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 LE TEMPLE D'ARTÉMIS À ÉPHÈSE

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Plaute : Théotime, fils du Mégalobule d'Ephèse
(Les deux Bacchis,  304-348)

 .

CHRYS. Tristes ilico,
quom extemplo a portu ire nos cum auro vident,
subducunt lembum capitibus quassantibus.         
nos apud Theotimum omne aurum deposivimus,
qui illic sacerdos est Dianae Ephesiae.
NIC. Quis istic Theotimust? CHRYS. Megalobuli filius,
qui nunc in Ephesost Ephesiis carissimus.
NIC. Ne ille hercle mihi sit multo tanto carior,       
si me illo auro tanto circumduxerit.
CHRYS. Quin in eapse aede Dianai conditumst;
ibidem publicitus servant. NIC. Occidistis me;
nimio hic privatim servaretur rectius.
sed nilne attulistis inde auri domum?             
CHRYS. Immo etiam. verum quantum attulerit nescio.
NIC. Quid? nescis? CHRYS. Quia Mnesilochus noctu clanculum
devenit ad Theotimum, nec mihi credere
nec cuiquam in navi voluit: eo ego nescio
quantillum attulerit; verum haud permultum attulit.         
NIC. Etiam dimidium censes? CHRYS. Non edepol scio;
verum haud opinor. NIC. Fertne partem tertiam?
CHRYS. Non hercle opinor; verum verum nescio.
profecto de auro nil scio nisi nescio.
nunc tibimet illuc navi capiundumst iter,            
ut illud reportes aurum ab Theotimo domum.
atque heus tu. NIC. Quid vis? CHRYS. Anulum gnati tui
facito ut memineris ferre. NIC. Quid opust anulo?
CHRYS. Quia id signumst cum Theotimo, qui eum illi adferet,
ei aurum ut reddat. NIC. Meminero, et recte mones.             
sed divesne est istic Theotimus? CHRYS. Etiam rogas?
quin auro habeat soccis subpactum solum?
NIC. Cur ita fastidit? CHRYS. Tantas divitias habet;
nescit quid faciat auro. NIC. Mihi dederit velim.
sed qui praesente id aurum Theotimo datumst?             
CHRYS. Populo praesente: nullust Ephesi quin sciat.
NIC. Istuc sapienter saltem fecit filius,
cum diviti homini id aurum servandum dedit;
ab eo licebit quamvis subito sumere.
CHRYS. Immo em tantisper numquam te morabitur,     
quin habeas illud quo die illuc veneris.
NIC. Censebam me effugisse a vita marituma,
ne navigarem tandem hoc aetatis senex;
id mi haud, utrum velim, licere intellego:
ita bellus hospes fecit Archidemides.   

ubi nunc est ergo meus Mnesilochus filius?
CHRYS. Deos atque amicos iit salutatum ad forum.
NIC. At ego hinc ad illum, ut convenam quantum potest

(Les deux Bacchis,  304-348)

   

CHRYSALE.

Voyant qu'on en veut à notre or, nous prenons notre parti sans balancer. Le lendemain, l'or est enlevé du vaisseau, devant eux, sans mystère, ostensiblement, de manière qu'ils le voyent bien.

N I C O B U L E.

Parfaitement avisé! Et ensuite eux ? dis-moi.

CHRYSALE.

Ils furent très marris, quand ils nous virent rentrer tout droit en ville avec notre or, et ils retirèrent sur le rivage leur navire, en hochant la tête. Nous allâmes mettre l'or en dépôt chez Théotime.

N I C O B U L E.

Qui est ce Théotime ?

CHRYSALE.

Le fils de Mégalobule, prêtre de Diane Éphésienne, et extrêmement cher à tous les Éphésiens.

N I C O B U L E.

Par Hercule ! il serait bien plus cher encore pour  moi s'il me soufflait mon or.

CHRYSALE.

Oh! que non ; l'or est déposé dans le temple de Diane , sous la surveillance de l'autorité publique.

N I C O B U L E.

Mort de ma vie! j'aimerais bien mieux qu'il fût ici sous ma surveillance particulière. Est-ce que vous n'avez rien rapporté ?

CHRYSALE.

Si, mais je ne sais pas combien.

N I C O B U L E.

Tu ne sais pas ?

CHRYSALE.

Non; Mnésiloque se rendit de nuit secrètement chez Théotime, et il ne voulut se fier ni à moi, ni à personne de l'équipage. Je ne sais pas ce qu'il a pris ; mais ce n'est pas beaucoup.

N I C O B U L E.

La moitié ? crois-tu ?

CHRYSALE.

Je l'ignore, sur ma foi ; mais je ne crois pas.

N I C O B U L E.

Le tiers ?

CHRYSALE.

Oh! non, à ce que je crois. Au juste.... Je ne sais pas au juste. Assurément tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Il faudra maintenant t'embarquer et te mettre en route pour aller à Éphèse retirer l'or des mains de Théotime. Ah çà !

N I C O B U L E.

Quoi ?

CHRYSALE.

N'oublie pas de prendre l'anneau de ton fils.

N I C O B U L E.

A quoi bon cet anneau ?

CHRYSALE. 

C'est le signe convenu. Théotime remettra l'or au porteur.

N I C O B U L E.

Tu as raison de m'avertir; je m'en souviendrai. Ce Théotime est-il riche ?

CHRYSALE. 

Dernande-le-moi. C'est un homme qui garnit d'or les semelles de ses souliers.

N I C O B U L E.

Pourquoi donc ce mépris ?

CHRYSALE.

Sa richesse est si grande ! Il ne sait que faire de son or.

N I C O B U L E.

Eh bien! qu'il me le donne. En présence de quels témoins le mien lui a-t-il été donné ?

CHRYSALE.

Le peuple en fut témoin. Tout le monde à Éphèse sait cela.

N I C O B U L E.

Du moins mon fils a-t-il fait preuve de prudence, en choisissant un homme riche pour dépositaire. On pourra reprendre l'or, quand on voudra.

CHRYSALE.

Oh ! tu n'attendras pas le moins du monde. Il te le comptera le jour même de ton arrivée.

N I C O B U L E.

Je croyais à mon âge, si vieux, être quitte des courses maritimes et des fatigues de la navigation. Il faudra bon gré mal gré en tâter encore. J'en suis redevable à mon aimable hôte Archidame. Que fait Mnésiloque en ce moment ?

CHRYSALE.

Il est allé saluer les dieux, et puis ses amis sur la grande place.

N I C O B U L E.

Il me tarde de le voir. J'y vais de ce pas. (Il sort.)


Traduction nouvelle accompagnée de notes par J. Naudet, Panckoucke, 1833. (Bibliothèque latine-française)