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  L E S  S E P T   M E R V E I L L E S  D U  M O N D E
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Présentation - La pyramide de Khéops - Les jardins suspendus de Babylone - Le temple d'Artémis à Éphèse - La statue de Zeus à Olympie - Le mausolée d'Halicarnasse -  Le colosse de Rhodes - Le phare d'Alexandrie 
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Le temple d'Artémis à Éphèse

 

Visions antiques et modernes

Visions antiques

Descriptions du temple et du site

Il est très souvent fait mention du temple d'Artémis dans les textes grecs, d'Hérodote jusqu'à l'époque chrétienne mais leurs auteurs ne nous donnent que très peu de détails sur l'édifice lui-même.
C'est chez Pline l'Ancien (Histoire naturelle XXXVI, 21), Strabon (Géographie XIV, 1),  et Vitruve (De l'Architecture, III, VII et X)  qu'on trouve les descriptions les plus complètes, sans qu'on sache toujours s'il faut les attribuer au premier ou au second temple. En effet, ces trois auteurs n'ont connu que le temple du IVe siècle ap. J.-C., mais, comme ils se fondent en partie partie sur des sources antérieures, ils parlent parfois du premier édifice.

Pline l'Ancien : Histoire naturelle XXXVI, 21
Strabon : Géographie XIV, 1
Vitruve : De l'Architecture, III, VII et X

La description que Xénophon donne  de l'Artémision de Scillonte, modèle réduit de celui d'Éphèse, est également intéressante car elle nous permet de reconstituer en partie le plan et le fonctionnement de l'original.
Au XVIIe siècle, l'Abbé Barthélémy s'inspire de cette description pour son Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, qui conduit le jeune homme sur les terres de Xénophon, où il voit le sanctuaire.

Artémis et son culte

Sur la vie quotidienne autour de l'Artémision et le culte de la déesse, ce sont les romans grecs des Ier et du IIe siècles ap. J.-C. qui nous apportent le plus d'informations, en particulier les premières pages des Éphésiaques, de Xénophon d'Éphèse ou dans Le Roman de Leucippé et Clitophon d'Achille Tatios.
Ces romans illustrent tous, à leur manière, la victoire de l'Amour. Les deux héros des Éphésiaques, Habracomès et Anthéia, se sont voués tous deux à la chasteté. Pourtant au cours d'une procession en l'honneur d'Artémis, ils se rencontrent et tombent amoureux l'un de l'autre. Par la suite, en butte à diverses péripéties, ils  placeront à plusieurs reprises leur vie et leur amour sous la protection de la déesse. On retrouve là la traditionnelle ambiguïté de l'Artémis éphésienne.

C'est sans doute la même ambivalence chasteté-fécondité et mutilation-fécondation et l'influence des romans grecs des Ier et IIe siècles qui ont inspiré le conte licencieux la Matrone d'Éphèse, que nous trouvons dans le Satyricon de  Pétrone. Une jeune veuve éplorée succombe finalement à la tentation de la chair, jusqu'à sacrifier le corps même de son époux pour sauver son amant. Victoire de la vie sur la mort, de l'Amour fertile sur la chasteté stérile.
Le conte sera souvent repris et très prisé au XVIIe et au XVIIIe en France. On trouve une allusion dans Phèdre et  chez Saint-Évremond. Il donna lieu à une pièce en un acte d' Houdar de la Motte La Matronne d'Éphèse ou Arlequin Grapignan de Fatouville représentée à l'Hôtel de Bourgogne en 1682.
La Fontaine s'en inspirera pour deux de ses fables :

La jeune Veuve
La Matrone d'Éphèse.

et Voltaire, de manière plus provocante encore, 
dans le chapitre 2 de  Zadig : le Nez.

C'est sans doute ce dernier texte qui est le plus proche de la situation originale, l'ablation du nez faisant évidemment penser à un autre type d'amputation. En effet, si le thème de la veuve trop vite consolée est classique et, toutes proportions gardées, assez léger, celui de l'abandon du cadavre du mari et, pire encore, de sa mutilation pour sacrifier à la jouissance du corps de l'amant vivant, est particulièrement troublant. On comprend bien, dès lors, le choix du lieu dans le texte de Pétrone : la cité d'Artémis offre le cadre idéal à cette association paradoxale de la mort et de la naissance, de la privation et de la reproduction.

Visions chrétiennes et musulmanes

La figure d'Artémis éphésienne et la puissance de son sanctuaire ont marqué les débuts du christianisme. La venue de  Paul à Éphèse est entourée d'un certain mystère. Pourquoi, alors qu'il avait l'intention de se rendre à Jérusalem, est-il conduit par Dieu jusqu'à Éphèse, comme nous le rapportent les Actes des apôtres ? Et dans l'Epître aux Éphésiens, quel sens faut-il donner à ses paroles sur le "mystère" de l'union de l'homme et de la femme en Dieu ?  Comment ne pas penser, eu égard aux circonstances et à l'auditoire auquel il s'adresse, au "mystère" de l'union du masculin et du féminin dans la Grande Artémis ?
Par la suite, plusieurs légendes prendront corps autour des premiers chrétiens d'Éphèse et elles nous montrent toutes que certains éléments du culte d'Artémis se sont retrouvés dans celui de la Vierge et de Marie-Madeleine. L'exemple le plus caractéristique en est la légende des Sept dormants, commune aux religions chétienne et musulmane et que l'on retrouve partout en Europe et en terre d'Islam.
Pour appronfondir cette question, on pourra se reporter à l'étude de J. Bonnet : 
Artémis d'Éphèse et la légende des sept dormants
Pour comparer les versions chrétienne et musulmane, on peut lire :

 les Sept dormants d'Éphèse par Grégoire de Tours
les Sept dormants dans la sourate 18 du Coran

