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La statue de Zeus à Olympie

   

Technique et durée de construction

Une lecture attentive des textes de Pausanias et de Lucien permet de mettre en évidence tous les corps de métier qui ont travaillé à cette statue et les découvertes archéologiques faites dans l'atelier corroborent ces éléments (voir à ce sujet l'activité « Matériaux précieux pour une merveille »).
La statue n'est pas la réalisation d'un seul homme mais le résultat du travail d'une équipe d'artisans sous la direction d'un artiste. La chronologie de la vie de Phidias étant floue, si l'on admet qu'il a travaillé sur la statue chryséléphantine à Athènes de 447 à 438, soit 9 ans, il est probable qu'il ait travaillé sur une durée au moins équivalente à Olympie, à moins que les Éléens aient mis à sa disposition plus de moyens que ne l'avait fait Périclès. Mais il est certain qu'à Athènes, Phidias était chargé de superviser la construction et la décoration de l'ensemble du Parthénon.
Pline l'ancien mentionne l'œuvre de Phidias au livre XXXIV et développe les techniques de peinture aux livres XXX et XXXV mais il n'indique rien sur le travail de l'or et l'ivoire.

Le travail de l'or et de l'ivoire
Les auteurs anciens ne spécifient pas la provenance des matériaux nécessaires à la réalisation de la statue. L'argent de la couronne de Zeus venait-il des mines du Laurion en Attique ou du mont Pangée en Macédoine ? l'or, des mines de Macédoine, des mines de Sifnos, de Thasos, d'Afrique, ou d'Espagne ? Quant à l'ivoire, Pausanias écrit : « Au reste, rien à mon avis ne marque mieux la piété des Grecs et leur profusion, où il s'agit de décorer les temples, que la prodigieuse quantité d'ivoire qu'ils ont tirée des Indes et de l'Éthiopie, pour faire les statues de leurs dieux. » Dans le passage qui précède cet extrait, Pausanias s'emploie à expliquer la spécificité de l'ivoire.

Parmi tous les sculpteurs de son temps, Phidias se distingue non par sa maîtrise du travail de la pierre ou du bronze, mais par sa technique chryséléphantine pour réaliser des statues colossales : « Une structure en bois, dont les contours suivaient exactement les dimensions et le dessin définitif de l'œuvre, était dressée sur l'emplacement de la statue. De minces plaques d'ivoire étaient ensuite taillées et sculptées de manière à recouvrir les endroits figurant la peau ; pour les drapés ou d'autres détails, on moulait des feuilles de métaux précieux que l'on plaquait sur la forme en bois de manière à lui donner son enveloppe externe. Tous les fragments devaient s'ajuster exactement et les joints étaient soigneusement camouflés de façon que la statue, une fois achevée, ait l'air d'être en or et en ivoire massifs. » in La Statue de Zeus à Olympie, Les Sept merveilles du monde de Peter A. Clayton et Martin J. Price, Le Promeneur, éditions Gallimard.

Kenneth Lapatin (président de la Boston society of the Archaeological Institute of America) a cherché à comprendre la technique de Phidias pour donner forme à l'or et à l'ivoire puis fixer les plaques sur la structure de bois. En fines plaques, l'or est un métal malléable qui devait être cloué sur la structure ou ajusté grâce à de fines cannelures, mais donner forme à de l'ivoire pose un réel problème technique. Pour la statue chryséléphantine d'Athéna, Phidias avait pu éprouver sa technique sur le visage de la déesse mais à Olympie le défi était plus important car c'était tout le torse du dieu qu'il fallait réaliser en ivoire. En fait, explique Kenneth Lapatin, il est possible de « dérouler » la défense d'éléphant en fines feuilles et l'on obtient des plaques plus grandes qu'en découpant. Mais il faut les mettre en forme. Dans la liste des artisans qui ont travaillé au Parthénon, Plutarque mentionne les « χρυσοῦ μαλακτῆρες καὶ ἐλέφαντος » les artisans qui amollissent l'or et l'ivoire (Vie de Périclès, XII). Dès lors, on peut s'interroger sur le procédé : Pausanias pense que cela se fait sous l'action de la chaleur, Plutarque écrit qu'il faut tremper l'ivoire dans de la bière, des textes médiévaux donnent d'autres méthodes : le faire bouillir dans du vin, l'oindre d'huile, le plonger dans du vinaigre… On ignore quelle était exactement la technique utilisée par Phidias mais peut-être était-ce avec de la vapeur. Une fois amolli, l'ivoire était mis en forme à l'aide de moules dans lesquels il était pressé. Puis il restait à fixer les plaques préformées sur la structure. Était-ce à l'aide d'une colle très coûteuse comme celle utilisée à Épidaure pour la marqueterie des portes du temple d'Asklépios ? Une expérience menée par Kenneth Lapatin montre que si l'on ajuste deux plaques d'ivoire encore humides d'avoir trempé dans du vinaigre, ces plaques, une fois sèches, restent solidaires. Mais les joints sont fragiles. L'ivoire était poli avant et après la mise en place. Quelle qu'ait été la technique de Phidias, on sait que son œuvre était fragile. Pausanias raconte que les Éléens furent très reconnaissants à Damophon de Messène pour la qualité de sa restauration de l'œuvre de Phidias.

