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 LES GAULOIS
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La femme celte




Danseuse.Trésor de Neuvy en Sullias, sanctuaire des Carnutes.
IIIe siècle de notre ère.
(C) RMN / Agence Bulloz.


Pierre Grimal, dans l'Histoire mondiale de la femme a tenté une synthèse sur les textes qui nous sont parvenus de l'Antiquité concernant la femme celte. Il fait apparaître la profonde discordance qu'il existe entre la plupart des textes de Plutarque et Strabon et ce qui nous est parvenu par César.

C'est l'ensemble des textes qu'il a collationnés que nous nous proposons de reproduire ici dans le texte original et en traduction : ils permettent d'ouvrir une réflexion intéressante sur la manière dont on conçoit l'autre, tant la conception de la femme dans la société gauloise semble différente de la manière dont la concevaient les Grecs et les Romains.



 

La femme gauloise est courageuse

Le trait que tous les auteurs anciens soulignent le plus volontiers est celui du courage des femmes. Loin de se tenir loin des combats, les femmes sont prêtes à se lancer dans la mêlée pour venir au secours des hommes ! Le combat des femmes contre les troupes de Marius est à la fois « héroïque et effrayant » selon le mot de P. Grimal. Il apparaît comme l'image qui deviendra traditionnelle de la femme gauloise « échevelée », véritable furie. On remarquera que c'est, bien évidemment, un trait de barbarie que soulignent alors les auteurs anciens...
C'est pourquoi César offre une contre-image de la femme gauloise : dans le texte qui présente les femmes de Gergovie, le général romain cherche à détruire la réputation redoutable des femmes de la Gaule.

 

Diodore de Sicile,
Bibliothèque historique, V, 32

Le courage des femmes

Plutarque,
Vie de Marius, XIX, 3

Marius contre les Ambrons

César,
La Guerre des Gaules
, VII, 47
Les femmes de Gergovie

Tacite,
Annales, XIV, 30

Femmes d'Anglesey

 


La femme gauloise ne se tient pas hors des affaires

Ce qui apparaît avec sûreté à la lecture des différents auteurs antiques, c'est que les Celtes ne connaissait pas la même structure sociale que les Grecs ou les Romains. Chez les Celtes, la femme est consultée sur les questions qui sont du plus haut intérêt – et cela comprend les problèmes politiques. Polyen rapporte même comme elles devinrent les arbitres de conflits importants. Il signale aussi leur présence lors des assemblées.

Plusieurs textes nous montrent également que la femme gauloise pouvait se trouver à la tête d'une tribu. La Dame de Vix semble bien avoir été une reine.

On voit également chez Tacite l'influence que pouvait une femme comme Véléda.

Mais l'exemple de la reine Boudicca, au Ier s. de notre ère, nous montre que certaines traditions celtiques ont pu se conserver au fil du temps. Nous voyons chez Tacite et Dion Cassius qu'une femme pouvait être reine, exercer directement le pouvoir suprême, et conduire une armée lors des combats.

Strabon,
Géographie IV, 4, 3

Les occupations des femmes

Plutarque,
Vertus des femmes, VI

Les femmes délibèrent des affaires de l'État

Polyen,
Stratagème, 7, 50
,
L'arbitrage des femmes

Polyen,
Stratagèmes, 7, 35

Une ruse de Brennus

Tacite,
Vie d'Agricola, 16

Une femme peut commander

Tacite,
Histoires, IV, 61

Véléda

En savoir plus
sur la révolte de Boudicca
(60 de notre ère)

 

La communauté des femmes

Une des caractéristiques les plus étonnantes – mais bien souvent, les auteurs antiques notent l'étrangeté des mœurs sexuelles des Barbares – concerne la « communauté » des femmes dont parle César et dont se fait l'écho Strabon.

Pierre Grimal note qu'il s'agit sans doute de la description d'un état assez ancien de la civilisation celte, qui avait disparu au Ier s. avant notre ère, mais qui avait pu se maintenir dans certaines tribus celtiques. Le fait même qu'il s'agisse de zones « marginales » s'accorde avec l'archaïsme de ces traditions.

 

César,
Guerre des Gaules V, 14, 4

Les femmes de Bretagne

Strabon,
Géographie, IV, 5, 4

Moeurs barbares

 

Rites religieux

L'un des textes les plus curieux et qui a fait l'objet de nombreuses études d'ethnologues, se trouve chez Strabon. Il nous présente en effet un rituel fort étonnant. P. Grimal reconnaît que la signification de ce rite nous échappe. Il émet l'hypothèse d'un culte de la déesse Bellone, « divinité de la victoire » : « Les femmes Namnètes auraient-elles été les desservantes de cette Victoire, qui exigeait chaque année, le jour où elle s'envolait par le toit exceptionnellement ouvert de son temple, le sacrifice d'une prêtresse ? »

Dans son ouvrage sur les Druides (p. 241-242) , J.-L. Brunaux souligne combien ce rite semble en rapport avec les réalités gauloises et ce que nous savons par ailleurs de la religion celte, notamment :
– le tabou concernant le contact avec le sol des objets sacrés,
– le rite de « circumambulation » (en tournant vers la droite)
– et les sacrifices humains.

 

Strabon,
Géographie, IV, 6

L'île des femmes

 

 

Vertu des femmes gauloises

Il est intéressant de noter que Plutarque s'attache tout particulièrement à présenter la vertu des femmes gauloises.

Il nous en donne quatre exemples qui révèlent :
– l'indépendance de la femme dans le cercle familial : c'est l'un des traits les plus sûrs que tous les auteurs ont souligné ;
– la préminence du groupe (femmes / hommes) sur la famille de type romain (dirigée par un paterfamilias) ;
– le courage des femmes gauloises ;
– leur violence aussi : on n'oublira pas que les Celtes ornaient leurs portes des têtes des ennemis qu'ils avaient tués au combat : le geste de Chiomare rappelle cette tradition.

Plutarque,
Vertus des femmes, XX

Gamma, épouse de Sinatus

Plutarque,
Vertus des femmes, XXI

Stratonice, fille de Déjotarus

Plutarque,
Vertus des femmes, XXII

Chiomare, fille d'Ortiagon

Plutarque,
De l'Amour, XXV

Empone (Eponine), épouse de Sabinus

Tite-Live,
Histoire romaine, XXXVIII, 24

Vertu de l'épouse d'Orgiagon

 

Pas de vin pour les femmes à Marseille

Pour mieux souligner la différence entre les femmes barbares et les femmes grecques, nous pouvons voir comment Élien rapproche les femmes de Marseille des citoyennes des cités grecques et des femmes de Rome.
Interdire le vin aux femmes est bien un signe de civilisation. Car Platon signale que les femmes celtes s'adonnaient à la boisson – comme les hommes...

Élien,
Histoires variées, II, 38

Pas de vin !

Platon,
Lois, 637d3
L'amour du vin

     
 

Bibliographie

GRIMAL P., Rome et l’amour : des femmes, des jardins, de la sagesse, Robert Laffont, 2007.
BRUNAUX J.-L., Les Druides, Seuil, 2006.
DÉTIENNE M., « L’île aux femmes », in Dionysos à ciel ouvert, Hachette, Textes du XXe siècle, 1986.
RÉMY B. et MATHIEU N., Les Femmes en Gaule Romaine, Éditions Errance, 2009.