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François de Malherbe

POÉSIES XXI POÉSIES XC

POÉSIES

XXI

AU ROI HENRI LE GRAND, SUR L'HEUREUX SUCCÉS DU VOYAGE DE SEDAN  
ODE

Cette pièce fut imprimée pour la première fois en 1607, dans le Parnasse des plus excellents poëtes de ce temps. On voit dans L'Estoile qu'elle courait manuscrite dès le mois de décembre de l'année précédente. Suivant Ménage, qui le tenait de racan, c'était une de celles que Malherbe estimait le plus.
Henri IV partit de Paris le 15 mars 1606, à la tête de son armée, pour aller assiéger le duc de Bouillon dans Sedan, qui se rendit le 8 avril.
Malherbe rend hommage à la victoire du Roi, puis le conjure de continuer ses conquêtes notamment en Italie.

         Ce sera là que ma lyre,
         Faisant son dernier effort,
         Entreprendra de mieux dire
         Qu'un cygne près de sa mort ;
195    Et se rendant favorable
         Ton oreille incomparable,
         Te forcera d'avouer,
         Qu'en l'aise de la victoire
         Rien n'est si doux que la gloire
200    De se voir si bien louer.

          Il ne faut pas que tu penses
          Trouver de l'éternité
          En ces pompeuses dépenses
          Qu'invente la vanité ;
205     Tous ces chefs-d'œuvres antiques
          Ont à peine leurs reliques ;
          Par les Muses seulement
          L'homme est exmpt de la Parque ;
          Et ce qui porte leur marque
210    Demeure éternellement.

          Par elles traçant l'histoire
          De tes faits laborieux,
          Je défendrai ta mémoire
          Du trépas injurieux ;
215     Et quelque assaut que te fasse.
          L'oubli par qui tout s'efface,
          Ta louange dans mes vers,
          D'amarante couronnée (1) ,
          N'aura sa fin terminée
220     Qu'en celle de l'univers.

(1) Couronner quelqu'un d'amarante, est, dit Ménage, une façon de parler très belle et très poétique, pour dire lui donner l'immortalité ; l'amarante étant une fleur qui ne se flétrit point, comme le marque son nom, et qui pour cela est appelée l'Immortelle.

Malherbe (François de), Œuvres complètes. Tome premier, Poésies, édition de Paris : L. Hachette, 1862

XC

A MONSEIGNEUR FRÈRE DU ROI  
SONNET

Au dire de Ménage, Malherbe aurait fait ce sonnet en 1628. C'est une erreur ; la pièce imprimée d'abord dans une feuille volante, a paru dès 1627 dans le Recueil des plus beaux vers, et est probablement fort antérieure à cette date ; car Gaston, duc d'orléans, né en 1608, n'aurait eu qu'en 1628 les vingt ans dont parle le poëte.

Muses, qand finira cette longue remise
De contenter Gaston, et d'écrire de lui ?
Le soin que vous avez de la gloire d'autrui
Peut-il mieux s'employer qu'à pareille entreprise ?

En ce malheureux siècle où chacun vous méprise,
Et quiconque vous sert n'en a que de l'ennui,
Misérable neuvaine, où sera votre appui,
S'il ne vous tend les mains, et ne vous favorise ?

Je crois bien que la peur d'oser plus qu'il ne faut,
Et les difficultés d'un ouvrage si haut,
Vous ôtent le desir que sa vert vous donne ;

Mais tant de beaux objets tous les jours s'augmentants,
Puisqu'en âge si bas leur nombre vous étonne,
Comme y fournirez-vous quand il aura vingt ans ?

Malherbe (François de), Œuvres complètes. Tome premier, Poésies, édition de Paris : L. Hachette, 1862