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Le colosse de Rhodes

 

 

Description

Des dimensions colossales
Cette statue colossale est une merveille du monde suscitant l'admiration de tous à cause de ses dimensions. Jamais encore un homme n'avait réalisé une œuvre en bronze d'une telle taille ; les colosses égyptiens sont en pierre et non en bronze.
Si l'on se réfère aux données de Pline et de Philon, on découvre :
- la hauteur sans le socle : 70 coudées soit 31 mètres environ (hauteur approximative d'un immeuble de 12 étages)
- l'empreinte du pied sur le socle est supérieure en largeur à la hauteur d'une statue classique.
« les doigts sont plus gros que la plupart des statues », Pline
- le diamètre du pouce : « rares sont ceux qui peuvent entourer le pouce de leur bras », Pline

Évaluations données par M. Wolfram Hoepfner
- hauteur totale y compris les rayons du soleil : 31,60 mètres
- hauteur de la tête : 4,30 mètres environ
- diamètre le plus grand à hauteur de la poitrine : 6,30 mètres environ
- longueur du bras légèrement fléchi : 10 mètres environ
- diamètre du pouce : 45 centimètres environ
- diamètre des chevilles : 1,20 mètres environ
- diamètre sous les genoux (à l'endroit où la statue s'est rompue) : 1,60 mètres environ
- poids total du colosse : 400 tonnes environ

Comme pour le Zeus de Phidias, Lucien dans Jupiter tragique, s'amuse du gigantisme de l'Hélios des Rhodiens qui eut un coût astronomique « pour la même somme, les Rhodiens auraient pu réaliser seize dieux en or ». Zeus se courrouce de la lenteur d'Hermès à placer les dieux pour leur réunion. En effet, celui-ci ne sait quel ordre de préséance établir, la taille des statues des dieux ou la richesse des métaux qui les constituent. Voyant le colosse, Zeus dit à l'Hélios des Rhodiens : « Qu'avait-il besoin de venir, celui-là, pour faire ressortir la petitesse des autres et déranger toute l'assemblée ? Dis-moi donc, excellent Rhodien, en supposant que tu l'emportes de beaucoup sur les dieux d'or, comment ferais-tu pour t'asseoir au premier rang, à moins d'obliger tous les autres à se lever, et de t'y laisser seul ? Une seule de tes fesses occuperait la pnyx toute entière. Tu ferais bien mieux de te tenir debout, au milieu de l'assistance, la tête penchée du côté de la réunion. »

Une représentation d'Hélios originale ?
Il est bien difficile de décrire avec certitude le colosse de Rhodes car nous ne disposons d'aucun texte équivalent à celui de Pausanias pour la statue de Phidias à Olympie et que, pour l'heure, même les pièces émises à Rhodes dans l'Antiquité ne représentent pas la statue. En effet, on se souvient qu'on admet qu'une pièce frappée à Élis à l'époque d'Hadrien représente la merveille d'Olympie. Il faut reconnaître que si l'œuvre de Phidias a résisté à l'usure du temps et des hommes durant environ dix siècles, celle de Charès de Lindos n'est restée debout que soixante-six ans. Dès lors, représenter une ruine même colossale n'était pas propre à donner du prestige à la cité de Rhodes. L'avers des pièces émises à Rhodes ne représente généralement que la tête d'Hélios.

Voici quelques représentations d'Hélios avant l'œuvre de Charès de Lindos :
Hélios et les étoiles, cratère en calice à figures rouges, fabriqué à Athènes vers 430 avant J.-C., trouvé à Puglia (Pouilles, sud-est de l'Italie).

Hélios sur son char, cratère en calice, British museum
© The Trustees of the British Museum

Décoration d'un char d'apparat étrusque, Ve siècle avant J.-C. , musée de Saint-Pétersbourg
Boucles d'oreille en or en forme de Nikè. Ses bras soutiennent au-dessus de sa tête un disque sur lequel une tête d'Hélios entourée de rayons a été martelée. IVe ou IIIe siècle avant J.-C. Taille : 4,1 centimètres.

Boucles d'oreille en or, British museum
© The Trustees of the British Museum

Décoration (phalera) en or et argent gravé et martelé. Lieu de découverte : Elis (tombe) Datation entre le Ve et le IIe avant J.-C.
Disque ornant probablement un équipement de cheval. La tête d'Hélios monte à la ligne d'horizon encadrée de deux chevaux. En-dessous, deux dauphins plongent dans la mer. Diamètre : 6.2 centimètres

Décoration figurant Hélios, British museum
© The Trustees of the British Museum

Métope d'Ilion, Pergamon Museum à Berlin.

