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  L E S  S E P T   M E R V E I L L E S  D U  M O N D E
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Présentation - La pyramide de Khéops - Les jardins suspendus de Babylone - Le temple d'Artémis à Éphèse - La statue de Zeus à Olympie - Le mausolée d'Halicarnasse - Le colosse de Rhodes Le phare d'Alexandrie
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Le colosse de Rhodes

 

 

Le culte de Sol Invictus

Le culte du Soleil se retrouve dans toutes les religions du monde antique : les textes font parfois défaut mais les vestiges archéologiques sont nombreux en Europe.
Au Danemark, on a découvert en 1902 un disque solaire sur un char datant de l'âge du bronze vers 1 400 avant J.-C.,


Photographe : Malene Thyssen
Licence Creative Commons

Le voyage du Soleil dans le ciel est gravé sur de nombreuses lames ou pierres mais le dessin le plus complet se trouve sur le Char du Soleil trouvé à Trundholm Bog. Le Soleil effectue son voyage grâce à des chevaux mais aussi un bateau qui, durant la nuit, lui permet de rejoindre l'Orient. Ce sont les mêmes données que l'on retrouve plus tard dans le mythe grec d'Hélios.

En Gaule, Belenos, dieu solaire, apparaît dans de nombreuses inscriptions et son culte semble avoir été important.

Dans la péninsule italique, on a mis à jour également des objets étrusques représentant le soleil comme la décoration d'un char d'apparat étrusque, Ve siècle avant J.-C.exposée désormais au musée de Saint-Pétersbourg.

Les romains et le Soleil
À Rome, le Soleil ne figure pas dans le panthéon traditionnel même si, comme au Parthénon à Athènes, il était représenté sur le fronton du temple de Jupiter Capitolin, mais cette puissance de la nature qui préside au cycle de vie devait être l'objet, comme en Grèce et ailleurs, d'adorations individuelles. Le Soleil est aussi au centre des spéculations astrologiques et, avec la Lune, il occupe une certaine place dans la technique divinatoire de l'astrologie. C'est le Soleil qui procure les facultés divinatoires.
Les Romains ont toujours accepté assez généralement que les cultes des peuples soumis continuent, sur place, à exister et à prospérer, mais, à Rome même les religions venues d'Orient rencontrent un certain succès. Or le rôle d'Hélios y est important.

L'influence des dieux solaires étrangers sous l'empire
Sous l'empire, le brassage culturel s'amplifie et les empereurs eux-mêmes sont pour la plupart fascinés par les cultures et rites orientaux.
Auguste, après la conquête de l'Égypte, fait ramener d'Héliopolis à Rome deux obélisques, rayons de soleil dirigés vers le ciel, qu'il consacre à Sol en 10 avant J.-C.. L'un se trouvait dans le cirque, l'autre au Champ de Mars où il servait de gnomon.
Au premier siècle de notre ère se développe à Rome, probablement par l'intermédiaire des soldats revenus des campagnes d'Orient, le culte de Mithra : c'est le Soleil qui donne l'ordre à Mithra de sacrifier le taureau afin de redonner au monde la force vitale, et, après le banquet, le Soleil devenu Invictus, invaincu et invincible, repart vers le ciel dans son char solaire.

Stèle dédicace culte de Mithra
Stèle dédicace du culte de Mithra
musée du Vatican
Photographe : Lalupa
Licence Creative Commons


Plaque votive représentant le Soleil, la Lune et Jupiter Dolichenus, consacrée au Soleil Invaincu et au Génie de la garde à cheval impériale batave (equites singulares) pour la santé des empereurs
Marbre, seconde moitié du IIe siècle après J.-C.
Provenance : caserne des Equites Singulares, via Tasso à Rome
Photographe : Jastrow
Licence Creative Commons

Pour un travail d'épigraphie, cliquer ici

Dans ce contexte, la transformation du colosse de Néron en dieu du Soleil sous Vespasien ou Hadrien ne bouleverse personne : Sol est une divinité que les romains reconnaissent, leur colosse dépasse celui des Rhodiens et peut montrer la supériorité de Rome.
Mais à partir de la fin du deuxième siècle, l'influence orientale va aller grandissante car les empereurs ne sont plus originaires d'Italie, de Gaule ou d'Hispanie.

