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Le temple d'Artémis à Éphèse

 
Le temple "classique" ou "hellénistique" : seconde version de la "merveille"

Après l'incendie du temple, en 356 av. J.-C., les Éphésiens entreprirent rapidement de le reconstruire et, comme c'est souvent le cas en pareilles circonstances, de lui donner des dimensions et une parure encore plus dignes d'admiration. Il semble même que le sanctuaire ait été remis en service très rapidement, bien avant l'achèvement du chantier, qui dura à nouveau plus de cent ans. Les embellissements (sculptures, peintures) se poursuivirent pendant les siècles suivants. Peut-être même ne cessèrent-ils jamais, jusqu'à la dernière destruction du temple.

Les commanditaires

Le nouvel édifice fut parfois appelé "temple d'Alexandre" car on on attribuait au conquérant les décrets signifiant sa reconstruction. Celui-ci, soucieux de s'assurer la fidélité des cités grecques d'Asie Mineure, s'intéressa en effet de près au sanctuaire et proposa une importante contribution financière lors de son passage, en 334, mais les Éphésiens écartèrent sa proposition, arguant qu"il ne conviendrait pas à un dieu de faire acte de dévotion et de piété à l'égard d'autres dieux" (Artémidore cité par Strabon, Géographie, XIV, 1, 22)
Ce refus, exprimé d'une manière toute diplomatique, montre que les Éphésiens souhaitaient désormais se passer de toute contribution étrangère et se sentaient capables d'assurer seuls la reconstruction de leur "merveille". En avaient-ils les moyens ?   D'après Strabon, le financement fut couvert  par des dons, des emprunts et la vente des vestiges de l'ancien temple. On trouva aussi des fonds, semble-t-il, en sollicitant les citoyens les plus fortunés, comme  en témoigne cet extrait de l'Économique d'Aristote.
D'ailleurs, l
es textes et les fouilles confirment que  la reconstruction était déjà commencée en 334. C'est du moins ce qu'on peut déduire de la lecture de l'Anabase  d'Arrien qui rapporte que, sous le règne du père d'Alexandre, les cités ioniennes s'étaient révoltées contre les Perses et qu'une statue du roi de Macédoine avait été dressée dans le temple d'Artémis. Quelques années plus tard, dans les débuts de la conquête d'Alexandre, le satrape Memnon fit abattre cette statue et piller le temple (Anabase 1, 17, 11).
Si l'on accorde foi à ce récit, il faut admettre que, peu de temps avant l'arrivée du conquérant, le sanctuaire n'était pas du tout à l'abandon et recelait de nouveau suffisamment de richesses pour susciter un pillage en temps de guerre.


Il est probable que la Confédération Ionienne apporta aussi sa contribution et  qu'il y eut d'autres souscripteurs.  Ainsi Pline signale-t-il  que les colonnes furent financées sur les fonds privés de certains rois, sans préciser lesquels. Sans doute s'agit-t-il de régimes vassaux de l'empire de Darius. Mais ces contributions ne furent que des compléments. La volonté d'indépendance des Éphésiens montre que leurs classes dirigeantes souhaitaient retrouver les valeurs d'un ordre ionien ancien que les rivalités entre les cités grecques d'Europe avaient fait un temps vaciller.

Les architectes et les sculpteurs

Alexandre comprit ce  désir d'indépendance religieuse mais il lui fallait, tout en faisant preuve à son tour de diplomatie, marquer son passage de son empreinte. A cette fin, selon Strabon, il laissa à la  disposition  des Éphésiens un de ses architectes, Deinocratès, qui passe aussi pour avoir dessiné le plan de la première Alexandrie.  Cette générosité lui permettait de reprendre à moindres frais l'œuvre de Crésus, tout en laissant un fidèle dans la place.
De son côté, Vitruve mentionne  Démétrius, "serviteur de Diane" et Paeonius d'Éphèse, mais il est possible que ces deux architectes n'aient travaillé en réalité qu'à la première restauration du IVe siècle.  

Proportions, place et nombre des colonnes

La deuxième merveille est edifiée exactement sur le même soubassement que la précédente mais se trouve entourée sur les 4 côtés d'une crépis () de 10 ou 13 marches qui la rehausse de 2,76 m. par rapport à la construction précédente. Cette innovation présentait le double avantage de réutiliser sur place les blocs de marbre du temple précédent et de mettre le nouvel édifice à l'abri des inondations qui devenaient de plus en plus fréquentes.
La hauteur totale de l'édifice est estimée à 32 m.
On a longtemps pensé que le second temple était plus élevé mais moins long que le précédent
et que ces nouvelles proportions devaient le rendre plus harmonieux. En réalité, la dernière campagne de fouilles a fait apparaître qu'il dépassait son prédécesseur dans les trois dimensions.

Le temple reste un édifice de type diptère () à péristyle () et les colonnes extérieures sont érigées presque exactement sur l'emplacement des précédentes. On ignore volontairement les réalisations de l'Acropole d'Athènes, et en particulier le Parthénon, qui, depuis le Ve siècle, attirait pourtant les regards du monde antique. La volonté d'indépendance des Éphésiens se manifeste aussi par le souci de s'affranchir des modèles culturels qui s'étaient imposés à tout le monde grec pendant le siècle de Périclès. 
En pays ionien, l'ordre ionique reste plus que jamais de mise.

