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GAULOIS

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EUMENE, Discours d’action de grâces à Constantin Auguste, VI

 

Le pauvre vignoble bourguignon

Eumène qui adresse ses remerciements à l’empereur dresse un tableau de difficultés rencontrées dans cette province de la Gaule, le pays des Héduens. Plus précisément il s’agit ici du vignoble de la Côte d’or.

Habemus enim, ut dixi, et hominum numerum, qui delati sunt, et agrorum modum, sed utrumque nequam, hominum segnitia, terraeque perfidia. Unde enim nobis Remus, aut Nervius, aut ipse ille de proximo Tricassinus ager ? aut arator ? quorum reditus cum labore contendunt. Quamquam merito quivis ignoscat ipsis cultoribus, quos piget laborare sine fructu. Siquidem ager, qui numquam respondet impendiis, ex necessitate deseritur, etiam inopia rusticanorum, quibus in aere alieno vacillantibus nec aquas deducere, nec sylvas licuit excidere. Ita quicquid olim fuerat tolerabilis soli, aut corruptum est paludibus, aut sentibus impeditum. Quin etiam ipse ille pagus Arebrignus inini fertur invidia, cujus in uno loco vitium cultura perspicua est : nam retro cetera, sylvis et rupibus invia, securarum sunt cubilia bestiarum. Illa autem, que subjecta et usque Ararim porrecta planities fuit quidem, ut audio, aliquando jucunda, cum per singulorum fines continua cultura procursus fontium vallibus patentibus evehebat : nunc autem, interclusis vastitate meatibus, quicquid humilitate sua fuerat uberius in voraginem et stagna convesum. Ipsae denique vineae, quas mirantur ugnari, ita vetustate senuerunt, ut culturam jam paene non sentiant. Radices enim vitium, quarum jam nescimus aetatem, millies replicando congstae altitudinem debitam scrobibus escludunt ; et ipsam propaginem non debitam, non obtectam, produnt imbribus eluendam et solibus perudendam. Nec possumus, ut Aquitanis, aliisque provinciis familiare est, novis vitibus locum ubique metari ; cum supra saxa perpetua sint, infra humilitas pruinosa.

 

VI. Comme je l'ai dit, nous possédons réellement le nombre d'hommes et l'étendue du terrain qui ont été déclarés, mais le tout a peu de valeur : les habitants n'ont point d'énergie, et la terre est infidèle. Peut-on comparer notre sol et nos habitants avec le sol et les cultivateurs rémois, nerviens ou même tricassins qui sont dans notre voisinage, puisque dans ces pays les revenus répondent à l'activité du travail ? Du reste on pardonne avec raison à un cultivateur qui s'ennuie d'un travail improductif ; car un champ, dont les revenus ne sont pas en rapport avec les dépenses, est nécessairement abandonné, quand il n'y aurait d'autre cause que l'indigence des habitants de la campagne qui, pliant sous le poids des dettes, n'ont pu ni détourner les eaux, ni abattre les forêts. Aussi les parties du sol auxquelles il restait encore un peu de fertilité ont perdu toute valeur, ensevelies sous les marais, ou envahies par les ronces et les épines. Et même c'est à regret qu'on ensemence le canton Arébrignus, seule localité où se fasse sur une très petite échelle la culture de la vigne, car au-delà on ne rencontre que des forêts et des rochers inaccessibles, où les bêtes sauvages ont une retraite assurée. Quant à la plaine adjacente et qui s'étend jusqu'à la Saône, elle était, dit-on, autrefois d'une délicieuse fécondité entretenue par une culture non interrompue, dont le travail dirigeait le cours des eaux à travers les vallées ouvertes et dans les terres de chaque particulier ; mais aujourd'hui la dévastation a fermé ses canaux, et tous les lieux bas, que cette position même rendait fertiles, sont changés en fondrières et ensevelis sous des eaux dormantes. Les vignes elles-mêmes, qui sont un objet d'admiration pour ceux qui ne les connaissent point, ont tellement vieilli que la culture leur est presque inutile, car les racines des ceps, dont nous ignorons l'âge, réunies en mille replis, ne permettent pas de donner aux fosses la profondeur convenable, et le provin trop à découvert est exposé à l'action corrosive des eaux ou aux ardeurs brûlantes du soleil. Et nous ne pouvons pas, selon l'usage de l'Aquitaine et des autres provinces, planter partout de nouvelles vignes; car, dans les régions supérieures, on ne trouve qu'un sol toujours pierreux, et ailleurs ce sont des bas-fonds exposés à la gelée blanche.

Traduction Landriot et Rochet (1854)

http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/eumene/oeuvres.htm