Le Haut-Empire, les Sévères : Héliogabal ou Élagabal (218-222)
Culte d'Hélios à Émésa (Homs) en Syrie
Il y avait à Émèse un temple dédié au dieu du Soleil Syrien El-Gabal, désigné en grec par Héliogabalos et en latin Élagabal. Septime Sévère se maria à Julia Domna, fille de Julius Bassianus, grand prêtre du temple solaire d'Émèse, et ainsi naquit Marcus Aurelius Antoninus, plus connu sous le nom d'Élagabal, qui succède à son cousin Caracalla en 218.

Élagabal à Rome
Marcus Aurelius Antoninus arrive à Rome à 14 ans sous le nom de la divinité dont il est grand prêtre, emmenant avec lui la pierre sacrée du temple d'Émèse dédié à Élagabal. Il fait construire à l'est du mont Palatin un temple, l'Elagabalium, où la pierre est déposée, et aux solstices d'été une grande fête est organisée : procession de la pierre dans un quadrige à travers Rome, distribution de nourriture et de présents.
L'empereur donne un nom latin à son dieu : Deus Sol Invictus, titre du Soleil déjà connu par les adeptes du culte de Mithra. Le sénat peine à accepter un prêtre oriental comme empereur mais les romains, dont certains suivent les cultes orientaux comme celui d'Isis, Sérapis, Cybèle, Mithra, le judaïsme ou le christianisme, auraient accueilli cette nouvelle religion si l'empereur ne les avait scandalisés en épousant une Vestale ou en dépensant sans compter. Son règne fut de courte durée, il fut assassiné en 222 et frappé de damnatio memoriæ: on effaça son nom de toutes les inscriptions publiques. L'une d'elle pourtant a été retrouvée à Lyon.

La crise du IIIe siècle : 270-275 Aurélien
En pleine anarchie militaire et politique, il s'agit pour l'empereur Aurélien de resserrer les liens entre les différentes parties de l'empire : grâce à l'instauration du culte solaire Sol Invictus Élagabal, il vise à trouver une certaine unification religieuse et politique. La numismatique montre bien en effet combien l'image du Sol Invictus, Soleil victorieux écrasant l'ennemi sous ses pieds, pose l'image de l'empereur vainqueur et invincible.
En 274, il fait construire au Champ de Mars un temple consacré au Soleil, templum solis, dont la structure rappelle celle du temple de Baalbeck.

La grande fête du « Soleil Invaincu »avait lieu le 25 décembre, soit la date du solstice d'hiver selon le calendrier julien, ce jour était célébré tous les ans par des jeux du cirque : c'était le Dies Natalis Solis Invicti, « Jour de naissance du Soleil Invaincu ».


Disque en argent dédié à Sol Invictus, British museum
Disque dédié à Sol Invictus. Argent, œuvre romaine, IIIe siècle après. J.-C
Photographe : Jastrow
Licence Creative Commons

Les images de Sol se diffusent dans tout l'empire par la numismatique, mais aussi des bas-reliefs, des statuettes en bronze comme celle du Louvre...
Sol est la divinité protectrice des empereurs, et de même que le soleil règle le cycle naturel et domine les autres astres, l'empereur gouverne les hommes comme investi d'un pouvoir divin.

Le Bas-Empire
À partir du IVe siècle, durant l'époque byzantine, face au développement du christianisme, le syncrétisme des autres religions est total. Dans les Saturnales de Macrobe, suivant la tradition littéraire des banquets philosophiques, est développée l'idée que tous les dieux sont la même divinité que le soleil : Apollon, Liber pater, Mars, Mercure, Esculape, Hercule, Salus, Isis, Sérapis, Adonis, Attis, Osiris, Horus. Les douze signes du zodiaque se rapportent à la nature du soleil. Némésis, Pan et Saturne, ne sont autres que le soleil, ainsi que Jupiter lui-même, et l'Adad des Assyriens. On peut aussi prouver par l'autorité d'Orphée, aussi bien que des autres théologiens, que tous les dieux se rapportent au soleil. Saturnales, Livre I, 17 à 23

L'empereur Constantin règne de 306 à 337. Tout d'abord adepte du culte de Sol Invictus, il diffuse par la numismatique la religion solaire et ses soldats doivent réciter le « jour de la lumière et du soleil » (c'est-à-dire le dimanche), une prière au dieu qui donne la victoire ; ce jour est aussi un jour de repos. En numismatique, Sol est représenté debout , non plus écrasant l'ennemi, mais la main droite levée et la gauche tenant un globe. L'empereur même se substitue parfois à l'image de Sol dont il reprend les caractéristiques (inscrire « constantine I » dans la zone de recherche ; pour plus de réponses inscrire « constantinus I »).

