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  L E S  S E P T   M E R V E I L L E S  D U  M O N D E
Dossier
Présentation - La pyramide de Khéops - Les jardins suspendus de Babylone - Le temple d'Artémis à Éphèse - La statue de Zeus à Olympie - Le mausolée d'Halicarnasse - Le colosse de Rhodes Le phare d'Alexandrie
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La pyramide de Khéops

   

Visions médiévales

Des connaissances perdues

    Dès l'Antiquité tardive, les connaissances sur les pyramides commencent à se perdre en Occident ; cette tendance s'accentue au Moyen Âge. La liste des sept merveilles attribuée à Bède le Vénérable, moine anglo-saxon du VIe siècle après J.-C., ne comporte plus les pyramides. Le nom des constructeurs, la fonction de l'édifice, et le mot pyramide lui-même disparaissent des textes, comme en atteste le texte de Buchard de Strasbourg au XIIe siècle. Ces monuments sombrent dans l'oubli.

      On aurait pu penser que les croisades, qui ont lieu du début du XIe siècle à la fin du XIIe, auraient suscité un nouvel intérêt, d'autant plus que par deux fois, lors de la cinquième et la septième croisade, les croisés tentèrent de conquérir l'Égypte. De même,
la vogue des pèlerinages en Terre Sainte conduit certains européens jusqu'à Alexandrie ou au Caire. Mais les pèlerins partis pour Jérusalem qui ont témoigné de l'existence des pyramides – celles de Gizeh, les voyageurs ne s'aventurent pas plus loin – sont peu nombreux. Et ils ne s'intéressent aux lieux qu'à travers le prisme de leurs convictions religieuses, ne signalant les momuments que s'ils renvoient à l'univers biblique... ce qui pour eux est le cas des pyramides !

Les greniers de Joseph 

     Selon une tradition qui apparait dès le IVe siècle après J.-C., les pyramides sont considérées comme les greniers de Joseph, fils de Jacob, en référence à un texte de la Genèse. Grégoire de Tours s'en fait l'écho au VIe siècle, comme Isidore de Séville au VIIe siècle ; on retrouve cette tradition au fil des siècles, dans les ouvrages des auteurs médiévaux, peu nombreux, qui ont parlé des pyramides ; parmi eux : Bernard du Mont Saint-Michel au VIIIe siècle, Symon Simeonis, un moine irlandais, au XIVe siècle. Un témoignage iconographique renvoie à cette attribution : une mosaïque d'une des coupoles de la basilique Saint-Marc, à Venise, représente les "greniers" dans lesquels des ouvriers apportent des gerbes.

Coupole de la basilique Saint Marc, Venise, photo Maro Coupole de la basilique Saint Marc, Venise, photo T. Goldmann Coupole de la basilique Saint Marc, Venise, photo T. Goldmann
Coupole de la basilique Saint Marc, Venise : les greniers de Joseph

      Jean de Mandeville, dont on ne sait s'il visita réellement l'Égypte, affirme dans son Livre sur les merveilles du monde (1356), un ouvrage très célèbre en son temps : " Certains disent que ce sont des sépultures des grands seigneurs du temps jadis, mais ce n'est pas vrai, car il est notoire dans tout le pays, proche et lointain, que ce sont les greniers de Joseph ; c'est ce qui est écrit dans leurs chroniques." (traduction Ch. Deluz, Les Belles Lettres). Même ceux qui ont manifestement vu de leurs propres yeux les pyramides, à l'évidence peu adaptées à l'usage de remise à grains qu'on leur attribue, ne remettent pas en cause cette légende. Les voix contraires du patriarche d'Antioche, Denys de Tell, au IXe siècle, puis de Guillaume de Boldensele, chevalier allemand, restent bien solitaires ; ce dernier affirme clairement, dans l'Itinerarium sive Hodoeporicon ad Terram Sanctam, vers 1340 : "Dicunt simplices haec maxima monumenta fuisse granaria pharaonis", "Ce sont les esprits naïfs qui affirment que ces immenses constructions ont été les greniers du pharaon".

       Quelques informations sur l'histoire des pyramides nous parviennent cependant à travers les récits médiévaux occidentaux. Ainsi, le seigneur Ogier d'Anglure, qui visite le site en 1395, décrit les lieux avec précision et constate que des maçons sont en train de démonter le revêtement extérieur de la Grande Pyramide, aujourd'hui totalement disparu ; il voit en effet "certains ouvriers massons qui a force desmuroient les grosses pierres taillées qui font la couverture desdits greniers, et les laissoient devaller a val. D'icelles pierres sont faitz la plus grant partie des beaux ouvrages que l'en fait au Caire et en Babiloine." (Babylone : il s'agit ici du Vieux Caire).