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 CITOYENNETÉ
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Les principes fondateurs
de la démocratie athénienne

Introduction

Athènes a-t-elle inventé la démocratie ? On peut répondre par l'affirmative. Une constitution donnant le pouvoir au demos aurait peut-être existé à Chios avant les réformes de Clisthène, qui s'en serait peut-être inspiré, mais nous n'en savons rien de précis. Des régimes analogues ont vu le jour dans d'autres cités d'Asie Mineure et en Sicile, mais sans doute à l'imitation du modèle athénien. Quoi qu'il en soit, c'est bien à Athènes qu'ont été posés pour la première fois les principes fondateurs qui nous inspirent encore aujourd'hui.
Dans la littérature, le terme "δημοκρατία" apparaît pour la première fois en tant que tel dans un texte d'Hérodote et son emploi est peu courant dans la littérature grecque avant Aristote.
Pourtant, l'association des termes δῆμος et κρατεῖν se trouve très tôt, dans un passage des Suppliantes d'Eschyle. Il s'agit sans doute d'une des plus anciennes tragédies qui nous soit parvenues et le vocabulaire employé rend cet extrait particulièrement intéressant.

 

La tribune de la Pnyx (photo MSM)


ΔΑ. Θαρσεῖτε παῖδες· εὖ τὰ τῶν ἐγχωρίων·
δήμου δέδοκται παντελῆ ψηφίσματα.

Χο. χαῖρε πρέσβυ͵ φίλτατ΄ ἀγγέλλων ἐμοί·
ἔνισπε δ΄ ἡμῖν, ποῖ κεκύρωται τέλος,
δήμου κρατοῦσα χεὶρ ὅπῃ πληθύνεται;
Δα. Ἔδοξεν Ἀργείοισιν οὐ διχορρόπως,
ἀλλ΄ ὥστ΄ ἀνηβῆσαί με γηραιᾷ φρενί·
πανδημίᾳ γὰρ χερσὶ δεξιωνύμοις
ἔφριξεν αἰθὴρ τόνδε κραινόντων λόγον·

Danaos : Ayez bon courage, enfants ! les citoyens nous sont propices. Le peuple a décidé et décrété.
Le choeur : Salut ! ô vieillard, le plus her des messagers ! Mais dis-nous quel décret a été rendu et de quel côté le peuple a levé le plus de mains.
Danaos : Il a plu aux Arguens de ne point se diviser et mon vieux coeur a rajeuni car l'Ether s'est hérissé des mains droites levées de tout le peuple.

(Traduction de Leconte de Lisle)


Vote à main levée lors d'une assemblée générale de travailleurs en grève à Montréal.
(Univerité de Sherbrooke. © Archives publiques du Canada)

 

L'expression " δήμου κρατοῦσα χεὶρ" peut se traduire littéralement par "la main du peuple qui décide" ou la "main souveraine du peuple". La démo - cratie signifie donc non seulement le pouvoir du démos mais aussi la manière dont ce pouvoir s'exerce, par une participation directe et le vote à main levée des citoyens assemblés. La χειροτονία restera jusqu'au bout la règle dans les décisions du peuple, à quelques rares exceptions près. Son importance est soulignée deux vers plus loin par la belle épithète "δεξιωνύμοις ", littéralement " dont le nom est la droite" appliqué à "χερσὶ" (les mains), Quant à l'expression "ὅπῃ πληθύνεται", elle laisse perplexe. Faut-il comprendre que le poète nous parle de "l'endroit où une foule nombreuse s'assemble" ou, sens légèrement différent, du "lieu où s'exprime le plus grand nombre" , ce qui voudrait dire "là où prévaut la majorité" ? Dans les deux cas, la formule situe l'expression de la démocratie et dans un espace et un temps spécifiques.
Ce court extrait est d'ailleurs particulièrement riche puisqu'il fait apparaître aussi le terme "ψηφίσματα " que l'on traduit généralement par "décrets" bien que son sens premier soit celui du vote. Il indique que l'Assemblée des citoyens est souveraine et que ses décisions sont immédiatement exécutables.

Dans ce passage, le vieux Danaos rend compte de la décision du peuple d'Argos qui vient de lui accorder l'hospitalité ainsi qu'à ses filles, mais il est évident qu'Eschyle décrit le fonctionnement de sa propre cité. On voit que dès ses origines, la démocratie athénienne repose sur des principes simples mais intangibles : la participation directe des citoyens à l'exercice effectif du pouvoir, la souveraineté du peuple, l'égalité de parole et l'égalité de droits entre ceux qui en font partie, ainsi, bien sûr, que la règle de la majorité.

L'étude des fondements de la politeia athénienne peut-être utilement complétée par la lecture d'un pamphlet daté de la fin du V° siècle. Ce texte, qui fut d'abord attribué à Xénophon sous le titre de Constitution des Athéniens est plus communément appelé "pamphlet du vieil oligarque". L'auteur, anonyme, ne fait pas mystère de ses idéaux anti-démocratiques et proclame son rejet d'un régime qui donne le pouvoir aux "méchants" au détriment des"honnêtes gens". Il se livre ainsi à une analyse dont la lecture attentive permet de récapituler les principes fondateurs de la démocratie athénienne.