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Le temple d'Artémis à Éphèse

 
L'Artémision : le site et les fouilles

« Où est mon temple ?
Où sont mes Amazones ? »
La Grande Diane d'Éphèse in G. Flaubert, La Tentation de saint Antoine

Longtemps après sa dernière destruction, le temple d'Artémis resta présent dans la mémoire collective, mais, malgré les recherches et tentatives de quelques voyageurs éclairés, son emplacement demeura un mystère jusqu'à la fin du XIXe siècle, date de la découverte d'une inscription bilingue (latin et grec) trouvée dans le théâtre.
Il s'agit d'une zone marécageuse, située à environ cinq cents mètres de la basilique Saint-Jean.
Complètement modifié sous l'effet de l'ensablement et de la progression du marécage, le site se trouve aujourd'hui à cinq kilomètres à l'intérieur des terres et le visiteur moderne doit faire un gros effort d'imagination pour reconstituer le paysage et la topographie d'autrefois.

La découverte
Après quelques tentatives individuelles, la première recherche à caractère véritablement scientifique débute en 1869, sous la direction de J.T. Wood, pour le compte du British Museum. L'archéologue anglais, se basant sur les indications fournies par l'inscription récemment mise à jour, localise d'abord la « porte de Magnésie », puis la voie sacrée, qu'il suit en direction de la mer. Grâce à un texte de Philostrate, un philosophe athénien, il sait que, sur cette route, se trouve la demeure d'un certain Damianos, sophiste éphésien du IIIe siècle ap. J.-C. et qu'une des ailes du portique de la villa jouxte le péribole du sanctuaire. Après avoir localisé la « stoa » () de la maison du sophiste, l'archéologue sonde le marécage. Après plusieurs années de recherche, sous une couche de plus de six mètres de limon, apparaissent les vestiges du dernier temple.
La « merveille » est rendue à la lumière mais il n'en reste rien car les destructions et les pillages des III
e et IVe siècles ont réduit à néant ce qui, aux yeux des Anciens, passait pour la « merveille des merveilles ».

Les fouilles de la fin du XIXe siècle
Les excavations conduites par Wood se poursuivent jusqu'en 1874. Elles permettent de reconnaître rapidement les niveaux des deux derniers temples : celui du IVe siècle, dit « temple hellénistique » et le temple archaïque du VIe siècle, dit « temple de Crésus », et d'établir un premier relevé de la surface de ces édifices. Les travaux de Wood révèlent aussi la stratification de plusieurs sanctuaires antérieurs.
Les fragments architecturaux trouvés sur place sont envoyés au British Museum où ils sont encore visibles aujourd'hui.

Interrompues pendant une vingtaine d'années, les recherches reprennent en 1894. Elles sont, cette fois, confiées à l'Institut Archéologique Autrichien, sous la conduite de W. Wilberg et permettent une distinction plus claire des temples superposés et de leurs dimensions. Toutefois, les archéologues autrichiens délaissent le site de l'Artémision pour concentrer leurs efforts sur les fouilles de la cité hellénistique et romaine.
En 1904, une équipe anglaise reprend le relais, sous la direction de D.G.H. Hogarth et A.E. Henderson. Cette campagne va conduire à distinguer cinq structures superposées :
sous les deux états successifs de la merveille, Hogarth distingue trois temples qu'il nomme les temples A, B et C, construits entre le VIIe et le VIe siècle.
Sous le « stratum » du temple de Crésus, Hogarth met à jour un trésor composé de plus de huit cents objets précieux, qu'il baptise « trésor de fondation » et date de l'époque de la construction du temple A. Cet ensemble, constitué d'objets de culte mais aussi de pièces de monnaie en argent et en électrum, donna lieu à des hypothèses diverses tant sur leur origine que sur la date d'apparition de la monnaie en Asie mineure.

Les hypothèses de Hogarth et Anderson

Selon Hogarth, entre le VIIIe et le VIe siècle, avant l'édification de la première « merveille », trois édifices auraient été successivement construits. La classification qu'il établit se retrouve encore aujourd'hui dans quelques publications et guides touristiques.