Généralement, Hélios est donc représenté la tête auréolée de rayons, il n'est pas nu mais porte la chlamyde. Il est aussi conducteur du quadrige qui dessine la course du soleil dans le ciel ; en tant que conducteur de char il est environné de chevaux ou tient le fouet dont il pique ses chevaux. En effet, les représentations d'Hélios antérieures à l'œuvre de Charès de Lindos dont nous disposons le montrent toujours en tant que cocher nimbé de lumière, qu'il se tienne sur son char ou soit environné de chevaux : la lumière est symbolisée par les rayons et non par un flambeau, et le carquois n'est pas un attribut d'Hélios mais celui d'Apollon. Dans quelle mesure le colosse de Charès a-t-il inauguré un nouveau type de représentation ?

Que nous disent les textes ?
Pour essayer d'imaginer le colosse, nous en sommes réduits à nous reporter aux textes qui témoignent du gigantisme de la statue à savoir, par ordre chronologique, ceux de Strabon, Pline l'Ancien, et celui de Philon de Byzance dont on ne sait exactement s'il fut un contemporain de Charès de Lindos ou s'il vécut au IVe siècle après J.-C..
Ces textes, nous l'avons vu, ne permettent pas de déterminer avec certitude l'emplacement de la statue, mais ils ne décrivent pas non plus sa posture, ni les attributs de dieu. En effet, Strabon, Pline et Philon, s'ils sont allés à Rhodes, n'ont vu la statue qu'en ruines : leurs textes nous présentent les membres en pièces et les structures internes de l'œuvre. Nous en sommes donc réduits à des conjectures qui ne peuvent se fonder que sur l'histoire de l'art et la représentation d'Hélios dans l'Antiquité.

Le dieu Hélios de Charès de Lindos était représenté debout puisque Pline l'Ancien explique que le tremblement de terre l'a brisé au niveau des genoux. Les rayons, la chlamyde sont probables car il fallait bien que le dieu soit reconnaissable et distinct d'Apollon par les attributs auxquels Strabon fait allusion dans la version du texte que nous proposons. Qu'en est-il du fouet ? Dans quelle main le tenait-il ?
Charès avait-il décidé de lui mettre un flambeau en main, autre lumière pour la mer Méditerranée que celle du phare d'Alexandrie en phase de construction lui aussi ? Un bas-relief trouvé à Narbonne montre un Hélios tenant un flambeau dans la main droite.

Les représentations en pied d'Hélios après celle de Charès de Lindos ne montrent plus le dieu sur son char, plusieurs statuettes des premiers siècles après J.-C., et particulièrement des IIe et IIIe siècles le montrent debout jambe droite avancée et jambe gauche légèrement fléchie en recul, comme en position de marche. Ces statuettes reprennent -elles une tradition inaugurée par le colosse de Rhodes ? Ou celle de la statue de Néron qui elle-même reprenait celle du colosse de Rhodes ? La discussion reste ouverte.

Convergences et divergences
Un Hélios debout, tous s'accordent sur ce point.
Les jambes étaient-elles en position statique ou dynamique ? Il semblerait que trois points d'appui (les deux pieds plus la pointe du fouet ou le retombé de la chlamyde) permettaient d'assurer une meilleure stabilité à l'ouvrage comme souvent dans la statuaire de grande taille.
La position des bras soulève aussi un problème technique : si la plupart des représentations modernes placent le fouet dans la main gauche, celle-ci étant le long du corps, la position du bras droit est problématique. Si on suppose que les petits bronzes saluant du IIe et IIIe siècles après J.-C. sont en quelque sorte des modèles réduits du colosse, il faut imaginer que sur la statue colossale semblable porte-à-faux était irréalisable sans contrefort. Charès avait-il masqué le contrefort soutenant le bras droit par des replis de la chlamyde sur le côté droit ? Le dessin de M. Jean-Claude Golvin résoud cette difficulté en présentant un Hélios tenant un flambeau dans la main droite, le bras dans l'alignement du corps au-dessus de la tête. Ainsi l'équilibre du colosse de bronze de 31 mètres paraît préservé.

Statuette en bronze d'Hélios, British museum
 
Colosse de Rhodes : aquarelle de Jean-Claude Golvin
Statuette du IIIe siècle après J.-C.
British Museum
Photographe : MdB
licence Creative Commons
Aquarelle de Jean-Claude Golvin
copyright Éditions Errance

Dans son livre Der Koloss von Rhodos und die Bauten des Helios,M. Wolfram Hoepfner préfère l'hypothèse d'un Hélios saluant, sans flambeau. Un contrefort soutient alors le bras droit comme sur une petite statuette d'Hélios trouvée à Ordona au sud de l'Italie.

Pour en savoir plus
flèche Hélios en littérature dans Perseus
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