Pour réaliser ces statues colossales chryséléphantines, il fallait donc non seulement avoir des compétences de sculpteur mais aussi d'architecte – afin d'évaluer le poids d'une telle statue et donc les fondations nécessaires pour le socle –, de charpentier – afin de choisir un bois imputrescible (cyprès et thuya d'après Dion Chrysostome, XII, 49) et bâtir la structure (à l'époque moderne, les structures des statues colossales, comme la statue de la Liberté de New York, sont en acier) –, de fondeur, de ciseleur, de marqueteur…
Lucien nous amuse en décrivant l'intérieur de ces augustes statues habitées par les rats mais l'extérieur était, lui, resplendissant. Dans Jupiter tragique, Mercure est bien embarrassé par des questions de préséance pour l'assemblée des dieux : « Il me semble, Jupiter, que les barbares vont occuper seuls les bancs de devant : car les Grecs que tu vois ici, beaux, agréables, bien faits, sont tous de marbre ou d'airain ; les plus magnifiques sont d'ivoire relevé d'un peu d'or, qui leur donne de l'éclat et de la couleur ; mais à l'intérieur ils sont de bois et recèlent de nombreux troupeaux de rats, qui y ont établi leur république ».

La peinture
Phidias avait un certain talent de peintre (cf. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 34) mais il confie la réalisation de la décoration des cloisons du trône à un parent (son cousin d'après Strabon, son frère d'après Pline l'Ancien et Pausanias) Panaenos.
Pausanias décrit très longuement ces scènes mythologiques car ces peintures l'ont manifestement ébloui au même titre que la statue elle-même. Il est probable que le fond du naos du temple ait été éclairé lorsque les visiteurs étaient autorisés à entrer dans le temple car, sans cela, il eût été impossible de voir tous les détails des peintures de Panaenos (voir à ce sujet l'activité « Leçon de mythologie dans le temple de Zeus »).

Le travail du verre
L'une des découvertes les plus étonnantes lors des fouilles de l'atelier de Phidias fut celle de moules de terre cuite. Des analyses scientifiques ont montré qu'ils avaient servi à mettre en forme de fines plaques de verre représentant des drapés d'une statue qui aurait trois fois la taille humaine. On pense qu'il s'agit des drapés de la Victoire que tenait Zeus. Au Ve siècle av. J.-C., le verre est un matériau précieux importé de l'est de la Méditerranée et son utilisation a dû renchérir le coût de la statue.
Pausanias, dans sa description pourtant détaillée de l'œuvre, ne mentionne pas cette particularité mais un iambe de Callimaque indique que le trône était fait à la manière des artisans de Lydie et on sait que ceux-ci marquetaient l'ivoire avec des pierres et du verre colorés.


Pour plus d'informations
Choix de l'ivoire et de l'or : dialogue sur l'idée de Beau entre Socrate et Hippias au sujet de la statue chryséléphantine d'Athéna dans Platon, Hippias majeur 290.
Une œuvre de l'époque byzantine en ivoire au musée du Louvre.
La reconstruction du Parthénon à Nashville (Tennesse) et la construction de la statue d'Athéna qui est plaquée en or douze ans plus tard (page en anglais, page en grec).
Sur ce site, Peinture murale dans l'antiquité (in Visite du musée archéologique de Naples).
Le site de l'ENS, Peinture et Couleur dans la Grèce antique.
Le verre de l'antiquité à l'époque contemporaine dans le bassin de la mer Méditerrannée (site en anglais, français et italien).
Le site de l''exposition « le verre dans l'empire romain ».
Des articles en ligne sur le site de l'Association française pour l'archéologie du verre.