Le premier édifice, construit au VIIIe siècle, appelé temple A, n'aurait pas encore été un temple mais un simple téménos () à ciel ouvert, entouré d'un péribole (), bâti directement sur la base sableuse et pavée.
Avant Hogard, Wood avait mis au jour un soubassement rectangulaire et l'avait pris pour l'autel de la déesse. Hogarth, quelques années plus tard, pensa qu'il s'agissait en réalité d'une base à l'intérieur de laquelle il découvrit une fosse. C'est de cet endroit qu'il exhuma le « trésor de fondation ».

Sur les ruines du temple A, aurait été édifié, aux environs de 652, le temple B, de dimensions à peu près identiques. Ce nouveau sanctuaire, transition entre le téménos ancien et le nouveau temple de type grec, serait le premier véritable naos (), domicile du dieu.
D'après Hogarth, ce temple B n'aurait pas été détruit accidentellement ni du fait d'un acte de guerre. Sa reconstruction aurait donc pu être imposée par la menace des eaux du fleuve Caystre. En 1922, Ch. Picard, dans son ouvrage sur Éphèse et Claros, proposait de la rattacher à une tradition rapportée dans la Souda. Celui-ci, citant Baton, un des géographes d'Alexandre, l'attribuait à un oracle de Delphes qui aurait ordonné le remplacement du sanctuaire, souillé par un sacrilège commis par le tyran Pythagoras (Suidas 3122).

Le temple C. S'il est difficile de distinguer le temple C des édifices qui l'ont précédé, il n'est pas aisé non plus de le séparer de son successeur avec lequel il semble se confondre dans la mémoire collective ; pour certains, il n'aurait été en service qu'une dizaine d'années, pour d'autres, il n'aurait même jamais été achevé. Ch. Picard en attribuait même la construction à Chersiphron et Métagénès, les architectes du temple de Crésus.
Ses dimensions extérieures étaient de 33,30 m sur 1,35 m et ses dimensions intérieures de 28,481 m sur 15,33 m.

Les fouilles de la fin du XXe siècle

En 1979, commence une nouvelle campagne de fouilles, sous la conduite d'Anton Bammer, archéologue autrichien. Elle va confirmer la superposition de plusieurs édifices mais aussi infirmer quelques-unes des hypothèses de Hogarth.
Bammer a apporté la preuve que les objets appartenant au « trésor de fondation » identifié par Hogarth dataient en réalité du VIe siècle et appartenaient donc au temple de Crésus, la première « merveille ».

Le « temple A » n'est donc pas l'édifice le plus ancien. Les fondations concernées font elles aussi partie du temple de Crésus. Quant à la « base » trouvée par Wood et identifiée par Hogarth, il s'agit en réalité d'un naïskos () bâti à l'intérieur du temple du VIe siècle.
A. Bammer remet aussi en question une idée reçue : celle de la destruction du premier temple (A, selon la chronologie de Hogarth) attribuée aux Cimmériens, sur la foi de traditions et de textes antiques (Callimaque, Hymne à Artémis). Les fouilles ont prouvé qu'il n'en était rien. La découverte de plusieurs offrandes faites par les envahisseurs indique en effet que ces derniers respectèrent le sanctuaire et y honorèrent même la déesse.

Ce que Hogarth prit pour le temple B
n'était en réalité que la cella
() d'un temple périptère () plus vaste, doté de quatre colonnes en façade et de huit sur les côtés, que Bammer put dater de la deuxième moitié du VIIIe siècle.
Il est cependant certain que des constructions ont précédé la construction de ce temple périptère car ses colonnes sont plus anciennes que les murs de la cella et appartenaient donc à un édifice antérieur.

Les fouilles se poursuivent mais les travaux sont difficiles en raison de la nature du sol et de la remontée périodique de la nappe phréatique. Les archéologues du XXIe siècle sont confrontés aux mêmes difficultés que les architectes de l'Antiquité. Seul avantage de cette situation : lorsque l'eau envahit le site, on peut, avec un petit effort d'imagination, se voir en pèlerin débarquant au pied du péribole sacré.