La grotte des martyrs, que l'on montre aujourd'hui aux visiteurs est située non loin du lieu où les Anciens plaçaient Ortygie, lieu de la naissance cachée d'Artémis. Cette croyance commune aux deux religions se manifeste aussi par une fréquentation commune de la maison de la Vierge, sur les pentes du mont Solmissos, à l'endroit même où se déroulaient jadis les Mystères en l'honneur d'Artémis.
La présence de Marie et Marie-Madeleine à Éphèse est aussi à rapprocher de la légende des Saintes-Maries de la mer, d'où elles seraient arrivées en provenance ... d'Éphèse, comme l'avait fait Artémis, plus de six siècles auparavant, sur les bateaux des colons phocéens.

Visions romantiques

Le temple

Victor Hugo : la Légende des siècles, T II, X

La figure d'Artémis

Dans la poésie du XIXe siècle, c'est la part d'ombre d'Artémis qui domine. La déesse apparaît comme une divinité inquiétante pour le genre humain.
Dans la Tentation de Saint Antoine de Flaubert, une  scène très noire se déroule à Éphèse. Artémis est associée à Cybèle et à des images sanglantes de mutilation.
Gérard de Nerval : Artémis
José-Maria de Heredia : Artémis et La chasse
Gustave Flaubert : la Tentation de saint Antoine, V

Récits de voyageurs
Lucien Augé de Lassus : Voyage aux sept merveilles du monde (1878)
Choiseul-Gouffier : Le voyage pittoresque de la Grèce

Perceptions de l'acte d'Érostrate

L'incendie du temple a excité les imaginations et, malgré l'interdit promulgué par les Éphésiens, rendu le nom d'Érostrate universellement célèbre. Quant à l'acte lui-même, il a été jugé très différemment selon les époques et les intentions morales des auteurs. Qu'on en juge d'après ces trois exemples :

Auguste Barbier, poète satirique du XIXe siècle,  est un des rares représentants de ce genre moral méconnu.  Dans son oeuvre Erostrate, il fustige, sous les traits de l'incendiaire antique, la tendance de ses contemporains à exagérer leurs rêves,  la recherche de la gloire par le biais du scandale, l'ambition poussée jusqu'au crime.

Lire Erostrate, d'A. Barbier

Au contraire, pour les existentialistes du XXe siècle, l'acte individuel et nihiliste d'Erostrate est, à certains égards très moderne. Une des nouvelles du Mur, de Jean-Paul Sartre, porte son nom. Il ne s'agit pas d'un récit historique et le nom du héros n'apparaît que dans le titre, comme symbole de l'acte nihiliste.

Lire la nouvelle de Jean-Paul Sartre : Erostrate

L'attentat d'Erostrate n'a donc d'autre sens que celui qu'on veut bien lui donner et nous restons toujours dans le domaine de l'imaginaire. C'est ce qu'avait bien compris, Marcel Schowb, auteur éclectique à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Poète, essayiste, philologue, romancier, traducteur, ami de Stevenson, il rédigea de très belles Vies imaginaires dont celle d'Érostrate.

Lire la vie d'Erostrate de Marcel Shwob

Approches psychanalytiques 

Le thème de la castration ne pouvait pas laisser les psychanalystes indifférents. On trouve même des interprétations très hardies du mythe. Au hasard d'une navigation sur Internet, on a glané l'analyse suivante, qui peut se lire avec intérêt, à condition de prendre avec précaution les interprétations basées sur l'étymologie d'Artémis.

 Lire Guy Massat  : Artémis, déesse de la castration

Par ailleurs, dans son essai Psychanalyse païenne, T. Nathan nous rappelle l'intérêt que Freud lui-même portait aux  statuettes antiques et plus particulièrement aux figurines représentant la déesse mère et Artémis.
Il avait écrit à ce sujet un article intitulé Grande est la Diane des Éphésiens dans lequel il reprenait ironiquement l'apostrophe que les fidèles de la déesse employèrent pour manifester leur opposition aux prêches de saint Paul. L'article nous rappelle qu'Éphèse a toujours vénéré la maternité sous des noms différents. Déesse mère pré-hellénique, Oupis à l'arrivée des Ioniens, Artémis des Grecs, Diane des Romains, Vierge mère de Dieu des Chrétiens, elle n'a jamais perdu sa caractéristique fondamentale
Pour T. Nathan, cet intérêt de Freud est à mettre en relation avec les fouilles des archéologues viennois, contemporaines de ses recherches : "La terre d’Éphèse devrait donc être considérée dans cette perspective comme la représentation de l’inconscient refoulé par le père monothéiste et exhumé par de curieux fouilleurs de l’Islam scientistes et viennois de surcroît."