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Présence des Muses dans la poésie française

XVIème siècle XVIIème siècle XVIIIème siècle XIXème siècle

 

DU BELLAY (Joachim) - 1522 - 1560

Ou sont ces doulx plaisirs qu'au soir soubs la nuict brune
Les Muses me donnoient, alors qu'en liberté
Dessus le verd tapy d'un rivage escarté
Je les menois danser aux rayons de la Lune ?
DU BELLAY (Joachim), Les regrets (1558), sonnet VI, in H. Chamard, Édition critique, Société des Textes français modernes, vol. II, Paris, 1910)

L'honneur nourrit les arts, et la Muse demande
Le theatre du peuple et la faveur des Roys.
(DU BELLAY (Joachim), Les regrets (1558), sonnet VII, in H. Chamard, Édition critique, Société des Textes français modernes, vol. II, Paris, 1910)

Je suis né pour la Muse, on me fait mesnager ;
(DU BELLAY (Joachim), Les regrets (1558), sonnet XXXIX, in H. Chamard, Édition critique, Société des Textes français modernes, vol. II, Paris, 1910)

RONSARD (Pierre de) - 1524 - 1585

En toi habite desormais
Des Muses le college,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilege.
Ronsard (Pierre), Odes (1550-1556)- A la Fontaine de Gastine, in Oeuvres complètes, Tome 6, nouvelle édition publiée par M. Prosper Blanchemain, Paris, P. Jannet, 1857

Tu vivras dans les bois pour la Muse et pour toy.
Ronsard (Pierre), Hymnes (1555-1556)- De l'Automne, in Oeuvres complètes, Tome 6, nouvelle édition publiée par M. Prosper Blanchemain, Paris, P. Jannet, 1857

RÉGNIER (Mathurin) - 1573 - 1613

Et rendre par leurs vers, leur muse maquerelle
...
Et le corps ne se paist aux banquets de la muse.
Régnier (Mathurin), Satire III, in Œuvres complètes, édition de Paris : P. Jannet, 1853.

Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle.
Mathurin Régnier, Satire IV, in Œuvres complètes, édition de Paris : P. Jannet, 1853.

MALHERBE (François de) - 1555 - 1628

Par les Muses seulement
L'homme est exempt de la Parque ;
Et ce qui porte leur marque
Demeure éternellement.
Malherbe (François de), Poésie XXI, in Œuvres complètes. Tome premier, édition de Paris : L. Hachette, 1862

Muses, quand finira cette longue remise
De contenter Gaston, et d'écrire de lui ?
Malherbe (François de), Poésie XC, in Œuvres complètes. Tome premier, édition de Paris : L. Hachette, 1862

BOILEAU-DESPREAUX (Nicolas) - 1636 - 1711

Enfin Malherbe vint, et le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence :
D'un mot mis à sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la Muse aux regles du devoir.
Art poétique (1674), Chant I, vers 131-140

VOLTAIRE (François Marie AROUET, dit) - 1694 - 1778

Et si d' une muse féconde
Les vers aimables et polis
Sauvent une âme en l'autre monde,
Il (1) ira droit en paradis.
L'abbé de Chaulieu
Épitre à Monsieur le Duc de Sully

Virgile le premier, mon idole et mon maître,
Virgile s' avança d' un air égal et doux ;
Les échos répondaient à sa muse champêtre,
L'air, la terre et les cieux en étaient embellis ;
Épitre à Madame du Chatelet
VOLTAIRE (François Marie AROUET, dit), Œuvres complètes, tome X, Paris : Éditions Garnier, 1877

CHÉNIER (André de) - 1762 - 1794

Ma muse aux durs glaçons ne livre point ses pas ;
Délicate, elle tremble à l'aspect des frimas [...]
Élégie première

Ô sons, ô douces voix chères à mon oreille,
Ô mes Muses, c'est vous. Vous, mon premier amour,
Vous, qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour [...]
Élégie IV
Chénier (André de), Élégies (1852), in Œuvres complètes publiées par H. de Latouche, Édition de Paris : Baudoin frères, 1819  

LAMARTINE (Alphonse de) - 1790 - 1869

Muse, contemple ta victime !
Méditations poétiques (1820), XI. - L'enthousiasme

VIGNY (Alfred de) - 1797 - 1863

La Muse a mérité les insolents sourires
Et les soupçons moqueurs qu'éveille son aspect.
Dès que son œil chercha le regard des satyres,
Sa parole trembla, son serment fut suspect,
Il lui fut interdit d'enseigner la sagesse,
Au passant du chemin elle criait : " Largesse ! "
Le passant lui donna sans crainte et sans respect.
Vigny (Alfred de), Les Destinées (1838 - 1863), La Maison du Berger (1844) - II, in Œuvres complètes, Édition de Paris, A. Lemerre, 1883

MUSSET (Alfred de) - 1810 - 1857

LA MUSE
Poète, prends ton luth et me donne un baiser;
La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir; les vents vont s'embraser,
- Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth et me donne un baiser.
MUSSET (Alfred de), Les Nuits, La Nuit de Mai (1835)

LA MUSE
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.
C'est une dure loi, mais une loi suprême,
Vieille comme le monde et la fatalité,
Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême,
Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.
MUSSET (Alfred de), Les Nuits, La Nuit d'Octobre (1835)

HUGO (Victor) - 1802 - 1885

Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense.
Hugo (Victor), Les Feuilles d'automne (1831) - XL, in J. Hetzel, A. Quantin, Paris, 1882.

