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 LE TEMPLE D'ARTÉMIS À ÉPHÈSE

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Strabon : les cités de la côte ionienne 
(Strabon, Géographie,  14, 1, 2-4)

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Ἔστι δὲ τῆς Ἰωνίας ὁ μὲν περίπλους ὁ παρὰ γῆν σταδίων που τρισχιλίων τετρακοσίων τριάκοντα διὰ τοὺς κόλπους καὶ διὰ τὸ χερρονησίζειν ἐπὶ πλεῖον τὴν χώραν, τὸ δ΄ ἐπ΄ εὐθείας μῆκος οὐ πολύ. Aὐτὸ οὖν τὸ ἐξ Ἐφέσου μέχρι Σμύρνης ὁδὸς μέν ἐστιν ἐπ΄ εὐθείας τριακόσιοι εἴκοσι στάδιοι· εἰς γὰρ Μητρόπολιν ἑκατὸν καὶ εἴκοσι στάδιοι, οἱ λοιποὶ δὲ εἰς Σμύρναν· περί πλους δὲ μικρὸν ἀπολείπων τῶν δισχιλίων καὶ διακοσίων. Ἔστι δ΄ οὖν ἀπὸ τοῦ Ποσειδίου τοῦ Μιλησίων καὶ τῶν Καρικῶν ὅρων μέχρι Φωκαίας καὶ τοῦ Ἕρμου τὸ πέρας τῆς Ἰωνικῆς παραλίας. Ταύτης δέ φησι Φερεκύδης Μίλητον μὲν καὶ Μυοῦντα καὶ τὰ περὶ Μυκάλην καὶ Ἔφεσον Κᾶρας ἔχειν πρότερον, τὴν δ΄ ἑξῆς παραλίαν μέχρι Φωκαίας καὶ Χίον καὶ Σάμον, ἧς Ἀγκαῖος ἦρχε, Λέλεγας· ἐκβληθῆ ναι δ΄ ἀμφοτέρους ὑπὸ τῶν Ἰώνων καὶ εἰς τὰ λοιπὰ μέρη τῆς Καρίας ἐκπεσεῖν. Ἄρξαι δέ φησιν Ἄνδροκλον τῆς τῶν Ἰώνων ἀποικίας, ὕστερον τῆς Αἰολικῆς, υἱὸν γνήσιον Κόδρου τοῦ Ἀθηνῶν βασιλέως, γενέσθαι δὲ τοῦτον Ἐφέσου κτίστην. Διόπερ τὸ βασίλειον τῶν Ἰώνων ἐκεῖ συστῆναί φασι, καὶ ἔτι νῦν οἱ ἐκ τοῦ γένους ὀνομάζονται βασιλεῖς ἔχοντές τινας τιμάς, προεδρίαν τε ἐν ἀγῶσι καὶ πορφύραν ἐπίσημον τοῦ βασιλικοῦ γένους, σκίπωνα ἀντὶ σκήπτρου, καὶ τὰ ἱερὰ τῆς Ἐλευσινίας Δήμητρος. Καὶ Μίλητον δ΄ ἔκτισεν Νηλεὺς ἐκ Πύλου τὸ γένος ὤν· οἵ τε Μεσσήνιοι καὶ οἱ Πύλιοι συγγένειάν τινα προσποιοῦνται, καθ΄ ἣν καὶ Μεσσήνιον τὸν Νέστορα οἱ νεώτεροί φασι ποιηταί, καὶ τοῖς περὶ Μέλανθον τὸν Κόδρου πατέρα πολλοὺς καὶ τῶν Πυλίων συνεξᾶραί φασιν εἰς τὰς Ἀθήνας· τοῦτον δὴ πάντα τὸν λαὸν μετὰ τῶν Ἰώνων κοινῇ στεῖλαι τὴν ἀποικίαν· τοῦ δὲ Νηλέως ἐπὶ τῷ Ποσειδίῳ βωμὸς ἵδρυμα δείκνυται. Κυδρῆλος δὲ νόθος υἱὸς Κόδρου Μυοῦντα κτίζει· Ἀνδρόπομπος δὲ Λέβεδον καταλαβόμενος τόπον τινὰ Ἄρτιν· Κολοφῶνα δ΄ Ἀνδραίμων Πύλιος, ὥς φησι καὶ Μίμνερμος ἐν Ναννοῖ· Πριήνην δ΄ Αἴπυτος ὁ Νηλέως, εἶθ΄ ὕστερον Φιλωτᾶς ἐκ Θηβῶν λαὸν ἀγαγών· Τέω δὲ Ἀθάμας μὲν πρότερον, διόπερ Ἀθαμαντίδα καλεῖ αὐτὴν Ἀνακρέων, κατὰ δὲ τὴν Ἰω νικὴν ἀποικίαν Ναῦκλος υἱὸς Κόδρου νόθος, καὶ μετὰ τοῦτον Ἄποικος καὶ Δάμασος Ἀθηναῖοι καὶ Γέρης ἐκ Βοιωτῶν· Ἐρυθρὰς δὲ Κνῶπος, καὶ οὗτος υἱὸς Κόδρου νόθος· Φώκαιαν δ΄ οἱ μετὰ Φιλογένους Ἀθηναῖοι· Κλαζομενὰς δὲ Πάραλος· Χίον δὲ Ἐγέρτιος, σύμμικτον ἐπαγαγόμενος πλῆθος· Σάμον δὲ Τεμβρίων, εἶθ΄ ὕστε ρον Προκλῆς. Αὗται μὲν δώδεκα Ἰωνικαὶ πόλεις, προσελήφθη δὲ χρόνοις ὕστερον καὶ Σμύρνα εἰς τὸ Ἰωνικὸν ἐναγαγόντων Ἐφεσίων· ἦσαν γὰρ αὐτοῖς σύνοικοι τὸ παλαιόν, ἡνίκα καὶ Σμύρνα ἐκαλεῖτο ἡ Ἔφεσος· καὶ Καλλῖνός που οὕτως ὠνόμακεν αὐτήν, Σμυρναίους τοὺς Ἐφεσίους καλῶν ἐν τῷ πρὸς τὸν Δία λόγῳ 

"Σμυρναίους δ΄ ἐλέησον" 

καὶ πάλιν : 

"Mνῆσαι δ΄ εἴκοτέ τοι μηρία καλὰ βοῶν Σμυρναῖοι κατέκηαν".

