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Historique : le siècle de Périclès

La démocratie au V° siècle

La plaine côtière de Marathon. Au loin, la partie montagneuse de l'Attique. C'est dans la plaine, seul accès possible vers la ville, que les Athéniens barrèrent la route aux Perses. (Photo MSM)

 

Périclès., statège de 443 à 429.
Pièce de 20 drachmes de la République Héllénique (fin du XX° siècle)



Lieux clés de la démocratie à l'époque de Périclès : l'Acropole vue de la colline de la Pnyx. Entre les deux, l'Agora.
(photo MSM)

Les Propylées, porte monumentale donnant accès à l'Acropole.(photo MSM)

Le Parthénon (photo MSM)

Le "trésor des Athéniens" à Delphes symbolise la puissance d'Athènes à la veille de la guerre du Péloponnèse.
(photo MSM)

 

On appelle le souvent le V° siècle "siècle de Périclès", à cause de l'influence déterminante que cet homme politique eut sur le destin de sa cité à cette époque. C'est l'âge d'or de la démocratie athénienne et l'apogée de sa puissance dans le monde grec.

La démocratie et les guerres médiques

L'histoire d'Athènes, de la démocratie et peut-être de l'hellénisme aurait pu s'arrêter au début du V° siècle quand l'armée perse envahit le territoire de la Grèce continentale. Après avoir soumis les Grecs d'Asie Mineure, Darius débarque près d'Athènes en 490. Sur une étroite barre de terre côtière, un petit contingent d'hoplites athéniens commandé par Miltiade barre l'accès de l'Attique, aidé de quelques forces platéennes. Que s'est-il passé à Marathon ? Affrontement héroïque ou simple escarmouche avec une colonne ennemie venue tester la résistance locale ? Toujours est-il que la victoire eut un grand retentissement et qu' Athènes en retira un prestige considérable auprès des autres cités grecques. Sur le plan intérieur, la victoire eut pour le nouveau régime un caractère fondateur puisque les héros tombés au combat servirent désormais d'exemple dans les cérémonies à caractère civique. A l'Assemblée, elle renforça la position du camp démocratique face aux oligarques et aux nostalgiques de la tyrannie suspects de pactiser avec l'ennemi.
La cité doit alors beaucoup au génie de l'un de ses stratèges, Thémistocle. Persuadé que l'envahisseur ne restera pas sur cet échec, celui-ci a la lucidité de penser que la prochaine bataille sera maritime et convainc ses concitoyens de faire porter tout l'effort d'armement sur la flotte. L'argent des mines du Laurion est employé à la construction de quelque deux cents trières. En 480, les Perses reviennent par terre et par mer, commandés cette fois-ci par Xerxès. Après avoir franchi le défilé des Thermopyles défendu par les Spartiates, ils envahissent et ravagent l'Attique. Abandonnant la ville, les Athéniens se replient sur leurs bateaux. C'est dans la baie de Salamine que se joue le destin de la guerre. Là, les deux cents trières athéniennes construites dans la décennie précédente défont plus de 1000 navires ennemis. La bataille a été immortalisée par le récit du messager dans Les Perses d'Eschyle.

Cette bataille navale marque aussi le début d'une nouvelle époque, d'une part parce que c'en est fini des tentatives d'hégémonie perse sur le monde grec mais aussi parce que l'incidence sera forte sur le plan de la citoyenneté. Si la bataille de Marathon était le fait d'une armée d'hoplites, fantassins appartenant aux classes censitaires supérieures, celle de Salamine est la victoire des "rameurs" (plus de 30.000), recrutés exclusivement parmi les thètes sans fortune et sans armes. Ce sont donc les plus pauvres de ses citoyens qui ont sauvé la cité sur les navires dont ils avaient voté eux-mêmes la construction. Comment ceux-ci ne se sentiraient-ils pas confortés dans leurs droits et leur pouvoir ? Sur le plan extérieur, la puissance d'Athènes reposera désormais sur sa force maritime. En 457, la construction des "Longs Murs" entre la ville et le port du Pirée affirme cette volonté de lier thalassocratie (ἡ θαλασσοκρατία, "le pouvoir sur la mer") et démocratie (ἡ δημοκρατία, "le pouvoir du peuple").

