Vous êtes dans un espace d'archives.   Découvrez le nouveau site Musagora !

-

 LE TEMPLE D'ARTÉMIS À ÉPHÈSE

sommaire du site

Strabon : Les Cariens et les Lélèges 
(Géographie, VII, 7, 2)

 .

Περὶ μὲν οὖν Πελασγῶν εἴρηται, τοὺς δὲ Λέλεγας τινὲς μὲν τοὺς αὐτοὺς Καρσὶν εἰκάζουσιν, οἱ δὲ συνοί κους μόνον καὶ συστρατιώτας· διόπερ ἐν τῇ Μιλησίᾳ, Λελέγων κατοικίας λέγεσθαί τινας, πολλαχοῦ δὲ τῆς Καρίας τάφους Λελέγων καὶ ἐρύματα ἔρημα Λελέγεια καλούμενα. Ἥ τε Ἰωνία νῦν λεγομένη πᾶσα ὑπὸ Κα ρῶν ᾠκεῖτο καὶ Λελέγων· ἐκβαλόντες δὲ τούτους οἱ Ἴωνες αὐτοὶ τὴν χώραν κατέσχον, ἔτι δὲ πρότερον οἱ τὴν Τροίαν ἑλόντες ἐξήλασαν τοὺς Λέλεγας ἐκ τῶν περὶ τὴν Ἴδην τόπων τῶν κατὰ Πήδασον καὶ τὸν Σατνιό εντα ποταμόν. Ὅτι μὲν οὖν βάρβαροι ἦσαν οὗτοι, καὶ αὐτὸ τὸ κοινωνῆσαι τοῖς Καρσὶ νομίζοιτ΄ ἂν σημεῖον· ὅτι δὲ πλάνητες καὶ μετ΄ ἐκείνων καὶ χωρὶς καὶ ἐκ πα λαιοῦ, καὶ αἱ Ἀριστοτέλους πολιτεῖαι δηλοῦσιν. Ἐν μὲν γὰρ τῇ Ἀκαρνάνων φησὶ τὸ μὲν ἔχειν αὐτῆς Κουρῆτας, τὸ δὲ προσεσπέριον Λέλεγας, εἶτα Τηλεβόας· ἐν δὲ τῇ Αἰτωλῶν τοὺς νῦν Λοκροὺς Λέλεγας καλεῖ, κατασχεῖν δὲ καὶ τὴν Βοιωτίαν αὐτούς φησιν· ὁμοίως δὲ καὶ ἐν τῇ Ὀπουντίων καὶ Μεγαρέων· ἐν δὲ τῇ Λευκαδίων καὶ αὐτόχθονά τινα Λέλεγα ὀνομάζει, τούτου δὲ θυ γατριδοῦν Τηλεβόαν, τοῦ δὲ παῖδας δύο καὶ εἴκοσι Τη λεβόας, ὧν τινὰς οἰκῆσαι τὴν Λευκάδα. Μάλιστα δ΄ ἄν τις Ἡσιόδῳ πιστεύσειεν οὕτως περὶ αὐτῶν εἰπόντι ἤτοι γὰρ Λοκρὸς Λελέγων ἡγήσατο λαῶν, τούς ῥά ποτε Κρονίδης, Ζεὺς ἄφθιτα μήδεα εἰδώς, λεκτοὺς ἐκ γαίης λάους πόρε Δευκαλίωνι. Τῇ γὰρ ἐτυμολο γίᾳ τὸ συλλέκτους γεγονέναι τινὰς ἐκ παλαιοῦ καὶ μι γάδας αἰνίττεσθαί μοι δοκεῖ καὶ διὰ τοῦτο ἐκλελοιπέναι τὸ γένος·

Strabon, Géographie, VII, 7, 2

   

Nous avons déjà parlé tout au long des Pélasges ; pour ce qui est des Lélèges, nous dirons que, si certains auteurs les identifient hardiment avec les Cariens, il en est d'autres qui se bornent à croire qu'ils ont habité les mêmes pays et pris part aux mêmes expéditions, et que c'est là ce qui explique l'existence, dans le territoire de Milet, de localités appelées encore villes des Lélèges, et sur plus d'un point de la Carie de tombeaux de Lélèges et de forts abandonnés dits Lélégées. Le fait est que toute l'Ionie actuelle frit anciennement habitée par les Cariens et par les Lélèges à la fois, et que les Ioniens durent les expulser les uns et les autres pour prendre possession du pays ; plus anciennement encore, à la suite de la prise de Troie, les Lélèges s'étaient vu chasser de Pedasus et des bords du Satnioeis, positions qu'ils occupaient aux environs du mont Ida. Que les Lélèges, maintenant, aient été des barbares, le seul fait de leur association avec les Cariens suffirait à l'indiquer. Mais on voit, en outre, par les Républiques ou Constitutions d'Aristote, qu'ils avaient mené longtemps une vie errante, soit en compagnie de ce même peuple, soit seuls, et celà dès la plus haute antiquité. Ainsi, dans le livre intitulé République des Acarnaniens, Aristote nous dit qu'à l'origine une partie de l'Acarnanie fut occupée par les Curètes et que l'autre partie, la partie occidentale, le fut par les Lélèges d'abord, par les Téléboens ensuite ; dans le livre intitulé République des Aetoliens, il donne le nom de Lélèges aux Locriens actuels et assure que les Lélèges ont possédé également la Béotie. II le dit encore en traitant de la République des Opontiens et des Mégariens. Enfin, dans le livre consacré à la République des Leucadiens, il parle de Lélex comme d'un chef autochthone, dont la fille aurait mis au monde Téléboas, père lui-même des vingt-deux Téléboïdes, dont une partie aurait peuplé Leucade. Mais c'est surtout au témoignage d'Hésiode sur les Lélèges, qu'il faut, suivant nous, s'en rapporter :

«Locros, dit le poète, fut le chef des Lélèges, de ces peuples que le fils de Saturne, dans sa sagesse infinie, tira naguère du sein de la terre et rassembla sous les ordres de Deucalion».

Et, en effet, l'étymologie du nom de Lélèges semble indiquer que ce peuple se serait formé originairement du rassemblement et du mélange d'éléments divers, ce qui explique comment il a pu disparaître ensuite complètement.

Traduction  Amédée Tardieu (Paris, ed. Hachette, 1867)

Texte intégral disponible sur le site mediterranee.net