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  L E S  S E P T   M E R V E I L L E S  D U  M O N D E
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Présentation - La pyramide de Khéops - Les jardins suspendus de Babylone - Le temple d'Artémis à Éphèse - La statue de Zeus à Olympie - Le mausolée d'Halicarnasse - Le colosse de Rhodes Le phare d'Alexandrie
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Le colosse de Rhodes

 

 

Visions antiques

Merveille du monde
Les témoignages antiques sur le colosse de Rhodes s'émerveillent du gigantisme de la statue et de la prouesse technique de Charès : celui-ci en effet fait mieux que son maître Lysippe qui réalisa, quelques années plus tôt, sur l'agora de Tarente, un remarquable Zeus en bronze de 18 mètres de haut, comme l'écrit Strabon, Études géographiques, VI, 3.

Si l'on se réfère au texte de Pline l'Ancien sur l'art du bronze, il apparaît que nul ne cherche à rivaliser avec Charès durant de longues années. Le colosse de bronze de 31 mètres tombe à Rhodes vers 225 avant J.-C. et ce n'est que sous le règne de Néron, soit plus de deux siècles et demi plus tard, qu'un autre artiste grec, Zénodore, va relever le défi.

Le colosse de Mercure au pays des Arvernes
Ce colosse est encore plus énigmatique que celui de Rhodes car nous ne disposons que d'une seule source textuelle, Pline l'Ancien, et d'aucun vestige archéologique. Comme pour les œuvres de Lysippe et Charès, Pline ne mentionne pas l'emplacement exact de cette statue : était-elle sur le forum d'Augustonemetum, actuellement fouillé près de la place de Jaude de Clermont-Ferrand, devant le temple de Mercure au sommet du puy de Dôme, le long de la via Agrippa ? La question reste discutée et aucun élément de la base n'a été retrouvé pour l'instant.
Faut-il, comme pour l'œuvre de Charès, regarder les nombreuses petites statuettes en bronze de Mercure pour avoir une idée de la manière dont Zénodore avait représenté ce dieu des voyageurs et du commerce ?
L'existence de ce colosse témoigne en tout cas de la puissance économique des Arvernes qui ont commandé semblable statue, fait venir de l'étranger un sculpteur dont ils ont financé le travail durant de nombreuses années. En juin 2007, la découverte d'un pied en bronze d'un art abouti a laissé penser qu'il pouvait être issu de l'atelier du fondeur Zénodore qui travailla pour les Arvernes durant plus de dix ans. Il ne s'agit bien évidemment pas du pied du colosse puisqu'il ne fait que 60 centimètres, mais probablement de celui d'une statue de près de quatre mètres. Pour l'instant les fouilles n'ont pas donné d'autres indices.
L'œuvre de Zénodore eut un tel renom que Néron le fit venir à Rome pour réaliser son propre projet.

Le colosse de Néron à Rome
Les Julio-Claudiens : 54-68 Néron
Après l'incendie qui ravagea Rome en 64 après J.-C., Néron engage le projet de la Domus Aurea : ce vaste ensemble architectural s'étend du Palatin à l'Oppius. Si le peuple de Rome n'a pas le privilège d'admirer la richesse des peintures, des œuvres d'art et des incroyables innovations techniques qui la caractérisent (toit mobile de la salle octogonale, lac artificiel...) du moins voit-il se dresser une image colossale de son empereur qui étincelle au soleil.
Il est un peu plus facile de suivre l'évolution de cette autre statue de Zénodore car les sources sont un peu plus nombreuses.
L'emplacement ne fait pas de doute car le texte de Suétone est précis : le colosse domine le vestibule de la maison dorée. Le colosse de Néron était à l'origine sur la petite colline de la Velia entre le Palatin et l'Oppius en position dominante.

image Licence Creative Commons

Seules des images divines (Zeus de Lysippe de taille plus modeste, Hélios de Charès et Mercure de Zénodore) avaient été, jusqu'alors le sujet d'œuvres colossales en bronze, Néron inaugure en faisant faire un colosse à son image.
Comme pour les deux autres colosses, nous ne disposons pas de description précise de la posture de la statue. La numismatique peut laisser penser qu'il avait, comme Hélios, la tête auréolée de rayons et qu'il tenait un globe dans ses mains mais cette reconstruction du colosse de Néron de E. Coquart 1863 est parfois contestée. Elle semble issue de représentations postérieures de Sol Invictus.
D'ordinaire l'empereur romain, à cette époque, a la tête ceinte de lauriers. Même si l'ensemble de la Maison Dorée par la magnificence de son décor et son étendue pouvait faire penser aux palais des monarchies hellénistiques, Néron avait-il osé présenter aux romains son image la tête ceinte non de la couronne de laurier mais des rayons du soleil comme dans la tradition orientale ? Le gigantisme de la statue de Zénodore suffisait à l'égaler aux dieux.

