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 Le Mythe d'Europe 
Dossier
 Le mythe d'Europe - Iconographie antique :  statuettes et métopes,  céramiques,  fresques et mosaïques - Iconographie moderne : gravure (Ovide illustré), peinture de la Renaissance au XXe siècle - Europe dans la littérature - Choix de textes -  Références et liens 
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Iconographie moderne
Éditions illustrées des Métamorphoses d'Ovide

  Au Moyen-Âge   De la Renaissance au XVIIIe siècle Modernité d'Europe

Au Moyen-Âge

L'enlèvement d'Europe, illustration du manuscrit des Métamorphoses, XIVe siècle Les Métamorphoses d'Ovide ont rencontré un succès extraordinaire au Moyen-Âge. La mythologie est rhéabilitée et on y cherche des vérités cachées, non seulement historiques, physiques ou morales, mais même religieuses. Ovide est " moralisé " et on lui applique différentes grilles de lecture : historique, morale, religieuse. Or la seule métamorphose acceptable pour un chrétien est celle de l'Incarnation du Christ pour sauver l'humanité : le taureau est assimilé au Christ se faisant homme. L'enlèvement d'Europe apparaît comme la métaphore du voyage de l'âme vers un monde meilleur.
Ce voyage ne suscite donc nul effroi : ainsi Europe est-elle représentée sereine, assise en amazone sur le taureau auquel elle n'a nul besoin de se tenir, tandis que ses compagnes la regardent s'éloigner du rivage en l'applaudissant et en souriant.
Les Métamorphoses : texte latin d'Ovide, traduction et adaptation par Chrétien Legouais (~1385) - Bibliothèque municipale de Lyon - Ms 742, F. 40
Adresse : http://sgedh.si.bm-lyon.fr/dipweb2/phot/enlum.htm (Rechercher Cote du livre : Ms 742)

Ovide, Les Métamorphoses, Belgique, Flandre, XVe siècleUne autre interprétation allégorique voit dans Europe la préfiguration de la Vierge Marie, Mercure étant l'ange de l'Annonciation.
D'autres lectures qui se superposent aux lectures religieuses rendent l'histoire plus vraisemblable en remplaçant le taureau par un navire orné d'un emblème de taureau.
Dans cette traduction anonyme d'Ovide (Belgique, Flandre, XVe), Mercure/l'ange conduit Europe/la Vierge Marie vers le navire qui l'emmènera en Crète.
Ce manuscrit est consultable sur le site Gallica de la BnF.
Adresse : http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=08100128

De la Renaissance au XVIIIe siècle

Les nombreuses éditions illustrées des Métamorphoses d'Ovide, en latin ou traduites en langue vulgaire, fournissent aux peintres et aux poètes un important matériel.

Une image simultanée

Le récit d'Ovide présente la structure narrative traditionnelle du mythe. La gravure réalisée par Giovanni Rosso pour l'édition en langue italienne de Giovanni Bonsignori (Venise, 1497) : Ovidio metamorphoseos vulgare, reprend simultanément les éléments de la structure narrative du mythe retenus par Ovide :
1. En haut, à gauche, Mercure, avec ses attributs : caducée, casque ailé, chaussures ailées, est chargé par Jupiter, dont le trône repose sur des nuages, de réunir le troupeau d'Agénor au bord de la mer.
2. En bas, à gauche, Mercure, en berger, rassemble les bœufs sur le rivage.
3. Au centre, Europe se prépare à enfourcher le taureau avec l'aide de deux compagnes.
4. En bas, à droite, le taureau, portant la jeune fille à califourchon sur son dos, s'approche de la mer.
5. En haut, à droite, Europe, tenant la corne du taureau d'une main, s'appuyant de l'autre main sur la croupe de l'animal, se retourne vers le rivage. Le taureau traverse la mer et s'approche du rivage de Crète représenté par une ville en haut, au milieu de la gravure.
La position d'Europe, à califourchon sur le taureau et non en amazone, est rare dans l'iconographie antique où Odile Wattel-de Croizant ne la recense que dans une peinture romaine de la Maison dorée du Ier siècle et une mosaïque de Rhodes du IIe siècle. Sa fréquence dans les gravures vient du fait que cette édition de 1497 sera rééditée plusieurs fois et souvent copiée.
On peut consulter cette édition sur le site Gallica de la BnF.
Adresse : http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=N071497 (cliquer sur XIX)

Une scène représentative

La plupart des graveurs choisissent d'illustrer un moment de la légende.

Europe et le taureau, Les Métalorphoses d'Ovide, Amsterdam, 1702La scène de la séduction

Cette gravure, de l'édition bilingue des Métamorphoses dans une traduction de Pierre Du Ryer (1702), illustre le texte d'Ovide : " Bientôt rassurée, elle s'approche et lui présente des fleurs. Le dieu jouit ; il baise ses mains, et retient avec peine les transports dont il est enflammé."
Le taureau est debout, Europe près de lui, ses compagnes légèrement en retrait. Le paysage marin est très réduit, sur la gauche de la gravure, comme si aucune menace ne pesait encore sur Europe.

Le livre : Les Métamorphoses d'Ovide en latin et en français, Amsterdam, 1702, est consultable sur le site Gallica de la BnF
Adresse : http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=N072208 (cliquer sur page 74)

Gravure de François Chauveau pour l'édition : Ovide, Métamorphoses en rondeaux, 1676Le moment où le taureau entre dans la mer

L'artiste, François Chauveau (1613-1676), a choisi un moment très bref, celui où le taureau entre dans les flots. Il tourne la tête vers Europe. Une compagne de la jeune fille est auprès d'elle, les autres, légèrement en retrait, préparent des couronnes de fleurs.
Europe a une main sur la corne du taureau, son voile flotte autour de sa tête, mais elle ne manifeste aucune peur.