Strabon, Géographie,  14, 1, 2-4

   

Le relevé exact de la côte d'Ionie ne donne pas moins de 3430 stades, à cause du grand nombre de ses golfes et de la forme généralement très découpée qu'elle affecte ; mais, mesurée en ligne droite, sa longueur est peu de chose. D'Ephèse à Smyrne, par exemple, tandis que le trajet par terre, en ligne directe, mesure seulement 320 stades (120 stades jusqu'à Métropolis, et 200 de Métropolis à Smyrne), la distance par mer n'est guère inférieure à 2200 stades. Quant aux limites ou points extrêmes à assigner, d'après cela, à la côte d'Ionie, ce sont, d'une part, le cap Posidium, situé aux confins de la Carie, sur le territoire de Milet, et, d'autre part, Phocée, aux bouches de l'Hermus.
De cette côte, une partie, suivant Phérécyde (la partie où se trouvent Milet, Myonte, Mycale et Ephèse), avait été primitivement occupée par les Cariens, tandis que le reste, jusqu'à Phocée, y compris Chios et Samos (autrement dit l'ancien royaume d'Ancée), appartenait aux Lélèges ; mais Lélèges et Cariens se virent du même coup expulser par les Ioniens et refouler au coeur de la Carie. Phérécyde ajoute que la colonie ionienne, postérieure à la migration des Eoliens, avait pour chef ou orchégète Androclus, fils légitiine de Codrus, et que ce fut lui, Androclus, qui fonda Ephèse ; que c'est même à cause de cela qu'Ephèse fut choisie de préférence aux autres villes de l'Ionie pour servir de capitale ou de résidence royale. Il est constant qu'aujourd'hui encore les descendants d'Androclus sont appelés du nom de rois, et qu'ils jouissent de certaines prérogatives : qu'ils occupent, par exemple, la place d'honneur dans les jeux publics, portant une robe de pourpre comme insigne de leur royale origine et un bâton en guise de sceptre, et qu'ils assistent de droit aux mystères de Cérès Eleusinienne. Milet, à son tour, eut pour fondateur Nélée, lequel était originaire de Pylos. Mais Pyliens et Messéniens se regardent comme frères. Nestor, en raison de cette parenté, est souvent appelé le Messénien par les poètes continuateurs d'Homère, et l'on assure que Mélanthus, père de Codrus, en partant pour Athènes, comptait beaucoup de Pyliens parmi ses compagnons : on s'explique donc que tous ces Pyliens de l'Attique en masse aient pris part à la grande migration ionienne. On voit aujourd'hui encore, debout sur le cap Posidium, un autel, monument de la piété de Nélée. De même Cydrélus, fils naturel de Codrus, fonde la ville de Myonte, et Andropompe celle de Lébédos, après s'être emparé, pour y bâtir, d'un lieu appelé Artis. Colophon, elle, a pour fondateur Andraemon le Pylien, comme le marque, entre autres auteurs, Mimnerme dans son poème de Nanno. Quant à Priène, bâtie par Epytus, fils de Nélée, elle reçoit plus tard de nouveaux colons amenés de Thèbes par Philotas. Tel est le cas aussi de Téos : primitivement fondée par Athamas, comme l'atteste l'épithète d'Athamantide dont Anacréon accompagne son nom, elle reçoit, à l'époque de l'émigration ionienne, la colonie de Nauclus, fils illégitime de Codrus, et, après celle-ci, la colonie d'Apoecus et de Damase, tous deux originaires d'Athènes, voire une troisième venue de Béotie sous la conduite de Gérès. Un autre fils illégitime de Codrus, Cnopus, fonde Erythrées ; puis viennent l'Athénien Philogène et Paralus, qui fondent, le premier Phocée, le second Clazomènes. Enfin, à la tête d'un ramassis de toutes nations, Egertius bâtit Chios, pendant que Tembrion s'établit dans Samos, qui, plus tard, reçoit en outre les compagnons de Proclès.
Les douze villes que nous venons d'énumérer constituent les villes ioniennes proprement dites ; mais il faut y ajouter encore Smyrne, puisque, dans la suite, les Ephésiens introduisirent cette cité dans l'Ionicon. Ephésiens et Smyrnéens, on le sait, vivaient primitivement côte à côte ; Ephèse même, dans ce temps-là, s'appelait Smyrna. Callinus lui donne ce nom quelque part, et, dans son Invocation à Jupiter, il dit volontiers Smyrnéens pour Ephésiens : témoin ce premier passage :
«Prends pitié des Smyrnéens»,
et cet autre :
«N'oublie jamais, ô Jupiter ! que souvent en ton honneur (les Smyrnéens) ont dépecé les taureaux et brûlé ces grasses victimes».

Traduction  Amédée Tardieu (Paris, ed° Hachette, 1867)

Texte intégral disponible sur le site mediterranee.net