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Election et tirage au sort à Athènes

La Pnyx vue du sud est ( Photo MSM)

 

 

 

 

 

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Les bouleutes, les prytanes, les archontes étaient non pas élus mais tirés au sort selon des procédures assez complexes.
Seuls les stratèges, les trésoriers et quelques autres magistrats étaient élus.
Cet accès aux responsabilités politiques par le biais du hasard est pour nous un des aspects les plus étonnants de la démocratie athénienne.
Imagine-t-on que nous puissions, au XXI° siècle, tirer au sort nos députés et nos ministres ?
A y regarder de plus près, cette coutume n'était pas si incongrue. En fait, ce recours au hasard est très révélateur de la manière dont les Grecs concevaient leur rapport à la politique et aux dieux.

Nous pouvons distinguer quatre raisons qui expliquent ce recours au tirage au sort :

Première raison : la religion :

A Athènes, le religieux et le politique sont étroitement liés, comme en témoigne le grand nombre de fêtes qui associent les deux aspects.
Tirer au sort au sort, ce n'est donc pas choisir un candidat à l'aveuglette mais s'en remettre aux dieux dont le choix a toutes chances d'être meilleur que celui des hommes.
Les Athéniens procédaient d'ailleurs de la même façon pour attribuer les prix des concours tragiques. On désignait un jury mais, parmi les votes des jurés, cinq seulment étaient ensuite tirés au sort. La majorité ne l'emportait donc pas toujours : les dieux avaient aussi leur mot à dire.

Deuxième raison : le principe d'égalité

Il est certain que le tirage au sort n'aboutit pas nécessairement à la désignation du plus méritant, ou du plus compétent, alors qu'une une "élection" permet de "choisir" parmi des candidats potentiels. Mais dans un idéal véritablement démocratique, le pouvoir doit-il seulement revenir aux meilleurs ? Ce gouvernement des meilleurs, ne devient-il pas en ce cas, au sens propre, une "aristocratie" ? Si on ne confie le pouvoir qu'à des spécialistes avertis ou éduqués pour cela.Ne doit-il pas logiquement être exercé à tour de rôle par des citoyens de compétences très diverses ?
Il faut noter que les citoyens ainsi désignés (bouleutes, héliastes ou magistrats) étaient, avant leur entrée en fonction, soumis à un examen préalable : la docimasie. Ils ne pr^taient serment que si cet examen leur était favorable.

Troisième raison : le devoir civique

Le tirage au sort obligeait pratiquement tous les citoyens à exercer un jour ou l'autre une fonction politique
Les candidats à la magistrature n'étaient pas si nombreux qu'on pourrait le croire, car il fallait passer une année entière au service de l'Etat en délaissant ses affaires privées.
La rémunération, garantie par le misthos (
ὁ μισθός)n'était que de quelques oboles par jour, et, pour les prytanes, d'une drachme (6 oboles). A titre de comparaison, un artisan gagnait à peu près deux drachmes par jour.

Quatrième raison : la méfiance

Les Athéniens se souvenaient des difficultés qu'ils avaient éprouvées pour se défaire de la tyrannie des Pisistratides.
Les démocrates craignaient toujours un retour de la tyrannie et grande était leur méfiance à l'égard de tous ceux qui devaient exercer un pouvoir.
Tirer les magistrats au sort permettait donc d'éliminer une partie de ceux qui n'étaient poussés que par leur ambition personnelle.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le tirage au sort à Athènes n'est donc pas une survivance de pratiques politiques archaïques. Il est au contraire le résultat d'une construction politique et d'une conscience collective. A ce titre, il constitue un des piliers de la citoyenneté et n'a jamais été remis en question, sinon par des écrits philosophiques qui remettent en question le principe même de la démocratie.

     
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