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 D I O  N Y S O S 
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Introduction - Le mythe Les attributs du dieuLe culte  - Les fêtes à Athènes - Iconographie antique et moderne - Dionysos et le théâtre - Le théâtre grec et les Bacchantes - Textes grecs - Références et liens 
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Pour une analyse iconographique - Bacchus, mythe et culte -  Les chants choraux de l'Antigone de Sophocle

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Le mythe de Dionysos

  Cadmos    Naissance     Enfance     Aventures     L'orphisme  

LA LÉGENDE

Si l’on relie entre eux les éléments épars de la légende pour les rendre cohérents, ce qui n’est pas facile, les mythes ayant tous des versions multiples selon les lieux et les époques, on peut dire à peu près ceci en s’inspirant des sources de l’époque classique, et en particulier des Bacchantes d'Euripide, texte fondé sur une légende de Thèbes en Béotie.

Dionysos est fils de l’union adultérine de Zeus et de Sémélé, fille de Cadmos, roi et fondateur de Thèbes.

Jean-Pierre Vernant, dans son livre L'univers, les dieux, les hommes (Seuil, 1999), souligne que, dans l'histoire de Dionysos, tout est centré sur la dialectique entre identité et altérité, autochtonie et ouverture à l'étranger. Ce n'est pas un hasard si Dionysos est le dieu qui vient du dehors, toujours perçu comme étranger à la cité et mettant en danger sa stabilité.

Son grand-père : Cadmos

Son grand-père Cadmos est déjà un étranger à la Grèce, puisqu'il est originaire de Phénicie, fils d'Agénor et donc frère d'Europe : c'est pour retrouver sa sœur qu'il a échoué là, dans la plaine de Béotie : l'oracle de Delphes lui a demandé d'abandonner sa poursuite et de s'établir là où s'arrêterait une vache.
C'est pour s'implanter localement que, sur les conseils d'Athéna, il tue un dragon, dont il sème les dents dans la terre de Béotie. De ces semailles sortent des guerriers tout armés, véritablement autochtones puisque sortant de la terre même, qui commencent par s'entretuer. A l'issue de ce combat restent cinq survivants, les spartoi (les semés) qui seront les défenseurs et les garants de l'identité thébaine.
Cadmos, pour rétablir la paix, d'une part, épouse Harmonie, fille d'Aphrodite et d'Arès, de l'amour et de la guerre ; d'autre part, il donne en mariage une de ses filles, Agavé, à l'un des guerriers autochtones, Echion. De leur union naît Penthée.

Naissance de Dionysos

Zeus, décidément séduit par la descendance d'Agénor, est l'amant de Sémélé, pendant assez de nuits pour que Sémélé, de sa propre initiative ou poussée par les conseils pernicieux d'Héra toujours aussi jalouse, ait envie de contempler dans toute la lumière de sa divinité celui qui ne s'unissait à elle que dans l’obscurité. Zeus, qui avait malencontreusement promis à Sémélé d’exaucer tous ses vœux, est contraint de se dévoiler. Sémélé meurt du coup de foudre ! La mort de Sémélé est représentée sur un cratère attique à figures rouges (425-375) dont on peut voir des reproductions dans "The Beazley Archive Pottery Database" (notamment la cinquième photographie : Sémélé est étendue dans un lit, Iris auprès d'elle ; Hermés porte l'enfant à une nymphe.)
Zeus extrait alors de ses entrailles l’enfant qu’elle porte, le coud dans sa cuisse jusqu’à ce que vienne au monde le jeune Dionysos, " né de la cuisse de Jupiter " (Boston 95.39, Museum of fine arts of Boston, Perseus Project), selon l’expression bien connue qui s’applique aux orgueilleux.

Dionysos est, en tout cas, né deux fois et doublement fils de Zeus.

L'enfance

L’enfant est d’abord confié à sa tante Ino, également fille de Cadmos et femme du roi Athamas. Mais Héra les frappe tous deux de folie au point qu’ils tuent leurs propres enfants.

© Louvre.edu

Dionysos est alors conduit par Hermès à Nysa (Hermes et Dionysos enfant, Musée D'Olympie, Perseus Project), lieu mystérieux que certains assimilent au mont Nyséion en Thrace, d’autres comme Hérodote à une ville de Haute-Egypte, où il est élevé par des nymphes locales et par le vieillard Silène (Munich GL.238, Perseus Project). Nysa signifie d’ailleurs aussi jeune fille et nysos jeune garçon, de sorte que l’étymologie populaire grecque le fait "garçon de Zeus" (Dios étant le génitif de Zeus) ou "dieu de Nysa".

