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La statue de Zeus à Olympie

   

Entretien et restauration

Les statues chryséléphantines demandent un entretien régulier : l'or doit être frotté régulièrement pour rester brillant et l'ivoire supporte mal la sécheresse. Les « polisseurs », personnel chargé de l'entretien de la statue à Olympie, passaient pour être des descendants de Phidias : « Les descendants de Phidias sont chargés du soin de nettoyer la statue de Jupiter, et de la tenir toujours dans une grande propreté. Avant que de se mettre à l'ouvrage, ils font un sacrifice à Minerve Ergané. » (Pausanias Le Tour de la Grèce, livre V, 14, 4, Hodoi Elektronikai).

En l'été 97 apr. J.-C., Dion Chrysostome assiste à la 219e Olympiade et prononce un discours dans le temple. En conclusion, il se permet de conseiller aux Éléens de prendre plus de soin de la statue : faisant parler Zeus, il les félicite tout d'abord pour l'organisation des jeux et des sacrifices, puis il cite l'Odyssée (XXIV, 249) : « Tu n'es pas soigné au mieux, l'âge triste pèse sur tes épaules, et tu portes des traces de souillures sur de mauvais vêtements ».

En achevant sa description de la statue, Pausanias précise la façon dont on luttait, écrit-il, contre l'humidité du temple d'Olympie : « ... Toute la partie du pavé qui est devant la statue n'est point en marbre blanc, mais en marbre noir entouré d'un rebord en marbre de Paros, qui sert à contenir l'huile qu'on y verse ; l'huile en effet est nécessaire à la conservation de la statue d'Olympie, elle empêche l'humidité de l'Altis, qui est un endroit marécageux, de gâter l'ivoire. Dans la citadelle d'Athènes, au contraire, on verse de l'eau autour de la statue de Minerve, surnommée la Vierge, pour conserver l'ivoire ; car la citadelle étant très sèche à cause de son élévation, une statue d'ivoire a besoin pour sa conservation de cette eau et des vapeurs qu'elle produit.
Je me suis informé à Épidaure pourquoi on ne verse ni eau ni huile autour de la statue d'Esculape, et ceux qui desservent le temple m'ont répondu que cette statue ainsi que le trône étaient placés sur un puits. » (Pausanias, Le Tour de la Grèce, livre V, 11, traduction M. Clavier, 1820, revue et corrigée).

L'interprétation de Pausanias sur l'utilisation de l'huile pour préserver la statue de l'humidité est remise en cause aujourd'hui. En effet, l'ivoire n'a pas à redouter l'humidité, Kenneth Lapatin explique que les plus beaux vestiges en ivoire ont été retrouvés dans des milieux fort humides comme un puits à Kalhu et l'Artémision inondé à Éphèse. Il faut donc trouver d'autres raisons à la présence du bassin d'huile dans le temple : était-elle utilisée par les « polisseurs » pour nettoyer la statue ? le bassin était-il là pour refléter la statue et donner un effet de lumière au fond du naos (l'huile s'évaporant moins que l'eau) ?…

Pausanias s'émerveille de la magnificence de cette statue six siècles après son achèvement, pourtant celle-ci a déjà fait l'objet d'une restauration au IIe siècle av. J.-C. : un sculpteur de la ville de Messène, Damophon, y avait travaillé avec beaucoup de soin. On suppose que les quatre colonnes sous le siège du trône ont été mises en renfort à cette époque pour le soutenir.

Mais les fondations et les matériaux n'étaient pas les seuls éléments à surveiller pour la préservation de l'œuvre de Phidias : si l'on en croit Lucien, la statue pouvait tenter les pillards. Dans Jupiter tragique, la statue se plaint qu'on lui ait volé deux boucles de ses cheveux d'or : « Autrement, si la chose m'était permise, penses-tu que j'eusse laissé sortir de Pise, sans les avoir foudroyés, les sacrilèges qui, dernièrement, m'ont coupé deux boucles de cheveux pesant chacune six mines ? » (Lucien de Samosate).

Au IVe siècle apr. J.-C., à l'époque des Théodose, la volonté de sauvegarder les sculptures antiques païennes considérées comme des œuvres d'art se manifeste : en novembre 382, un édit stipule de laisser ouverts les temples païens qui contenaient des statues appréciées pour leur valeur artistique plus que pour le culte religieux. Mais dix ans plus tard, la fermeture des temples païens est décrétée, les Jeux Olympiques sont interdits. Pour sauvegarder l'œuvre de Phidias, il est décidé de la transporter dans la capitale de l'empire. Un texte de Cédrène, auteur byzantin du XIe s., recense les œuvres conservées au Lauseion, sorte de palais-musée à Constantinople à la fin du IVe s., parmi elles, la statue de Phidias qu'il qualifie d'« éléphantine ». Faut-il comprendre qu'elle avait été dépouillée de son or avant ou à l'occasion du transport ?
En 475, un incendie ravage Constantinople, le Lausieon est détruit et l'œuvre de Phidias est perdue à jamais.