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 LE TEMPLE D'ARTÉMIS À ÉPHÈSE

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Tacite : le droit d'asile dans les sanctuaires d'Asie mineure
(Annales III, 60-63)

 Débat au sénat romain sur le droit d'Asile dans les temples de Grèce et d'Asie. Restriction des privilèges 

Sed Tiberius, uim principatus sibi firmans, imaginem antiquitatis senatui praebebat postulata prouinciarum ad disquisitionem patrum mittendo. crebrescebat enim Graecas per urbes licentia atque impunitas asyla statuendi; complebantur templa pessimis seruitiorum; eodem subsidio obaerati aduersum creditores suspectique capitalium criminum receptabantur, nec ullum satis ualidum imperium erat coercendis seditionibus populi flagitia hominum ut caerimonias deum protegentis. Igitur placitum ut mitterent ciuitates iura atque legatos. et quaedam quod falso usurpauerant sponte omisere; multae uetustis superstitionibus aut meritis in populum Romanum fidebant. Magnaque eius diei species fuit quo senatus maiorum beneficia, sociorum pacta, regum etiam qui ante uim Romanam ualuerant decreta ipsorumque numinum religiones introspexit, libero, ut quondam, quid firmaret mutaretue.

Primi omnium Ephesii adiere, memorantes non, ut uulgus crederet, Dianam atque Apollinem Delo genitos: esse apud se Cenchreum amnem, lucum Ortygiam, ubi Latonam partu grauidam et oleae, quae tum etiam maneat, adnisam edidisse ea numina, deorumque monitu sacratum nemus, atque ipsum illic Apollinem post interfectos Cyclopas Iouis iram uitauisse. MoxLiberum patrem, bello uictorem, supplicibus Amazonum quae aram insiderant ignouisse. Auctam hinc concessu Herculis, cum Lydia poteretur, caerimoniam templo neque Persarum dicione deminutum ius; post Macedonas, dein nos seruauisse.

Proximi hos Magnetes L- Scipionis et L- Sullae constitutis nitebantur, quorum ille Antiocho, hic Mithridate pulsis fidem atque uirtutem Magnetum decorauere, uti Dianae Leucophrynae perfugium inuiolabile foret. Aphrodisienses posthac et Strationicenses dictatoris Caesaris ob uetusta in partis merita et recens diui Augusti decretum adtulere, laudati quod Parthorum inruptionem nihil mutata in populum Romanum constantia pertulissent. Sed Aphrodisiensium ciuitas Veneris, Stratonicensium Iouis et Triuiae religionem tuebantur. Altius Hierocaesarienses exposuere, Persicam apud se Dianam, delubrum rege Cyro dicatum; et memorabantur Perpennae, Isaurici multaque alia imperatorum nomina qui non modo templo sed duobus milibus passuum eandem sanctitatem tribuerant. Exim Cyprii tribus {de} delubris, quorum uetustissimum Paphiae Veneri auctor Aesrias, post filius eius Amathus Veneri Amathusiae et Ioui Salaminio Teucer, Telamonis patris ira profugus, posuissent.

Auditae aliarum quoque ciuitatium legationem. quorum copia fessi patres, et quia studiis certabatur, consulibus permisere ut perspecto iure, et si qua iniquitas inuolueretur, rem integram rursum ad senatum referrent. consules super eas ciuitates quas memoraui apud Pergamum Aesculapii compertum asylum rettulerunt : ceteros obscuris ob uetustatem initiis niti. Nam Zmyrnaeos oraculum Apollinis, cuius imperio Stratonicidi Veneri templum dicauerint, Tenios eiusdem carmen referre, quo sacrare Neptuni effigiem aedemque iussi sint. Propiora Sardianos: Alexandri uictoris id donum. neque minus Milesios Dareo rege niti; set cultus numinum utrisque Dianam aut Apollinem uenerandi. Petere et Cretenses simulacro diui Augusti

Factaque senatus consulta quis multo cum honore modus tamen praescribebatur. iussique ipsis in templis figere aera sacrandam ad memoriam, neu specie religionis in ambitionem delaberentur.

