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Le temple d'Artémis à Éphèse

 
Artémision : les temples antérieurs au VIe siècle

 

« Septiens » , « quinquiens » ?

Pline l'Ancien, dans un chapitre (mutilé) de son Histoire Naturelle, nous indique que le temple d'Artémis fut réédifié « sept fois ». Il est vrai que les fouilles font apparaître, sur le site de l'Artémision, plusieurs édifices successifs, dont les constructions, destructions, restaurations et réédifications s'étendent de l'époque archaïque à la fin de l'empire romain d'occident. Ce sont seulement les deux derniers, le temple dit « de Crésus », et le temple classique dit « hellénistique », ou, improprement, « d'Alexandre », qui ont fait l'admiration des visiteurs.


Plan général du site de l'Artémision Plan de la base centrale


Les temples dits « A » et « B »

Les dernières fouilles, menées par l'école autrichienne à la fin du XXe siècle, sous la direction d'Anton Bammer, ont permis de vérifier quelques-unes des hypothèses des archéologues anglais du XIXe siècle mais ont aussi montré que leurs observations étaient partiellement erronées.
En effet, le « temple A » n'est pas l'édifice le plus ancien. Les blocs de schiste vert qui le constituaient étaient situés nettement au-dessus de la couche de sable, ce qui prouve que les fondations concernées font partie du premier temple de Crésus. Quant au temple B, il n'est pas la reconstruction du temple A mais la cella d'un édifice plus ancien, qui a été identifié comme un temple périptère plus vaste, doté de quatre colonnes en façade et de huit sur les côtés.

Le temple périptère



Vue du temple périptère Plans  du premier périptère (1e et 2e périodes) Plan de la cella Plan du naïskos

À l'intérieur de la cella, six colonnes entouraient une base rectangulaire, qui devait être couverte d'un dais et formait ainsi une petite chapelle intérieure. Un sondage effectué sous cette base a mis à jour des poteries de l'époque géométrique moyenne, ce qui permet de dater la construction de la deuxième moitié du VIIIe siècle.
Quelle était la fonction de ce naïkos ? S'agissait-il d'un foyer ou d'un autel ? L'absence totale de fragments organiques indique que les sacrifices ne se faisaient pas à cet endroit. Il est plus vraisemblable qu'il abritait le xoanon (), statue en bois de la déesse. La découverte sous la base de nombreux objets en ambre, percés d'un orifice comme pour les enfiler en collier, fait pencher pour cette hypothèse car il s'agissait sans aucun doute d'éléments de la parure de culte de la statue.
Le temple résulte donc de la combinaison de deux types de plans en usage à cette époque : le temple-foyer à baldaquin dont on trouve des exemples en Crète et dans l'île de Chios et le temple à colonnade périptère, invention ionienne. Cette découverte conduit à reconsidérer la date de cette innovation qui se situerait effectivement du VIIe siècle, et non à l'époque de la renaissance ionienne du VIe siècle.

Le Périptère semble avoir été, dès sa construction, menacé par la montée du niveau des eaux du Caystre. À une date mal déterminée, il a été rehaussé par la pose sous les bases de colonnes, d'un soubassement composé de schiste vert.
Sans doute la stabilité apportée ne fut-elle pas totale car l'édifice fut réaménagé une dernière fois à la fin du VII
e siècle. À cette époque, la colonne extérieure dut être supprimée et ne subsistèrent que les murs de la cella.

Le temple C  et l'Hécatompédon ()

Sur l'identification et les dimensions du temple C, les interprétations de Hogarth n'ont pas été remises en cause par A. Bammer mais des éclaircissements ont pu être apportés.

Au cours de leurs fouilles, Hogarth et Anderson avaient mis au jour les restes d'un autre dispositif dont ils firent un relevé très précis sans parvenir à l'interpréter. Il s'agit d'un édifice de 34,40 m. sur 16 m. La longueur correspondant exactement à 100 pieds ioniens, la structure mérite donc le titre d'Hécatompédon qu'on trouve dans les sources antiques et dont on connaît d'autres exemplaires, comme à Samos ou à Athènes.
Cet Hécatompédon est orienté au nord, c'est-à-dire exactement à la perpendiculaire du temple C. Quelle était sa fonction ?
On a d'abord cru y voir le grand autel de sacrifice du temple de Crésus. À l'appui de cette théorie, son axe perpendiculaire, situé exactement face à l'entrée du temple, et sa proximité. Mais l'analyse stratigraphique montre l'antériorité de l'Hécatompédon par rapport au grand temple, ce qui rend cette hypothèse très peu vraisemblable. Pourrait-il alors avoir été le grand autel du temple C ? C'est peu probable en raison de ses dimensions, pratiquement égales à celles de ce temple.

Il est certain qu'à l'intérieur du péribole, il y avait, avant l'époque de Crésus, des édifices consacrés à d'autres dieux ou déesses. Pour A. Bammer, il s'agirait donc plutôt d'un second temple, et son orientation, ainsi que ses dimensions, inciteraient à en faire un temple d'Apollon, le jumeau d'Artémis.

Parties visibles du temple C Emplacement de l'Hécatompédon Vue aérienne de l'Hécatompédon


Pas plus que le temple C, l'Hécatompédon n'aurait été achevé. Les deux constructions ont probablement été détruites par Crésus, comme d'autres lieux de culte secondaires, pour ne laisser place qu'à un seul sanctuaire, un seul temple et un seul culte : celui d'Artémis, divinité fédératrice de toutes les composantes de la société éphésienne : autochtones, Ioniens, Lydiens et symbole du nouveau pouvoir.

En résumé

Pour les édifices antérieurs au VIe siècle, A. Bammer résume ainsi les conclusions qu'on peut tirer de ses fouilles :

 Il existait, à l'intérieur du temple du VIIIe siècle, une construction périptère formant un dais.
La destruction de ce temple n'est pas due aux Cimmériens mais à une inondation catastrophique au VIIe siècle.
La base orientale A, en schiste vert, est la substruction du naïskos de Crésus.
La chronologie des monnaies d'électrum trouvées dans la base A peut, pour certaine d'entre elles, descendre jusqu'à 560 av. J.-C.
Les petits objets découverts par Hogarth ne témoignent pas d'un sacrifice de fondation mais sont un remblai postérieur.
La politique religieuse de Crésus était de détruire et de faire oublier les édifices sacrés antérieurs, tels l'Hécatompédon, l'autel Nord et les temples B et C.
(A. Bammer : « Les sanctuaires des VIIIe et VIIe siècles à l'Artémision d'Éphèse » in Revue Archéologique, 1991, fasc 1)