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Le temple d'Artémis à Éphèse

 
Légendes de fondation

Les Amazones

Éphèse fait partie des nombreuses cités dont on attribue la fondation aux Amazones.
Pausanias rapporte que ces femmes guerrières occupèrent le site à l'époque où Thésée les combattit
mais doute qu'elles aient pu fonder le sanctuaire puisqu'elles y sacrifièrent à la déesse et que, vaincues, elles se réfugièrent auprès de ses autels (Périégèse, VII, 2, 7).
Par ailleurs, les sources antiques ne s'entendent pas sur le nom de la fondatrice principale. On cite le plus souvent Smyrna (
Σμύρνα), parfois confondue avec la mère d'Adonis, appelée aussi Myrrha. Cette Amazone fonda plusieurs autres cités sur la côte ionienne, dont celle de Smyrne, à laquelle elle donna son nom. Pour Strabon (Géographie, XIV, 1, 4), les cités de Smyrne et d'Éphèse, très proches géographiquement, n'en faisaient qu'une à l'origine, comme en témoignent certaines inscriptions dans lesquelles les Éphésiens s'appellent eux-mêmes « Smyrniens ». Un quartier d'Éphèse porte d'ailleurs toujours le nom de « Smyrna ».
Callimaque, dans son Hymne à Artémis, désigne comme fondatrice Hippo, et Alciphron, cité par Athénée dans les Deipnosophistes, mentionne Latoreia. Assimilée à Léto, dont le culte se développera sur le mont Coressos, cette dernière donnera son nom à un village proche d'Éphèse.
Il est aussi question d'Otréra, épouse d'Arès et mère de la célèbre Penthésilée. C'est elle qu'Hygin désigne, à deux reprises, comme fondatrice du temple (Fabulae, 123 et 225).
Il serait vain de chercher des certitudes dans une origine que les Anciens percevaient eux-mêmes comme confuse et contradictoire mais il est certain que le culte de l'Artémis éphésienne est étroitement lié, dès son origine, à celui des Amazones. Des statues figuraient en bonne place dans l'Artémision et on retrouvera des aspects « amazoniens » dans certaines présentations de la déesse, y compris, paradoxalement, dans l'Artémis dite « polymastos » (aux multiples seins).


Bacchus combattant les Amazones. Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio (fig 191) Combat de Thésée, Hercule et des Amazones. BNF Richelieu Manuscrits Français 59

(Pour en savoir plus sur les Amazones...)

 Le nom d' Éphesos (Ἔφεσος)

Une tradition, prétendument d'origine lydienne, rattachait la fondation à une autre Amazone, nommée Éphésos, ce qui offrait l'avantage, un peu trop opportun, peut-être, de faire coïncider le nom de la ville et celui de sa fondatrice. Malheureusement, cette Éphésos, mentionnée dans le seul Etymologicum magnum, n'apparaît nulle part ailleurs et a probablement été inventée de toutes pièces à une époque tardive.
Si le nom de la cité ne lui vient pas de sa fondatrice, il faut donc le chercher ailleurs. Une autre légende met en scène un Éphesos de sexe masculin, dont on ne sait que peu de choses mais à qui on attribue parfois la construction du premier temple. D'après Pausanias, il était fils du fleuve Caystre et parent des Amazones. Il fut aidé dans sa tâche par un autochtone du nom de Coressos. Ces deux termes renvoient directement aux lieux géographiques (montagne et fleuve) voisins.
Dans l
'Etymologicum Magnum, Éphesos est un « aubergiste » (κάπελος) qui accueillait les étrangers à leur arrivée sur la côte ionienne et il faudrait même voir là l'origine d'une des fêtes principales de la cité : la procession de Daïtis.
« Non seulement le nom d'Éphesos s'étendit à la ville mais le mot repas (daïs), qui se rapportait à sa profession, désigna dès lors le lieu où il l'avait exercée. Le même terme servit à qualifier une des cérémonies du culte de la "Grande Déesse". »
Si l'on veut bien passer sur le caractère fantaisiste de cette étymologie, on peut s'intéresser à ce qu'elle sous-entend : Éphèse est, à l'origine, une ville portuaire et commerçante. Sa situation géographique et son dynamisme ont, par la suite, assuré sa prospérité, sa renommée et le rayonnement de sa Grande Déesse.

