entretenir un cheval.
les zeugites (οἱ ζευγῖται) : ceux qui possédaient un attelage (ζεῦγος) de boeufs. Les zeugites auraient pu aussi être des fantassins combattant "en ligne" comme hoplites, mais cette hypothèse, comme la précédente concernant les possesseurs de chevaux, ne s'accorde guère avec le sens de la première catégorie (les pentacosiomédimnes) ni avec celui de la dernière (les thètes).
les thètes (οἱ θητικοί) : le terme est très ancien. On le trouve chez Homère. Il désigne ceux qui travaillaient pour un salaire, c'est-à-dire les paysans libres mais sans terre ou que leur terre ne suffisait pas à nourrir.

"Producteurs de 500 mesures", "possesseurs de chevaux", de "boeufs" ou simples "salariés de la terre", il est frappant de constater que ces classes, qui ont perduré aux V° et au IV° siècles, reposent sur une mesure agricole et non sur un revenu financier. La corrélation entre les deux est certes évidente, mais on voit que la cité reste essentiellement préoccupée par la capacité de ses citoyens à tirer leur subsistance de la terre qui les a fait naître, même si, dès le VI° siècle, l'Attique ne suffit plus depuis longtemps à nourrir ses habitants.

D'après Aristote, la répartition s'établissait comme suit :

les pentacosiomédimnes : plus de 500 mesures
les possesseurs de chevaux : plus de 300 mesures
les possesseurs de boeufs : plus de 200 mesures
les thètes : moins de 200 mesures

Peut-on donner un équivalent financier à une "mesure" ? Il faudrait pour cela savoir ce qui était mesuré. Il ne peut s'agir d'un simple contenant : le médimne contenait à l'origine du blé mais les Athéniens cultivaient aussi la vigne et l'olivier, et la distinction ne correspondait pas non plus à une surface arable car les terres cultivées mêlaient les trois cultures.
Sans que nous puissions dire exactement comment se faisait le calcul, il est donc évident que ces "mesures" recouvraient en réalité des différences de fortune. Les citoyens appartenant à la première étaient les plus riches, les deux catégories suivantes constituant une classe moyenne et la dernière rassemblant les plus pauvres.

Conséquences sur la citoyenneté

Au V° et au IV° siècle, les classes censitaires perdent peu à peu de leur importance mais, Clisthène ne les ayant pas abolies, une partie de la législation de Solon reste en vigueur, avec des conséquences importantes sur le plan des droits et des devoirs du citoyen.

Sur le plan politique :
Jusqu'en 457, seuls les citoyens membres des deux premières classes peuvent accéder à l'archontat. A cette date, les zeugites purent devenir archontes mais les thètes, semble-t-il, n'eurent jamais ce droit (ou cette obligation).
Cette restriction doit cependant être relativisée. Elle ne concerne que l'exercice des charges et non les droits de citoyenneté. Tous les citoyens, quels que soient leurs revenus, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennet sont membres de plein droit de l'Ecclesia, assemblée souveraine. La misthophorie fut instituée précisément pour corriger une inégalité de fortune qui pouvait détourner les plus pauvres de ce devoir civique.

Sur le plan militaire :
Toutes les classes étaient mobilisables mais la répartition se faisait dans des corps d'armée différents :
- les pentacosiomédimnes servaient dans la cavalerie
- les hippeis et les zeugites constituaient le gros des hoplites (infanterie lourde)
- Le corps de la marine, mis à part les postes d'officiers, était réservé aux thètes, affectés dans comme hommes d'équipage et rameurs (ὁ ναυτής, nautès) ou soldats (ὁ ἐπιϐάτης, epibatès).
- Les thètes constituaient aussi un corps d'infanterie légère : les psiloi.

Il est probable que les classes censitaires ont été maintenues pour tenir compte de l'impact des inégalités de fortune sur l'exercice de la citoyenneté. Sur le plan politique, les thètes n'avaient pas les moyens financiers d'assurer une charge publique pendant toute une année et, de ce fait, la fonction d'archonte ne pouvait leur être attribuée. Quant aux affectations dans l'armée, elles nous montrent que les fantassins et les hoplites devaient probablement payer leur propre équipement alors que la cité (ou de riches hiérarques) finançaient en totalité la marine et, probablement, l'équipement des fantassins légers.

itime