La démocratie et l'impérialisme

Athènes ayant pris la part la plus importante dans la lutte contre les barbares devait légitimement en retirer quelques bénéfices. Elle prend la tête d'une confédération de 150 cités alliées qui deviendront bientôt sujettes. La "Ligue de Délos", censée protéger contre une menace militaire devient rapidement une source de profit. Le phoros (ὁ φορός), une contribution financière imposée à tous les membres, permet de constituer un trésor qui assurera l'hégémonie et la prospérité de la cité dominante.
Jusqu'en 454, ce trésor est conservé à Délos mais, à cette date, il est transféré à Athènes qui, dès lors, en use à sa guise. Tous les rouages du pouvoir démocratique sont impliqués : le montant de l'impôt est voté par l'Ecclesia sur proposition des stratèges et c'est la Boulè qui tient à jour le registre des versements. Le paiement s'effectue à l'occasion des Grandes Dionysies et, en cas de contestation, les cités alliées peuvent faire appel ... devant l'Héliée. Cette manne donnera à la démocratie les moyens financiers sans lesquels elle n'aurait peut-être pas pu fonctionner. La construction des Longs Murs, les travaux d'embellissement de l'Acropole, le paiement des indemnités aux bouleutes, aux héliastes et aux citoyens assistant aux séances de la Pnyx n'auraient sans doute pas été possible sans cette "contribution" forcée. Athènes se sert aussi de son pouvoir pour faire absorber par ses alliés son trop-plein de population. Certains citoyens partent y résider comme clérouques (κληροῦχοι, "colons" recevant un lot de terre). Elle traite ainsi les cités de la ligue comme les colonies dont elle ne dispose pas.
Il faut bien admette que l'établissement de la démocratie athénienne et ses idéaux de liberté sont indissociables de son impérialisme.

Le prestige et le pouvoir de Périclès

Comme Clisthène, Périclès était un Alcméonide. Son inluence politique se fait sentir dès 460 et, de 443 à 429, réélu régulièrement stratège, il dirige de facto la cité. Sous des apparences démocratiques, peut-on parler d'un pouvoir personnel, d'une tyrannie déguisée ? Oui, si l'on considère que l'avis de Périclès fut prépondérant dans toutes les décisions prises pendant ce quart de siècle. Non, si l'on veut bien admettre que toutes les décisions furent toujours prises par le peuple. Le débat politique ne fut jamais éclipsé et Périclès sut, à chaque fois, convaincre. Les adversaires politiques ne lui manquèrent d'ailleurs pas. Il fut soumis à l'euthyna comme tous les autres magistrats, proposé à l'ostracisme et s'il obtint la confiance de ses concitoyens pendant près de vingt ans, ce fut affaire de prestige plutôt que de pouvoir. Pour Thucydide, il était le "premier homme", c'est-à-dire l'homme le plus éminent, mais malgré tout un simple citoyen.
Les décisions politiques prises par le peuple sous l'impulsion de Périclès sont de première importance. Sur le plan des institutions, c'est lui qui fait adopter la principe du misthos (ὁ μισθός), un salaire politique qui permet de dédommager les citoyens exerçant des fonctions politiques. Vivement critiquée, la mesure eut sans doute des effets pervers mais permit néanmoins à la démocratie de fonctionner pendant près de deux siècles. A l'extérieur, le stratège n'a de cesse de renforcer l'hégémonie athénienne. Dans l'oraison funèbre qu'il prononce en 431 et que Thucydidide a rapportée dans sa Guerre du Péloponnèse, il fait l'éloge de l'impérialisme, en montrant combien la thalassocratie exercée par la cité est à la fois nécessaire à la survie du régime démocratique à Athènes et promesse de liberté pour les peuples des cités alliées.

Le rayonnement culturel d'Athènes

Le climat de sérénité qui règne sur le plan politique, l'hégémonie exercée par Athènes sur le plan extérieur et la prospérité économique vont donner aux Athéniens, sur l'impulsion de Périclès, l'occasion de remodeler complètement le visage de la cité, que les barbares avaient partiellement détruite. En quelques années est édifié l'ensemble architectural de l'Acropole, symbole tout à la fois de la démocratie triomphante et de la puissance athénienne. La statue chryséléphantine d'Athéna dans le Parthénon et celle d'Athéna Promachos, qui se dressait sitôt franchis les Propylées, passeront pendant des siècles pour des chefs d'oeuvre de la sculpture. Lors de la fête annuelle des Panathénées, une procession rassemblant toutes les forces vives de la cité apporte solennellement à la déesse son nouveau peplos. La frise dite des Panathénées, qui orne le Parthénon, retrace cette cérémonie et témoigne de son importance citoyenne ainsi que du caractère politico-religieux de l'Acropole.
Sur le plan intellectuel, Athènes devient le phare de tout le monde grec, attirant à elle artistes, savants, poètes, historiens et philosophes. C'est à cette époque qu'on peut parler de la naissance d'un art politique, avec les leçons des sophistes. Ces philosophes, rompant avec la tradition, placent au centre de toute chose l'homme et son action dans la cité. La sophistique, qui contribue sans aucun doute à la naissance à Athènes d'une science politique et à l'éducation du peuple souverain, sera par la suite fortement critiquée, en particulier par Socrate et ses disciples, principalement parce que, relativisant l'idée de justice, elle fait avant tout de la politique un art de la persuasion. Cet enseignement à caractère essentiellement technique aboutit à former une classe de spécialistes de la parole qui se recrutent naturellement dans les couches sociales les plus fortunées. Platon nous a laissé quelques portraits savoureux de certains de ces maîtres et de leurs jeunes disciples passionnés.