Androclos et les Ioniens

Selon une autre tradition, la cité aurait été fondée par Androclos ( Ἄνδροκλος) ou Androclès (Ἀνδροκλῆς). Cette légende se rattache aux mythes fondateurs des peuples ioniens d'Asie Mineure et au thème du retour des Héraclides, qui correspond probablement au souvenir des invasions doriennes. À la fin du XIe siècle, les Ioniens sont refoulés des régions qu'ils occupaient en Grèce continentale. Les fils de Codros, dernier roi légendaire d'Athènes, partent alors en Asie à la recherche de nouveaux territoires à coloniser. Nélée fondera Milet, Prométhos et Damasichthon Colophon. Avant son départ, Androclès, avait consulté l'oracle de Delphes et savait qu'il devrait fonder sa ville à l'endroit où se rencontreraient un poisson et un sanglier. Quand il accosta en Asie, ses marins firent cuire un poisson sur la plage. Le poisson, encore frétillant, sauta hors du brasier et mit le feu à un buisson d'où jaillit un sanglier. Androclès sut alors qu'il était sur le site d'Éphèse.
La légende est rapportée par Athénée dans les Deipnosophistes (2,1.173.15).

Légendes liées à l'introduction du culte d'Artémis

Artémis n'a pas toujours été, à Éphèse, la divinité principale. Avant son arrivée, sur la côte comme dans toute l'Anatolie, dominaient des cultes liés à la déesse mère : la Terre. Ces divinités prenaient des formes et portaient des noms divers : Astarté, Ishtar ou Cybèle, dont le culte traversera les siècles et s'imposera même tardivement à Rome jusqu' à l'avènement du christianisme.

L'introduction du culte d'Artémis est donc liée à l'arrivée des premiers colons grecs. Athénée, qui rapporte la légende du poisson et du sanglier, nous dit que, sitôt installés, les Ioniens d'Androclos édifièrent sur la place du marché un temple d'Artémis et sur le port, celui d'Apollon Pythien. La volonté de conquête est évidente et l'allusion est claire : l'attribut d'Apollon (Pythien) rappelle ici son triomphe, à Delphes, sur le monstre fils de la Terre et la volonté des nouveaux occupants d'imposer leurs propres croyances à la place des anciens cultes chtoniens.

La substitution se fit, semble-t-il, sans violence car les Grecs, comme plus tard les Romains, assimilaient facilement les cultes étrangers. En Asie, ce syncrétisme religieux() favorisa naturellement l'introduction des divinités féminines. Aphrodite, Déméter et Coré, toutes liées d'une manière ou d'une autre à la naissance et à la fertilité, connurent également une grande popularité.

À Éphèse, peu à peu, les attributs de la déesse mère, les lieux où elle était honorée, certains aspects de son culte et de ses représentations furent attribués à Artémis. Les légendes sont là pour justifier cette assimilation.

La naissance d'Artémis et Apollon à Ortygie

Pour comprendre l'importance du sanctuaire d'Artémis à Éphèse, il faut enfin rattacher sa fondation à une légende que les Éphésiens s'efforcèrent d'imposer.
Dans le monde gréco-romain, on s'accorde à dire que Léto, poursuivie par la vindicte d'Héra, avait trouvé refuge en un lieu nommé Ortygie où elle mit au monde les deux enfants qu'elle avait eus de Zeus : Artémis et Apollon. Dans la tradition mythologique la plus courante, Ortygie est identifiée à l'île de Délos, qui changea de nom et s'appela « la brillante » précisément à l'occasion de la naissance sur son sol du dieu de la lumière. Dans cette version, ce n'est que plus tard que Léto se réfugia en Asie, où elle fut d'ailleurs fort mal reçue par les Lyciens.
Les Éphésiens, de leur côté, prétendaient qu'Ortygie était un lieu-dit situé à proximité de leur cité. La déesse serait donc née chez eux et non à Délos. Ils situaient le lieu de l'accouchement sur les pentes du mont Coressos et l'honoraient par des rites particuliers qui se perpétuèrent parallèlement au culte principal qu'ils rendaient à la déesse dans l'Artémision.
On a la preuve que ce culte existait encore à l'époque romaine. Strabon dit avoir vu les sanctuaires dans lesquels il était pratiqué (Géographie, XIV, 1, 20). Tacite rapporte également cette légende, en indiquant que les Éphésiens la firent valoir, comme preuve d'ancienneté, auprès de l'empereur Tibère quand celui-ci voulut réviser les privilèges accordés à certains sanctuaires religieux. (Annales, III, 61)

Mais ce dernier témoignage doit sans aucun doute inciter à la prudence. Il est possible, en effet, que cette « tradition » ait été construite de toutes pièces et tardivement, pour conserver des privilèges menacés, comme les précédentes l'avaient été pour donner une légitimité au lieu.