Mais Constantin est attiré aussi par le christianisme, religion qui lui paraît propre à instituer le nouvel ordre moral et politique auquel il aspire. Par l'édit de Milan en 313, il instaure la liberté de culte :
Cum feliciter tam ego {quam} Constantinus Augustus quam etiam ego Licinius Augustus apud Mediolanum conuenissemus atque uniuersa quae ad commoda et securitatem publicam pertinerent, in tractatu haberemus, haec inter cetera quae uidebamus pluribus hominibus profutura, uel in primis ordinanda esse credidimus, quibus diuinitatis reuerentia continebatur, ut daremus et Christianis et omnibus liberam potestatem sequendi religionem quam quisque uoluisset, quod quicquid <est> diuinitatis in sede caelesti. Nobis atque omnibus qui sub potestate nostra sunt constituti, placatum ac propitium possit existere...

Nous, l'empereur Constantin, et nous, l'empereur Licinius, nous étant assemblés à Milan pour traiter des choses qui concernent le bien et la tranquillité publique, nous avons cru devoir commencer par ce qui regarde le culte des dieux. Ainsi nous permettons aux chrétiens et à toutes sortes de personnes de suivre telle religion qu'il leur plaira, afin que la divinité qui préside au ciel soit à jamais propice et à nous et à nos sujets. Nous avons donc cru, et avec beaucoup de raison, que nous devions permettre à chacun de suivre le culte qui aurait le plus de rapport à son inclination, afin que cette souveraine divinité, à la religion de laquelle nous rendons volontairement nos respects, nous continue sa protection et sa faveur...

L'empereur favorise même, dans tout l'empire, la construction de nombreuses églises, il abandonne Rome et fonde une nouvelle capitale, Constantinople.
Emésa devint un centre important de la chrétienté, et c'est un marchand juif d'Émèse qui rachètera au VIIe siècle le bronze du colosse de Rhodes.

En 354, Dies Natalis Solis Invicti est retenue par les chrétiens pour célébrer la naissance du Christ .

Postérité de Sol Invictus : Louis XIV, le roi Soleil
L'absolutisme théocratique s'appuie, nous l'avons vu, dans l'Antiquité sur l'image du soleil ; au XVIIe siècle en France, Louis XIV reprend ce symbolisme.
Le Roi-Soleil et le monde
« Placé sous les rayons du soleil royal, le globe terrestre tient une place très importante dans la symbolique du pouvoir que Louis XIV exerce sur la France et au-delà. Le souverain est souvent représenté en Apollon et, pour marquer son ascendant, il ne tient plus le globe dans sa main mais le met sous son pied ou encore s'assoit dessus. » Exposition virtuelle de la BNF Les Globes du Roi-Soleil.

Dans les jardins de Versailles, il fait mettre en scène par Tuby le char du Soleil surgissant de l'eau. L'œuvre est en bronze doré.

bassin d'Apollon, Versailles
Photographe : Melodie Mesiano
Licence Creative Commons

Pour plus d'informations
Le chariot du Soleil danois : page en anglais du musée national de Copenhague (possibilité de zoomer sur l'objet et de le voir sous toutes ses faces). Il est possible également de regarder une vidéo en anglais.
Les religions orientales à Rome : le culte de Mithra et Sol Invictus sur le site Musagora
Le cadran solaire d'Auguste d'après la maquette de P. Bigot sur le site de l'université de Caen et simulation du fonctionnement de cet horologium
Le culte d'Élagabal sur Wikipedia
Élagabal et la numismatique
Temple d'Élagabal à Rome : page en anglais
Lugdunum sur le site de J.-F. Bradu
Sol Invictus : page en anglais sur Wikipedia plus riche que la page en français
Cartes de l'évolution de l'empire romain sur le site de Sebastia Giralt (pour suivre l'évolution géographique de l'empire, cliquer sur les flèches en bas de page)
Liste des empereurs romains sur Wikipedia