Les Flaviens
69-79 Vespasien
L'emprise de Néron sur la ville de Rome est insupportable à ses successeurs comme au peuple, la Domus Aurea va peu à peu disparaître du paysage romain pour laisser place à d'autres bâtiments mais l'œuvre de Zénodore est respectée. D'après Suétone, Vespasien fait refaire le colosse sans que l'on sache précisément de quelle réfection il s'agit : a-t-il fait transformer la tête de Néron pour qu'on ne reconnaisse plus l'empereur décrié ? Suétone, Vespasien, XVIII. Le texte dit que l'artiste reçut un salaire important et une récompense remarquable,
insigni congiario magnaque mercede.
C'est aussi sous son règne que débutent les travaux de l'amphithéâtre à l'emplacement du lac artificiel de la maison dorée, donc en contrebas de la statue de Néron.
Martial célèbre les changements architecturaux opérés par Vespasien, Titus et Domitien sur les terrains occupés auparavant par la Maison Dorée et une épigramme au livre I laisse penser que, du temps du poète, le colosse n'avait plus les traits de Néron mais celui du dieu du Soleil :
Nec te detineat miri radiata colossi
Quae Rhodium moles uincere gaudet opus.

Ne t'arrête point à considérer l'admirable colosse rayonnant de gloire
ouvrage qui l'emporte sur celui dont Rhodes se vante.

Épigrammes, livre I, 71 vers 7 et 8

Les Antonins
117-138 Hadrien
Grand amateur d'art, Hadrien respecte lui aussi la statue mais elle gêne son projet de temple de Vénus et de Rome, aussi décide-t-il de la faire déplacer : le temple sera construit en position dominante et le colosse trouvera sa place devant l'amphithéâtre en contrebas.

Romae instauravit Pantheum, saepta, basilicam Neptuni, sacras aedes plurimas, forum Augusti, lavacrum Agrippae, eaque omnia propriis auctorum nominibus consecravit. Fecit et sui nominis pontem et sepulchrum iuxta Tiberim et aedem Bonae Deae. Transtulit et colossum stantem atque suspensum per Decrianum architectum de eo loco, in quo nunc templum Urbis est, ingenti molimine, ita ut operi etiam elephantos viginti quattuor exhiberet. Et cum hoc simulacrum post Neronis vultum, cui antea dicatum fuerat, Soli consecrasset, aliud tale Apollodoro architecto auctore facere Lunae molitus est.

Il répara, dans Rome, le Panthéon, les Septes, la basilique de Neptune, une infinité de temples, le forum d'Auguste et les bains d'Agrippa. Il consacra tous ces édifices sous les anciens noms des fondateurs, et il ne donna le sien qu'à un pont, son ouvrage. Il fit construire son tombeau près du Tibre, et transporter à une autre place le temple de la Bonne Déesse. Le colosse fut enlevé, debout et suspendu, par l'architecte Décrianus, de la place où est maintenant le temple de la ville, et il fallut employer au transport de cette masse énorme jusqu'à vingt-quatre éléphants. Il consacra au Soleil cette statue, autrefois dédiée à Néron, dont elle offrait l'image ; et il chargea l'architecte Apollodore d'en faire une pareille, qu'il destinait à la Lune.

Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, XIX, 10-13

Il faut imaginer la prouesse technique de cet architecte qui parvint à déplacer verticalement une statue de bronze de plusieurs centaines de tonnes, et de 35 mètres de haut, soit l'équivalent d'un immeuble de près de quinze étages ! Carte qui montre le déplacement du colosse de Néron à l'époque d'Hadrien.
Sur le site Rome Reborn, on peut découvrir une reconstruction numérique de l'ensemble architectural, cliquer sur l'image pour la voir en haute résolution ou voir un projet antérieur. Cette reconstitution permet de se rendre compte de la taille du colosse par rapport au bâtiment de spectacles.