Les aventures

Devenu adolescent, Dionysos est, à son tour, victime d’Héra qui le frappe de mania. Sauvé par Rhéa, sa grand-mère paternelle, Dionysos entame alors un long vagabondage, ayant des difficultés à se faire accepter dans toutes les cités où il aborde. Venu d’ailleurs, il est considéré comme un dieu dangereux qui apporte, en même temps que la vigne, ivresse et désordre.

En Thrace en particulier, il est mal reçu par le roi Lycurgue, qui jette en prison ses fidèles, les ménades (mainades, " les folles " a le même radical que mania et mainomai). Dionysos les libère et frappe à son tour Lycurgue de folie meutrière (London F271, British Museum, Persus Project). Celui-ci tue son fils à coups de hache. Dionysos poursuivi par Lycurgue meurt de peur et plonge dans la mer où il est caché un temps par Thétis (Iliade, Chant VI, v. 123-143).

Après un long voyage jusqu’en Inde, Dionysos revient à Thèbes, accompagné de ménades asiatiques, pour s’y faire reconnaître. C’est le sujet des Bacchantes d’Euripide.
Le roi Penthée résiste au nouveau culte que le dieu, déguisé, lui propose, et le fait arrêter ainsi que son cortège. Dionysos se libère, embrasant le palais, et semant la folie parmi les femmes de Thèbes, dont Agavé, mère de Penthée et tante de Dionysos, qui s'égaillent sur les pentes du Cithéron. Penthée, dont J.-P. Vernant dit qu'il représente à la fois la raison fermée à la foi, la violence guerrière et le repliement identitaire, se laisse tenter par le spectacle de l'"autre scène" (les femmes dans leur relation d'intimité à la nature) et, travesti, va espionner les femmes du haut d'un pin. Aveuglées par le dieu, les ménades prennent Penthée pour un animal sauvage et sa propre mère Agavé le met en pièces et ramène sa tête au bout de son thyrse (Vase attique à figures rouges, Beazley Archive), croyant que c'est celle d'un lion. (Théocrite, Idylles, 26 - Boston 10.221, Museum of Fine Arts of Boston, Perseus Project)
La tragédie se termine sur l'effroi d'Agavé reconnaissant son fils mort, la fuite de Cadmos et la victoire de Dionysos.

© Louvre.edu

Les aventures de Dionysos se répètent en Argolide et à Athènes. Rejeté, il répand sa folie et impose son culte. En Argolide, le dieu rend folles les filles de plusieurs rois, Eleuthère, Proitos et Minyas. À Athènes, Dionysos, reçu avec bienveillance par Icarios, un paysan, le récompense de son hospitalité en lui faisant don de la vigne. Icarios est tué par ses compagnons enivrés. Découvrant sa mort, la fille d’Icarios, Érigonè, se pend, suivie par les jeunes filles d’Athènes. Les Athéniens prennent le parti d’Icarios et des Bacchantes, et instituent des fêtes en l’honneur de Dionysos. Un rituel, célébré lors de la fête des Anthestéries, commémore les amours tragiques de Dionysos et d'Érigonè : représenté sur cette amphore attique, il consiste à suspendre des jeunes filles aux arbres, par le biais d'une balançoire.

Ne faisant pas partie des Olympiens à l'origine, Dionysos accède à l’Olympe après avoir su réconcilier Héphaistos et sa mère Héra (Le retour d'Héphaistos, Musée de Tolède, Perseus Project).

Dionysos est bien donc celui qui vient du dehors, l'étranger à qui la cité doit faire place à certains moments de l'année, et en qui la raison doit reconnaître ses limites.

Dionysos dans l'orphisme

Il y a un mythe concurrent, très ancien selon Pausanias (VIII, 37, 5), puisqu'il remonterait à Onomacrite, poète du temps de Pisistrate, mythe qui est développé dans l'orphisme :

Dionysos ne serait pas le fils de Sémélé, mais le fils incestueux de Zeus et de Rhéa, Déméter ou Perséphone (sa mère, sa sœur ou sa fille). Il aurait été démembré puis bouilli par les Titans (Diodore de Sicile, V, 75, 4 ; fragment 14 d'Euphorion de Chalcis et fragment 643 de Callimaque).

A partir de ce démembrement, deux récits divergent :
- Dionysos est mort, mais son cœur a été épargné et est conservé dans le tombeau de Delphes (Clément d'Alexandrie, Protreptique, 2, 18, Orphicorum Fragmenta, 35) ;
- le corps de Dionysos est reconstitué et rendu à la vie (Euphorion, OF, 36 ; Olympiodore, Commentaire sur le Phédon de Platon, 61c, OF, 211).

Le point commun des deux traditions est que Dionysos est le dieu de la renaissance et de l'éternel recommencement.