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Le colosse de Rhodes

 

 

Visions modernes

Une merveille bien mystérieuse
De nombreux archéologues et architectes s'essaient toujours à dessiner la statue de Charès de Lindos car, nous l'avons vu, les textes et l'archéologie ne permettent de définir avec précision ni sa localisation, ni sa posture. Même au XXIe siècle cette statue en bronze de 31 mètres reste un symbole de la grandeur de la culture grecque.

Colosse, un mot générique
Dans l'Antiquité, le mot colosse en grec désignait toute statue de forme humaine, sans considération de taille, dressée comme un pilier vers le ciel. C'est avec la statue d'Hélios à Rhodes que le mot va devenir tant en grec qu'en latin synonyme de gigantesque, de dimensions défiant la raison humaine. Puis le mot désigne non plus seulement une représentation anthropomorphique démesurée mais un individu hors normes. Et de l'idée de taille extraordinaire, on passe à l'idée de force extraordinaire.

Art et littérature française
À la fin du XIXe siècle, deux artistes vont rivaliser avec Charès, l'un en exil à Guernesey songe à l'histoire, à l'évolution de l'humanité et écrit « l'épopée humaine, âpre, immense, - écroulée », l'autre, pendant la Commune, réfléchit à un hommage à la liberté signe d'amitié entre la France et les États-Unis, et imagine une statue colossale en bronze.
Victor Hugo intègre dans La légende des siècles (édition de 1877) le poème Les Sept Merveilles du monde. Le colosse de Rhodes est à la mesure, ou à la démesure, du génie hugolien.

Mon nom, Lux ; ma hauteur, soixante-dix coudées ;
Ma fonction, veiller sur les mers débordées ;
Le vrai phare, c'est moi.
(...)
On m'a nommé Soleil, mais le bronze est nocturne ;
Vulcain forgea de l'ombre et fit l'airain ; j'ai beau
Jeter sur l'océan le frisson d'un flambeau,
J'ai beau porter au poing une flamme qui guide
L'homme, battu des mers, dans cette nuit liquide,
Autour de moi, sur l'île et sur l'eau, clair miroir,
L'aube a beau resplendir, je suis le géant noir .

Victor Hugo, La légende des siècles, «Les Sept Merveilles du monde»

Voir l'activité pédagogique.

Frédéric Auguste Bartholdi en 1870 modèle en terre cuite un premier projet de statue de la Liberté, et, neuf ans plus tard, demande à Gustave Eiffel de concevoir la structure interne d'une statue métallique de 46 mètres : La liberté éclairant le monde, située sur l'île de Liberty Island au sud de Manhattan, à l'embouchure de l'Hudson River fut inaugurée en 1886. On pourrait comparer les étapes de ce projet à celle du colosse de Rhodes :

  • idée d'un monument commémorant la grandeur d'un pays à la fin d'une guerre ;
  • choix du sculpteur ;
  • choix de l'image représentée ;
  • organisation du financement ;
  • constitution d'une équipe comprenant entre autres un ingénieur pour bâtir la structure métallique interne ;
  • dimensions de l'ouvrage : statue de la Liberté, colosse de Rhodes ;
  • durée des travaux...

Pour concevoir la statue, il est difficile d'affirmer que Frédéric-Auguste Bartholdi se soit inspiré du colosse de Rhodes même si la tête couronnée de rayons peut faire penser au dieu Hélios. Nous avons vu précédemment que toutes les représentations du colosse sont sujettes à caution dans la mesure où aucun objet archéologique ne propose une image fiable du colosse. Depuis le XVIe siècle, les artistes ont laissé libre cours à leur imagination : l'idée du flambeau est une création du flamand Maarten van Heemskerck en 1572.
Interrogé sur ce point, Régis Hueber, conservateur au musée Bartholdi de Colmar, écrit : «  La genèse de la Statue de la Liberté, quoi qu'on en ait pu écrire, est une affaire bien obscure, et tant que les archives de l'Union franco-américaine, l'association "pilote" du projet et de sa réalisation, ne seront point retrouvées, si tant est qu'elles subsistent, nous en serons réduits aux conjectures (...) non seulement nous ne pouvons produire aucun texte autographe de l'artiste, dans lequel se trouveraient consignées, ne serait-ce que de façon laconique, les phases conceptuelles de sa création, mais encore nous font défaut tous les préalables figuratifs : telle Athéna, la Statue de la Liberté semble être née toute armée de la tête de Bartholdi vers 1869-1870. Faire dériver la Liberté du projet d'une statue-phare pour le port de Suez, conçue en 1867, n'explicite rien ; l'on ne fait que déplacer l'énigme.
Toutefois nous pouvons affirmer que Bartholdi n'ignorait rien de la tradition colossale - sculpture et architecture - qu'illustrent singulièrement les sept merveilles du monde. Et lui-même considérait la Statue de la Liberté mais également le Lion de Belfort comme "héritiers" de cette vénérable lignée. En fait ce n'est ni du Colosse de Rhodes, ni de quelque autre monument colossal antique (ou moderne) que Bartholdi se réclame, mais bel et bien de la "tradition colossale"».

Autres statues colossales modernes en métal
Réaliser une statue colossale est un défi artistique et technique que les artistes ont souvent voulu relever.

La Vierge du Puy-en-Velay inaugurée en 1860 : la statue mesure 16 mètres soit un peu plus que le Zeus de Phidias, mais deux fois moins que le colosse de Rhodes. L'idée de cette statue rejoint celle des Rhodiens, il s'agit, après une guerre, de recycler les métaux pris à l'ennemi, ceux de l'hélépole pour les Rhodiens, ceux des canons de la guerre de Crimée pour les Français, afin de réaliser une œuvre consacrée à une divinité.

La Mère patrie à Kiev, inaugurée en 1981, elle mesure 62 mètres.

Tian Tan Buddha est une statue colossale en bronze de 34 mètres achevée en 1993

Le projet d'une nouvelle statue colossale à Rhodes : une nouvelle statue devrait être construite à ce qui passe pour être son emplacement d'origine, à l'entrée du port de Rhodes. Elle serait plus haute que l'original : entre 60 et 100 mètres et serait constituée en partie d'armes fondues pour célébrer la paix, et serait une sculpture de lumière dans laquelle on pourrait pénétrer. Le projet confié au sculpteur allemand Gert Hof est dirigé par Dimitris Koutoulas. Il devrait coûter 200 millions d'euros selon To Vima (La Tribune 16 novembre) 2008.