Muse Indignation, viens, dressons maintenant,
Dressons sur cet empire heureux et rayonnant,
Et sur cette victoire au tonnerre échappée,
Assez de piloris pour faire une épopée !
HUGO (Victor), Châtiments (1853), Nox, J. Hetzel, A. Quantin, Paris, 1882

Ah ! quelqu'un parlera. La muse, c'est l'histoire.
Quelqu'un élèvera la voix dans la nuit noire.
Riez, bourreaux bouffons !
Quelqu'un te vengera, pauvre France abattue,
Ma mère : et l'on verra la parole qui tue
Sortir des cieux profonds !
HUGO (Victor), Châtiments (1853), La famille est restaurée, Livre III, Joyeuse vie, IX, J. Hetzel, A. Quantin, Paris, 1882.

 Vous me criez : - Comment, monsieur ! qu'est-ce que c'est ?
La stance va nu-pieds ! le drame est sans corset !
La muse jette au vent sa robe d'innocence !
Et l'art crève la règle, et dit : C'est la croissance ! -
HUGO (Victor), Les Contemplations (1856), Aurore, Livre premier, J. Hetzel, A. Quantin, Paris, 1882

LECONTE DE LISLE (Charles-Marie LECONTE, dit) - 1818 - 1894

Ô Muses, volupté des hommes et des dieux,
Vous qui charmez d'Hellas les bois mélodieux,
Vierges aux lyres d'or, vierges ceintes d'acanthes,
Des sages vénérés nourrices éloquentes,
Muses, je vous implore !
Leconte de Lisle (Charles-Marie Leconte, dit), Poèmes antiques (1852), Hélène, I - Démodoce, Édition de Paris : M. Ducloux, 1852

Les Muses, à pas lents, Mendiantes divines,
S'en vont par les cités en proie au rire amer.
Leconte de Lisle (Charles-Marie Leconte, dit), Poèmes antiques (1852), Dies Irae, Édition de Paris : M. Ducloux, 1852

BAUDELAIRE (Charles) - 1821 - 1867

Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creus sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VII, La muse malade

O muse de mon œur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VIII, La muse vénale

... sa chère, sa délicieuse, son exécrable femme, son inévitable et impitoyable Muse...
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), XLIII, Le galant tireur

... Arrière la muse académique ! Je n'ai que faire de cette vieille bégueule. J'invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu'elle m'aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d'un œil fraternel.
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), L, Les bons chiens

BANVILLE (Théodore de) - 1823 - 1891

Ô muse ! Qui naguère et tout petit enfant
M'as choisi pour les vers et pour le chant lyrique !
Banville (Théodore de), Les Cariatides, Érato (1841), Édition de Paris : Charpentier, 1891

RIMBAUD (Arthur) - 1854 - 1891

Je jure, cher maître, d'adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté.
Rimbaud (Arthur), Correspondance - Lettre à Théodore de Banville, 24 mai 1870, Éditions Champion électronique, cédérom Rimbaud.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Rimbaud (Arthur), Ma Bohême (1870), texte du Cahier de Douai, Éditions Champion électronique, cédérom Rimbaud.

MORÉAS (Jean) - 1856 - 1910

Mais vous m' étiez jadis, Muses, comme une forte
Liqueur riche en chaleurs,
Et mon âme à présent n' est qu' une belle morte
Gisante dans vos fleurs.
MORÉAS (Jean), STANCES, QUATRIÈME LIVRE (XVI), Édition de Paris : Mercure de France, 1920.

CLAUDEL Paul - 1868 - 1955

Ô mon âme ! le poëme n'est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier.
Ô mon âme ! il ne faut concerter aucun plan ! ô mon âme sauvage, il faut nous tenir libres et prêts,
Comme les immenses bandes fragiles d'hirondelles quand sans voix retentit l'appel automnal !
Ô mon âme impatiente, pareille à l'aigle sans art ! comment ferions-nous pour ajuster aucun vers ? à l'aigle qui ne sait pas faire son nid même ?
Que mon vers ne soit rien d'esclave ! mais tel que l'aigle marin qui s'est jeté sur un grand poisson,
Et l'on ne voit rien qu'un éclatant tourbillon d'ailes et l'éclaboussement de l'écume !
Mais vous ne m'abandonnerez point, ô Muses modératrices.
CLAUDEL Paul, Cinq grandes odes suivies d'un Processionnal pour saluer le siècle nouveau (1908), Texte présenté par Marius-François Guyard, Éditions de l'Imprimerie nationale

A consulter :

Sur le site "Poésie française" de Webnet, trois sonnets des seizième et dix-septième siècles : Jacques TAHUREAU (1527-1555), Muses, adieu, et votre chant jazard ; Jean de La Péruse (1529- 1554), Aux Muses ; Guillaume COLLETET (1598-1659), Les Muses bernées.
http://www.poesie.webnet.fr/

Sur le site Jean de La Fontaine, Le songe de Vaux découpé en dix pages (la page 5 étant : Acante, au sortir de l'apothéose d'Hercule, est mené dans une chambre où les muses lui apparaissent).
http://www.lafontaine.net/poemes/vaux.htm