Vous êtes dans un espace d'archives.   Découvrez le nouveau site Musagora !

-

 ALEXANDRE LE GRAND

sommaire du site

Pline l'Ancien : construction du temple d'Artémis à Ephèse
(Histoire Naturelle,  XXXVI, 21)

 .

Graece magnificentiae vera admiratio exstat templum Ephesiae Dianae CXX annis factum a tota Asia. In solo id palustri fecere, ne terrae motus sentiret aut hiatus timeret rursus ne in lubrico atque instabili fundamenta tantae molis locarentur, calcatis ea substravere carbonibus, dein velleribus lanae.
Universo templo longitudo est CCCCXXV pedum, latitudo CCXXV, columnae CXXVII a singulis regibus factae LX pedum altitudine, ex iis XXXVI caelatae, una a Scopa. Operi praefuit Chersiphron architectus.    
Summa miraculi epistylia tantae molis attolli potuisse; id consecutus ille est aeronibus harenae plenis, molli clivo super capita columnarum exaggerato, paulatim exinaniens imos, ut sensim opus in loco sederet. difficillime hoc contigit in limine ipso, quod foribus inponebat; etenim ea maxima moles fuit nec sedit in cubili, anxio artifice mortis destinatione suprema.
Tradunt in ea cogitatione fessum nocturno tempore in quiete vidisse praesentem deam, cui templum fieret, hortantem, ut viveret: se composuisse lapidem. atque ita postera luce apparuit; pondere ipso correctus videbatur. cetera eius operis ornamenta plurium librorum instar optinent, nihil ad specimen naturae pertinentia. 

(Histoire Naturelle,  XXXVI, 21)

   

Un monument de la magnificence grecque digne d'une véritable admiration, c'est le temple de Diane à Éphèse, élevé en cent vingt ans par toute l'Asie. On l'assit sur un sol marécageux pour le mettre à l'abri des tremblements de terre et des crevasses qu'ils produisent. D'un autre côté, pour que les fondements d'une masse aussi considérable ne posassent pas sur un terrain glissant et peu solide, on établit d'abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus.
Le temple entier a quatre cent vingt-cinq pas de long et deux cent vingt de large, cent vingt-sept colonnes faites par autant de rois, hautes de soixante pieds. De ces colonnes, trente-six sont sculptées; une l'a été par Scopas. L'architecte qui présida à l'ouvrage fut Chersiphron. Le grand prodige dans cette entreprise, c'est d'avoir élevé si haut les architraves; il en vint à bout avec des sacs pleins de sable, qu'il dressa en un plan incliné dépassant le sommet des colonnes; puis il vida peu à peu les sacs inférieurs, et les architraves vinrent insensiblement s'asseoir en leur place. La plus grande difficulté fut au frontispice même, qu'il plaçait au-dessus de la porte d'entrée.
C'était une masse énorme; elle ne se posa pas d'aplomb; l'artiste, désespéré, songeait à se donner la mort : on dit que, tourmenté par ces pensées et fatigué, il aperçut pendant la nuit, en songe, la déesse pour laquelle se faisait le temple, et qui l'exhorta à vivre, lui annonçant qu'elle avait arrangé la pierre. En effet, le lendemain la promesse se trouva accomplie, et la pierre semblait s'être mise d'aplomb par son propre poids. Les autres ornements du temple rempliraient par leurs descriptions plusieurs livres; mais ils n'ont rien de commun avec l'histoire de la nature.

Texte français : Paris : Dubochet, 1848-1850. Edition d'Émile Littré

Texte intégral disponible sur le site de Philippe Remacle