Le livre : Ovide, Métamorphoses en rondeaux, Imprimez et enrichis de figures par ordre de Sa Majesté et dediez à Monseigneur Le Dauphin. Paris, Imprimerie Royale, 1676, est consultable sur le site : Textes rares
Adresse : http://www.textesrares.com/grav/grav00.php

La scène de l'enlèvement

La scène le plus souvent représentée, parce que chargée de la signification la plus intense, est celle de l'enlèvement : le taureau s'éloigne du rivage qu'Europe surprise regarde avec effroi ou nostalgie. Europe, en amazone sur le taureau, est caractérisée par un voile gonflé derrière elle, voile assimilé à la voile des navires mais aussi au voile de la Fortune.
Cette scène traduit le thème moralisé pendant l'époque médiévale de l'opposition entre virtus et voluptas. Elle révèle aussi l'esprit d'aventure et en même temps la peur de l'inconnu qui caractérise la culture humaniste à l'époque des grands voyages : en quittant le rivage de Phénicie, Europe quitte ses compagnes mais aussi sa patrie, ses origines.

La scène de l'enlèvement est choisie par Bernard Salomon dans La Métamorphose d'Ovide figurée publiée à Lyon par J. de Tournes en 1557 : le taureau nage dans les flots ; Europe, dans la position canonique décrite par Ovide, se tient d'une main à la corne du taureau, l'autre main étant appuyée sur la croupe de l'animal ; elle se tourne vers ses compagnes éplorées.

Des vers donnent sens à l'image.
Europe ravie
Le haut tonant voulant jouir d'Europe
L'enlèvement d'Europe, gravure de Virgil SolisFille de Roy, en beauté admirable,
Qui lors aux champs jouoit avec sa trope,
D'un blanc taureau print forme decevable.
Ainsi mué, la pucelle amiable,
Le trouvant beau, l'approche & le manie,
Monte sur lui, tant il se rend traitable :
Mais las ! deçue, en fin se vid ravie.

L'édition de J. de Tournes est consultable sur le site Gallica de la BnF.
Adresse : http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=N071516 (cliquer sur 34)

Les gravures de Bernard Salomon ont été reprises par le graveur de Nuremberg Virgil Solis, notamment dans l'édition des Métamorphoses d'Ovide en latin de J. Spreng en 1563. Mais l''image est inversée.
Virgil Solis inspirera de nombreux artistes dont l'émailleur Jean I Limousin.

Les interprétations d'une même scène peuvent être très différentes. En voici trois exemples.

Albrecht Dürer, Folio avec L'enlèvement d'Europe, Graphische Sammlung Albertina, Vienne Antonio Tempesta, Iupiter tauri imagine Europam rapit, XVIIe siècle, Fine Arts Museums of San Francisco L'enlèvement d'Europe, gravure de Johannes Baur, édition de 1703

1. Le dessin de Dürer (Graphische Sammlung Albertina, Vienne, 1495), destiné à illustrer les stances de l'humaniste Ange Politien inspirées des Métamorphoses d'Ovide, montre Europe en équilibre à genoux sur le taureau, les cuisses repliées, le buste droit, la poitrine dénudée, les cheveux au vent ; de la main droite, elle tient fermement une corne du taureau et s'appuie de la main gauche sur la croupe de l'animal. Des satyres, à gauche, un joyeux cortège de Néréides et de dauphins contrastent avec les figures des compagnes d'Europe, à l'arrière-plan, et accentuent l'érotisme qui se dégage de la figure d'Europe.
2. Antonio Tempesta (1555-1630), ici dans une édition du XVIIe siècle imprimée à Amsterdam (planche 22), place le couple formé par Europe et le taureau au premier plan. Europe est agrippée des deux mains aux cornes du taureau, une expression d'effroi sur le visage. Le taureau, couronné de fleurs, les pattes fendant les flots, la queue relevée dans la rapidité du mouvement, regarde le spectateur en face. Deux compagnes d'Europe, éplorées, sont très loin en arrière, l'une les bras levés en signe d'impuissance.
3. L'illustration de Johannes Baur (1600-1640), ici dans une édition de 1703 imprimée à Nuremberg (planche 27), met l'accent sur le groupe des compagnes d'Europe au premier plan et sur le paysage. Europe et le taureau, au second plan, s'éloignent vers une barrière de nuages, alors qu'à droite, le paysage est riant : le troupeau, un village au loin, des oiseaux...

Les éditions illustrées des Métamorphoses d'Ovide ont inspiré les poètes et les artistes, notamment de la Renaissance jusqu'au XVIIIe siècle.

Modernité d'Europe

Paul Gauguin, L'enlèvement d'Europe, 1898-99, gravure sur bois de buis, 24,2x23 cmNous n'avons pas fait une recherche exhaustive concernant les gravures consacrées au mythe d'Europe au XXe siècle. Cependant il peut être intéressant de voir comment les auteurs modernes ont abordé ce mythe.

La gravure choisie est L'enlèvement d'Europe de Paul Gauguin (1848-1903), réalisée à Tahiti en 1898-1899.

Les estampes de Gauguin, conservées à la bibliothèque d'art et d'archéologie Jacques Doucet, sont mises en ligne par l'Institut national d'Histoire de l'Art (INHA).
Adresse : http://www.inha.fr/article.php3?id_article=269