Plan du temple hellénistique Maquette du temple Reconstitution d'une partie de la colonnade

Toutefois, si le temple hellenistique se superpose au temple de Crésus,  le nombre des colonnes et le plan intérieur diffèrent.
Le pronaos est prolongé par une rangée supplémentaire de  colonnes. Cette triple rangée en façade en fait donc un "faux diptère".
L'adyton () est remplacé par un opisthodome (), ouvrant ainsi le temple à l'est.
Les dimensions du stylobate sont désormais  de 125,16 m x 64,79 m. Pour se faire une idée de ce que représente une telle surface, il suffit de se dire qu'elle est plus importante que celle d'un terrain de rugby.
Les colonnes, ioniques (), d'environ  18,4 m de hauteur étaient disposées ainsi : 

  • rangées de 8 colonnes en façade à l'ouest 
  • 2 rangs de 4 colonnes in antis () dans le pronaos 
  • 2 rangées de 21 colonnes sur chacun des deux côtés
  • 2 rangs de 9 colonnes à l'est.
  • 3 colonnes à l'entrée de l'opisthodome.
Le total est donc de 117 colonnes (on ne compte qu'une fois les colonnes d'angle).

Comme dans le temple précédent, l'écartement entre les colonnes du milieu de la façade, égal à celui des deux rangées in antis, est légèrement supérieur à l'espacement des autres, de manière à marquer l'entrée de l'édifice, fermée par les portes monumentales. 

Matériaux et ornementation

Le marbre est à nouveau le matériau employé. Il est probable qu'on se servit des mêmes techniques et des mêmes machines que celles qu'avaient utilisées les ingénieurs et les ouvriers du premier temple.
Les colonnes sculptées sont sans aucun doute à chercher encore dans la façade et les premières colonnes extérieures.
Il ne s'agissait plus, comme au VIe siècle, de bâtir un grand temple mais de reconstruire celui qui, aux yeux de tous, passait déjà pour une merveille. Le prestige du lieu et la renommée qu'il devait assurer à tous ceux qui collaboraient à sa réédification et à son ornementation attirèrèrent donc à Éphèse un grand nombre d'artistes venus de tout le monde grec.

Le marbre est à nouveau le matériau employé. Il est probable qu'on se servit des mêmes techniques et des mêmes machines que celles qu'avaient utilisées les ingénieurs et les ouvriers du premier temple.
Les colonnes sculptées sont sans aucun doute à chercher encore dans la façade et les premières colonnes extérieures.
Il ne s'agissait plus, comme au VIe siècle, de bâtir un grand temple mais de reconstruire celui qui, aux yeux de tous, passait déjà pour une merveille. Le prestige du lieu et la renommée qu'il devait assurer à tous ceux qui collaboraient à sa réédification et à son ornementation attirèrèrent donc à Éphèse un grand nombre d'artistes venus de tout le monde grec. Parmi les sculptures réalisées, on peut identifier les vestiges suivants : un bas-relief représentant le sacrifice d'Alceste, le combat de Thésée contre Sinis et celui d' Héraclès contre Antée.


D'après Pline, les plus grands artistes du monde grec se rendirent à Éphèse et rivalisèrent à cette occasion. Il cite Phidias, Polyclète, Crésilas, Pharadmon, Scopas, Praxitèle
et Thrason, qui participa,  à la même époque, à la construction du Mausolée d'Halicarnasse. Strabon indique que tous ces artistes, attirés par la réputation du temple et le prestige que leur apporteraient leurs créations, "consentirent d'importants rabais" 

Une telle constellation de talents ne pouvait que susciter une grande émulation, dont on trouve l'écho dans une anecdote plaisante rapportée par  Pline l'Ancien. Pour la réalisation d'une statue d' Amazone qu'ils souhaitaient placer dans l'Artémision, les Éphésiens organisèrent un concours. Quand toutes les oeuvres furent achevées, pour définir quelle était la plus belle, on procéda à un vote à bulletins secrets entre les artistes eux-mêmes. Chacun choisit bien entendu sa propre production mais tous placèrent en seconde position celle de Polyclète, qui fut donc déclaré vainqueur. 
De tous ces trésors, il ne nous reste que peu de chose : quelques copies d'époque romaine, un bas-relief dans lequel certains voient une oeuvre de Polyclète, une
représentation du sacrifice d'Alceste sur une colonne. C'est bien peu quand on songe à toutes les offrandes qui se sont accumulées dans l'enceinte de l'Artémision pendant des siècles.

Destruction et réemploi des matériaux 

Le temple, édifié entre le IVe et le IIIe av J.-C., resta admiré jusqu'au IIIe siècle ap. J.-C, soit pendant plus de cinq cents ans. C'est cet édifice qu'ont vu tous les auteurs anciens qui nous ont laissé leur témoignage. Il servit de modèle à d'autres temples, à Sardes, Priène, Magnésie du Méandre, Téos, Claros. Il survécut  à quelques catastrophes - un incendie à l'époque d'Auguste, un tremblement de terre - mais ne résista pas aux invasions barbares de la fin de l'Empire romain. En 263, il fut détruit par les Goths et ne se releva plus jamais. Ses marbres furent utilisés pour la construction de la basilique Saint-Jean et de Sainte-Sophie de Constantinople.

Pour avoir une idée de ce qu'a pu représenter le temple d'Artémis, il faut se contenter des très intéressants vestiges de celui d'Apollon à Didymes, qui,  comme il se doit, était le jumeau de celui d' Éphèse. Bien que moins richement décoré et d'ordre dorique, il avait les mêmes dimensions, le même plan, et comptait plus d'une centaine de colonnes.

Vue du temple d'Apollon à Didymes Plan du temple de Didymes
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