(Annales III, 60-63)

   

Cependant Tibère, content de fortifier dans ses mains les ressorts du pouvoir, offrait au sénat l'image des temps qui n'étaient plus, en renvoyant à sa décision les demandes des provinces. Les asiles se multipliaient sans mesure dans les villes grecques, et cet abus était enhardi par l'impunité. Les temples se remplissaient de la lie des esclaves; ils servaient de refuge aux débiteurs contre leurs créanciers, aux criminels contre la justice. Point d'autorité assez forte pour réprimer les séditions du peuple, qui, par zèle pour les dieux, protégeait les attentats des hommes. (2) Il fut résolu que chaque ville enverrait des députés avec ses titres. Quelques-unes renoncèrent d'elles-mêmes à des prérogatives usurpées. D'autres invoquaient d'anciennes croyances ou des services rendus au peuple romain. Ce fut un beau jour que celui où les bienfaits de nos ancêtres, les traités conclus avec nos alliés, les décrets mêmes des rois qui avaient eu l'empire avant nous, et le culte sacré des dieux, furent soumis à l'examen du sénat, libre comme autrefois de confirmer ou d'abolir.

Les Éphésiens eurent audience les premiers. Ils représentèrent "que Diane et Apollon n'étaient point nés à Délos, comme le pensait le vulgaire; qu'on voyait chez eux le fleuve Cenchreus et le bois d'Ortygie, où Latone, au terme de sa grossesse, et appuyée contre un olivier qui subsistait encore, avait donné le jour à ces deux divinités; que ce bois avait été consacré par un ordre du ciel; qu'Apollon lui-même, après le meurtre des Cyclopes, y avait trouvé un asile contre la colère de Jupiter; que Liber Pater victorieux avait épargné celles des Amazones qui s'étaient réfugiées au pied de l'autel; que dans la suite Hercule, maître de la Lydie, avait accru les privilèges du temple, privilèges restés sans atteinte sous la domination des Perses, respectés par les Macédoniens, et maintenus par nous."

Immédiatement après, les Magnésiens firent valoir des ordonnances de L. Scipion et de L. Sylla, qui, vainqueurs l'un d'Antiochus l'autre de Mithridate, honorèrent le dévouement et le courage de ce peuple en déclarant le temple de Diane Leucophryne un asile inviolable. Les députés d'Aphrodisias et de Stratonice présentèrent un décret du dictateur César, prix de services anciennement rendus à sa cause, et un plus récent de l'empereur Auguste: ces villes y étaient louées d'avoir subi une irruption des Parthes, sans que leur fidélité envers la république en fût ébranlée. Les Aphrodisiens défendirent les droits de Vénus, les Stratoniciens ceux de Jupiter et d'Hécate. Remontant plus haut, les orateurs d'Hiérocésarée exposèrent que Diane Persique avait chez eux un temple dédié sous le roi Cyrus; ils citèrent les noms de Perpenna, d'Isauricus et de plusieurs autres généraux, qui avaient étendu jusqu'à deux mille pas de distance la sainteté de cet asile. Les Cypriotes parlèrent pour trois temples, élevés, le plus ancien à Vénus de Paphos par Aerias, le second par Amathus, fils d'Aerias, à Vénus d'Amathonte, le troisième à Jupiter de Salamine par Teucer, fuyant la colère de son père Télamon.

On entendit aussi les députations des autres peuples. Fatigué de ces longues requêtes et des vifs débats qu'elles excitaient, le sénat chargea les consuls d'examiner les titres, et, s'ils y démêlaient quelque fraude, de soumettre de nouveau l'affaire à sa délibération. (2) Outre les villes que j'ai nommées, les consuls firent connaître "qu'on ne pouvait contester à celle de Pergame son asile d'Esculape, mais que les autres cités ne s'appuyaient que sur de vieilles et obscures traditions. (3) Ainsi les Smyrnéens alléguaient un oracle d'Apollon, en vertu duquel ils avaient dédié un temple à Vénus Stratonicide; ceux de Ténos une réponse du même dieu, qui leur avait enjoint de consacrer une statue et un sanctuaire à Neptune. Sans remonter à des temps si reculés, Sardes se prévalait d'une concession d'Alexandre victorieux, Milet d'une ordonnance du roi Darius: ces deux villes étaient vouées l'une et l'autre au culte de Diane et d'Apollon. Enfin les Crétois formaient aussi leur demande pour la statue d'Auguste." 

Des sénatus-consultes furent rédigés dans les termes les plus honorables, et restreignirent cependant toutes ces prétentions. On ordonna qu'ils seraient gravés sur l'airain et suspendus dans chaque temple, afin que la mémoire en fût consacrée, et que les peuples ne se créassent plus, sous l'ombre de la religion, des droits imaginaires.

Traduction : J. L. Burnouf, Oeuvres complètes de Tacite traduites en français avec une introduction et des notes, Paris, 1859

Texte intégral disponible sur le site Itinera electronicai de l'Université Catholique de Louvain et sur le site de Philippe Remacle