180-192 Commode
L'empereur fait enlever la tête de Néron sur la statue pour y placer la sienne
Ornamenta sane quaedam colosso addidit, quae postea cuncta sublatasunt. Colossi autem caput dempsit, quod Neronis esset, ac suum inposuit et titulum more solito subscripsit, ita ut illum gladiatorium et effeminatum non praetermitteret.

Il ajouta au colosse quelques ornements, qui en furent tous arrachés dans la suite. Il fit enlever à cette immense statue la tête de Néron, pour y substituer la sienne, et il y fit graver les inscriptions d'usage, sans oublier ses noms de gladiateur et de débauché.

Histoire Auguste, Vie de Commode, XVII, 9-10

À la fin du IIe siècle à la mort de Commode, la tête de l'empereur est à nouveau remplacée et la statue reprend alors les traits du dieu du soleil, Sol, dont le culte se développe dans l'empire au début du IIIe siècle avec Élagabal.

Postérité
Au IVe siècle, Constantin adepte du culte de Sol Invinctus se convertit au christianisme, mais si l'on en croit un document figurant dans Origine de tous les cultes de Charles-François Dupuis (édition de 1836), et qui paraît être le calendrier en vigueur à l'époque de Constantin, il y aurait eu en juin une fête du couronnement du colosse.

Au VIIIe siècle, il semble que le colosse ait été encore en place. en effet Bède le Vénérable écrit :
Quandiu stabit coliseus, stabit et Roma ; quando cadet coliseus , cadet et Roma ; quando cadet Roma, cadet et mundus.

Tant que durera le Colosse, Rome durera ; quand le Colosse tombera, Rome tombera ; quand Rome tombera, le monde tombera.
Faut-il lire « colossus » ou lieu de « coliseus » ? C'est le choix retenu dans la traduction ci-dessus. En effet, les spécialistes considèrent que le mot « colisée » pour désigner l'amphithéâtre est plus tardif et qu'il est peu probable que Bède le Vénérable, docteur de l'Église, ait lié le destin de Rome à celui d'un bâtiment de spectacles sanglants.
Dans sa liste des merveilles du monde, il compare le colosse de Rhodes à celui de Rome :
Tertium est Colossi in insula Rhodo imago aerea centum viginti quinque pedum fusilis facta. Qualiter tam immensa moles fundi potuerit et erigi ut staret mirum est ; duodecim namque pedum altior est ista imago Colossi illa quae Romae est.

La troisième (merveille) est, dans l'île de Rhodes, la statue en bronze du Colosse de 125 pieds. Comment a-t-on pu fondre une masse si gigantesque et la mettre debout, voilà qui est extraordinaire ; car cette statue du Colosse est plus haute que celle de Rome de douze pieds.
D'après le texte de Pline l'Ancien, en fait, le colosse de Rome était plus grand de quelques mètres que celui de Rhodes, mais à l'époque où Bède écrit le colosse de Rhodes a totalement disparu.

Placée devant l'amphithéâtre Flavien, cette statue colossale finit par donner son nom au bâtiment de spectacles, le Colisée.
Quand a-t-elle disparu ? Comme pour le Mercure des Arvernes, on l'ignore. S'il a été victime du sac de Rome par les Wisigoths en 410 et les pillages qui s'ensuivirent, le colosse de Zénodore disparut avant celui de Charès. Le recyclage d'une telle masse de bronze devait être plus que tentant. Mais cette hypothèse rejette alors les commentaires faits sur les textes de Bède le Vénérable.

À notre époque ne subsiste plus devant le Colisée que l'emplacement de la base du colosse, un carré de 7 mètres de côté où les touristes aiment se reposer profitant de l'ombre des arbres qui remplacent le Soleil...


Photographe : Yves Ouvrard
Licence Creative Commons

Pour plus d'informations
Le colosse de Néron : page en anglais du site Lacus Curtius
Images virtuelles du colosse et de la base sur le site de l'université de Caen

L'image de Néron en numismatique : page en anglais qui présente des pièces de différentes valeurs, les inscriptions sont développées et permettent des exercices d'épigraphie. L'une d'elles montre Néron la tête radiée. Même méthode de présentation pour tous les autres empereurs.
Plan de la Maison Dorée, et informations en anglais au sujet de la Maison Dorée sur le site Lacus Curtius
Vidéo d'une reconstitution 3D de la salle octogonale de la Domus Aurea, à l'occasion du lancement mondial de la nouvelle station de travail visuelle de SGI.
Le temple de Vénus et de Rome d'après la maquette de P. Bigot sur le site de l'université de Caen.