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 D I O  N Y S O S 
Dossier
Introduction - Le mythe Les attributs du dieuLe culte  - Les fêtes à Athènes - Iconographie antique et moderne - Dionysos et le théâtre - Le théâtre grec et les Bacchantes - Textes grecs - Références et liens 
Activités
Pour une analyse iconographique - Bacchus, mythe et culte -  Les chants choraux de l'Antigone de Sophocle

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Le culte de Dionysos

  A Athènes      Dans les autres cités   Dans le monde héllénistique et romain  

Il faut être extrêmement prudent sur la place à accorder à Dionysos dans le panthéon gréco-latin du fait même de la dénégation dont il l’objet, de la part des Grecs et des Latins, mais aussi des savants qui ont essayé de comprendre son culte et ont rivalisé dans l’ingéniosité pour lui accorder une origine autre que grecque : Dionysos est considéré, en raison même du désordre qu’il introduit, comme un dieu pas comme les autres, souvent rejeté comme un dieu étranger et tard venu dans la cité (on lui a assigné une origine thrace, phrygienne ou égyptienne comme Hérodote) ou comme le dieu de l’enfance, de l’animalité et de la barbarie qui menace la raison et les institutions, en particulier celle du mariage, puisqu’il entraîne les hommes dans les excès du sexe et de l’ivresse, et les femmes dans la transe et dans l'intimité avec la nature où elles risquent de mettre en péril la fonction qui leur a été assignée dans la cité.

Barbarie intérieure ou extérieure, tel est l’enjeu de Dionysos.

Il est le dieu de la marge et de la transgression, le dieu d’un ancien et lointain rapport immédiat et parfois violent à la nature, mais en même temps il est le dieu central et indispensable du renouveau, de la joie et de la vie, de l'ouverture à l'autre, qui va contre la tendance de l'homme et de la cité à se replier sur les certitudes de leur maîtrise et de leur identité autochtone.

On le retrouve partout, dans toutes les cités de la Grèce depuis les temps les plus reculés (son nom est mentionné déjà à l’époque mycénienne dans les tablettes de Pylos), lié à l’humidité fécondante, au vin et au théâtre, à l’expansion et au dédoublement de soi, à la mort et à la renaissance de la végétation comme de l’individu.

Il est le dieu qu’on invoque et qu’on appelle (Bacchos, Iacchos, sont des mots tardifs venant des verbes bacchan ou baccheuein signifiant "être animé par le délire", "pousser des cris")

Le culte de Dionysos à Athènes

Quatre fêtes sont consacrées à Dionysos, du début de l’hiver au début du printemps :
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les Dionysies rustiques, pendant le mois de Poséidéôn (correspondant à notre mois de décembre),
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les Lénées, pendant le mois de Gamélion (janvier-février),
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les Anthestéries, pendant le mois d’Anthestérion (février mars),
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les Grandes Dionysies, pendant le mois d’Elaphébolion (mars-avril).
Pour en savoir plus

Le culte de Dionysos dans les autres cités

Eleusis
Il est lié aux mystères d'Eleusis, au cours desquels on l'invoque sous le nom de Iacchos (cf. Aristophane, Les Grenouilles, v. 324 à 334 et 340 à 350). Comme dans le mythe de Déméter et de Perséphone, où Perséphone remontant voir sa mère au printemps symboliserait le retour de la végétation et particulièrement du blé, Dionysos est aussi lié à la mort et au retour de la végétation.

Delphes
Delphes s'enorgueillit de posséder le tombeau de Dionysos, qui chassé par Lycurgue aurait achevé là sa course (Maria Daraki, Dionysos et la déesse-mère, Champs, Flammarion, p. 19) ou dont on aurait recueilli là le cœur, seule partie du corps de Dionysos échappé à la violence des Titans.
Dionysos remplace Apollon en hiver, lorsqu'Apollon se rend au pays des Hyperboréens. On peut l'interpréter en fonction des saisons et de l'agriculture : en hiver la lumière du soleil baisse, et la végétation couve sous la terre humide.
Euripide, dans Antigone, fait allusion à un cortège de ménades sur le Mont Parnasse.

Orchomène
Le légende des filles de Minyas punies par Dionysos est perpétuée par la fête des Agrionies.

Sicyone
Le tyran Clisthène a, selon Hérodote, remplacé les jeux théâtraux en l'honneur du héros local Adraste par des jeux en l'honneur de Dionysos, comme si le culte de Dionysos était l'universel que l'on substitue aux cultes aristocratiques locaux.

Les deux modes d'expansion du dionysisme seront d'une part la généralisation du théâtre, d'autre part l'expansion de l'orphisme.

Évolution du culte dans le monde hellénistique et romain

Il existe chez les Romains le dieu Liber, lié au passage de l’enfance à l’âge adulte : c’est à la fête des Liberalia que l’enfant prend la toge virile (Dumézil, La religion romaine archaïque, Payot, 1974, p. 382-385). L’assimilation de Liber à Bacchus (qui n’est en grec qu’un surnom de Dionysos), et le développement en général du culte de Bacchus viendrait d’Italie du Sud et de Sicile, autrement dit de la Grande-Grèce. Dumézil mentionne en Italie du Sud des processions phallophoriques.

Les Bacchanales, symbole du relâchement des mœurs qui a eu raison selon Tite-Live de la force guerrière d’Hannibal et de ses troupes à Capoue, sont interdites officiellement en 186 (Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXIX, 8-18).

Le culte de Dionysos avait du reste été très tôt introduit à Carthage. Mohamed Yacoub, dans son livre Splendeurs des mosaïques de Tunisie (p. 26) fait remonter au IVe siècle av. J.-C. au moins, avant même les guerres puniques, l’introduction de son imagerie dans la sculpture punique, et le syncrétisme probable avec le dieu phénicien Shadrapa, comme Hercule est vite asssimilé à Melqart. Certains spécialistes se plaisent également à rapprocher les masques puniques des masques du théâtre grec.
Le thème de la procession dionysiaque et des représentations de Dionysos enfant dompteur de bêtes se développe particulièrement dans la Byzacène (région de Sousse et El Jem, actuelle région du Sahel en Tunisie) à la fin du IIe siècle et durant tout le IIIe siècle, en raison peut-être de l’arrivée au pouvoir de la dynastie des Sèvères (dont les dieux protecteurs étaient précisément Hercule et Dionysos), originaires de Leptis Magna sur le rivage des Syrtes.

Dans ce pays agricole qu’est l’Africa, le dionysisme, sans redevenir ce qu’il était en Grèce, est un décor si insistant qu’il est difficile d’y voir un pur ornement. Le christianisme montant y verra un culte insupportablement païen de la nature, de la fécondité, et de la force vitale.