Vous êtes dans un espace d'archives.   Découvrez le nouveau site Musagora !

Jean Moréas

Stances, Deuxième Livre, XIX Stances, Deuxième Livre, XX Stances, Quatrième Livre, XVI

 

STANCES

DEUXIÈME LIVRE (XIX)

          Beaux présents que la muse, hélas ! M'accorde encore,
          Ô mes vers, autrefois
          Vous étiez, au jardin, la fleur qui vient d'éclore
          Et l'oiseau dans les bois ;

          Vous étiez le ruisseau quand le soleil l'égaie
          Et s'en fait un miroir.
          Et maintenant, mes vers, d' une mortelle plaie
          Vous êtes le sang noir !

DEUXIÈME LIVRE (XX)

          Muse, comment sais-tu de ces heures sinistres
          Tisser un jour vermeil,
          Comment à l'unisson fais-tu sonner les sistres
          Dans un discord pareil ?

          Ah ! Sur ton Pinde encor se peut-il que je sache
          Me frayer un chemin,
          Et ton laurier sacré, faut-il que je l'arrache
          De cette impure main ?

QUATRIÈME LIVRE (XVI)

          J' écoute sur ma lèvre, ô voix cyrénéenne,
          Tes accents surhumains ;
          Et quels faisceaux, brillant de l' eau castalienne,
          Débordent de mes mains !

          Mais vous m' étiez jadis, Muses, comme une forte
          Liqueur riche en chaleurs,
          Et mon âme à présent n'est qu'une belle morte
          Gisante dans vos fleurs.

(MORÉAS (Jean), STANCES, QUATRIÈME LIVRE (XVI), Édition de Paris : Mercure de France, 1920)