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Les jardins de Babylone

 

Les jardins suspendus de Babylone

Image Wikipédia
Les jardins suspendus de Babylone – interprétation assyrienne.
(Il s'agit d'un bas-relief de Ninive qui représente un palais bordé d'un jardin en terrasse)

Jardins de Nabuchodonosor


Si nous possédons de nombreuses descriptions des Jardins, il faut remarquer que toutes se réfèrent à la première qui ait été écrite ; il s'agit, semble-t-il, de celle de Ctésias de Cnide. Les variantes sont très limitées et, comme il ne reste presque aucune trace archéologique de ces jardins, on ne peut guère analyser l'exactitude de ses propos.

On s'accorde d'abord à reconnaître que ces jardins ne datent sans doute pas de Sémiramis mais de Nabuchodonosor, comme l'indique Flavius-Josèphe, qui se réfère à Bérose, et qui est repris par Suidas. On a voulu qu'un modèle plus ancien date de la grande reine, mais on n'en a pas de preuve. On pense cependant qu'« une construction voûtée de 40 m x 40 m au nord-est du château sud de Babylone, et qui se trouve à l'ouest de la tour d'Ishtar » est le reste de la fondation des jardins (E. Akurgal). Le jardin s'élevait en terrasses jusqu'à 30 mètres de hauteur.

Le tableau comparatif des caractéristiques des Jardins de Babylone présente les différentes descriptions connues.

La description

Ctésias de Cnide n'offre guère de description précise du « jardin ». Nous ne pouvons noter que deux éléments:
– l'importance de la citerne que fait construire Sémiramis ;
– la création d'une galerie qui passe sous le fleuve.

Avec Philon de Byzance nous trouvons des éléments plus précis et l'on a longtemps estimé qu'il était le véritable créateur de la légende des jardins suspendus. Mais si, comme on le pense souvent aujourd'hui, Philon est un auteur tardif du 5e ou 6e siècle après Jésus-Christ, il faut rendre aux auteurs antérieurs toute leur importance. Ce sont alors Diodore de Sicile et Strabon qui nous ont livré en premier des détails sur cette merveille. On notera cependant qu'il y a, dans le terme « merveilles » (qeama/ta) une double valeur : ce que l'on admire et ce qui provoque l'étonnement ; sa présentation offre ce double aspect, car il souligne la prouesse technique (propre à provoquer l'étonnement) tout autant que la beauté des jardins.

– un jardin totalement artificiel, et, selon le mot de Philon « contre nature ». C'est peut-être ce qui fascine le plus cet auteur. Les racines se trouvent au-dessus de la tête des promeneurs, puisque les jardins sont soutenus par des galeries voûtées. L'eau est distribuée non pas au gré des pluies, mais par une irrigation savante ; l'ingénieur insiste sur ce point : l'utilisation d'une pente artificielle et de systèmes complexes qui permettent de faire remonter l'eau.

– un ouvrage qui « comble » les sens : Philon n'oublie pas cet aspect. Car ce jardin artificiel permet la culture tant d'arbres que de fleurs. Toute sa richesse et sa beauté viennent de cette eau toujours distribuée qui garantit une herbe  « toujours verte » et des arbres dont les racines sont toujours abreuvées.

Diodore de Sicile donne d'autres éléments de description. Il attribue tout d'abord les jardins à un roi postérieur à Sémiramis. Cela est bien plus vraisemblable. Le lien entre la construction de la ville de Babylone par Nabuchodonosor II et la création des jardins présente plus de consistance.
On soulignera les précisions apportées par l'écrivain :
–- la taille du jardin : un quadrilatère de quatre arpents ;
– la construction « en degrés », soutenus par des arcades
; les différents auteurs donnent des précisions sur la manière dont les racines peuvent se développer sur cette terrasse artificielle ;
– la taille des colonnes de soutènement ;
– la manière dont l'eau du fleuve est pompée pour être utilisée dans le jardin.
On se demande parfois cependant si Diodore de Sicile ne raisonne pas en fonction des connaissances de son temps bien plus que de celles de l'époque de Nabuchodonosor. Ses précisions en architecture et en hydraulique tiennent peut-être compte des connaissances romaines.

On ne peut guère se fier aux autres auteurs qui brodent sur les textes anciens. Chacun recherche la vraisemblance : mais l'on ne saurait alors distinguer ce qui est issu de la tradition et ce qui est le fait du développement d'une légende.

Les réalités archéologiques

N. Blanc et J.-P. Adam, dans leur ouvrage Les sept merveilles du monde ont recherché ce qui, dans l'archéologie, pouvait soutenir la légende.
Ils relèvent essentiellement les fragments de reliefs qui représentent des palais bordés par des jardins : trouvés dans le palais de Sennachérib, ils semblent indiquer que ce type de jardins existait sans doute dans les résidences royales.
Les Babyloniens, semble-t-il, maîtrisaient la technique de l'irrigation, ce qui permettait de constituer des jardins, tant potagers que d'agrément. Dans une région désertique, la présence de ces espaces de verdure comportait quelque chose de « merveilleux » .
Faut-il s'étonner que le nom de paradisus (gr. paradeisos, du perse paridaiza, jardin du Seigneur) ait été attribué au plus beau d'entre eux ?

Représentations

Les premières représentations sont de libres interprétations. Ainsi, celle de l'artiste néerlandais Maarten van Heemskerck, au XVIe siècle.

Maarten van Heemskerck
Image Wikipédia

La survie de la légende

De nombreux auteurs ont évoqué les enchantements des « jardins suspendus de Babylone ».

Les Jardins, dans la première page de la Princesse de Babylone de Voltaire.

« Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre; car tous ses courtisans le lui disaient, et ses historiographes le lui prouvaient. Ce qui pouvait excuser en lui ce ridicule, c'est qu'en effet ses prédécesseurs avaient bâti Babylone plus de trente mille ans avant lui, et qu'il l'avait embellie. On sait que son palais et son parc, situés à quelques parasanges de Babylone, s'étendaient entre l'Euphrate et le Tigre, qui baignaient ces rivages enchantés » .

Lire la description des « jardins».

Les Jardins suspendus, dans La légende des siècles de Victor Hugo.

« Une deuxième voix s'éleva ; celle-ci,
Dans l'azur par degrés mollement obscurci,
Parlait non loin d'un fleuve à la farouche plage,
Et cette voix semblait le bruit d'un grand feuillage.

– Gloire à Sémiramis la fatale ! Elle mit
Sur ces palais nos fleurs sans nombre où l'air frémit... 
»

Lire l'ensemble du poème de Victor Hugo