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  R E L I G I O N S  O R I E N T A L E S  À  R O M E
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Pour une analyse iconographique - La diffusion du christianisme au Ier siècle après J.-C.

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Regards modernes :
iconographie de la persécution des chrétiens à Rome


Néron, Pierre et Paul
  Les martyrs

 

     Le christianisme ayant pris la place que l'on sait, il est intéressant de se demander quelle image s'est peu à peu construite, dans l'iconographie occidentale, des rapports entre les Romains de l'Antiquité et les premiers chrétiens.
      Le thème du martyre a dès le Moyen-Âge occupé une place importante ; on a bien sûr continué à représenter des chrétiens mis à mort pour leur foi au long des siècles, mais on note un regain d'intérêt très important pour le sujet au XIXème siècle. C'est à ces deux périodes que cette page est consacrée.
     Néron, le premier persécuteur, a particulièrement marqué les mémoires. La monstruosité du caractère de l'empereur, responsable de nombreux crimes, a dû jouer un rôle, le fait qu'il ait été le premier à ordonner, à Rome, l'exécution de chrétiens, aussi. Mais l'abondance des représentations est liée en premier lieu au rôle que la légende lui fait jouer dans le martyre des apôtres Pierre et Paul.

Néron, Pierre et Paul : représentations médiévales

     Au Moyen-Âge, les scènes représentées suivent des règles iconographiques précises : gestes, vêtements, objets ont une signification, codée avec précision. Les personnages, les décors, les costumes ne renvoient pas à l'Antiquité mais à l'époque où la peinture est réalisée.

Le mal absolu

     Très tôt, Néron va être dépeint comme un monstre sanguinaire et incarner le mal absolu : on le voit ordonner la mort de Sénèque, faire éventrer le cadavre de sa mère Agrippine (qu'il a fait assassiner), ou se donnant la mort, acte considéré alors par l'église comme le plus inexpiable des crimes.

 Crimes de Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 349), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits) sur la même image, morts de Sénèque, d'Agrippine et de Néron.

La comparution de Paul et Pierre devant Néron

     Cette scène est fréquente, parfois accompagnée de la mise à mort de l'apôtre. Paul apparaît souvent seul, mais les deux apôtres sont aussi confrontés ensemble à l'empereur.

Saint Pierrre et saint Paul devant Néron, photo Erich Lessing, © [Texteimage.com] Saint Pierrre et saint Paul devant Néron, photo Erich Lessing, © [Texteimage.com]
Saint Pierre et saint Paul devant Néron, XIIème siècle

 Saint Paul devant Néron, Bible, (cote : Avranches- BM - ms. 0003), vers 1210-1230 (base enluminures)
 Saint Paul devant Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 309), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits)
 Saint Pierre et saint Paul devant Néron, Vie de Saints (cote : Français 183, fol. 14), France, 1er-2e quart du XIVème siècle (BNF, département des manuscrits)
  Saint Paul devant Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 314v), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits)

Le châtiment de tant de crimes

     Sur une même image, les enlumineurs peignent d'une part la mort de Paul, décapité, à laquelle l'empereur assiste, le glaive brandi, et d'autre part l'apparition de Paul ressuscité, tenant d'une main l'épée de justice et montrant le ciel à Néron :

  Saint Paul apparaissant à Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 315v), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits)

Car les forfaits de Néron ne restent pas impunis. Pour avoir fait mettre à mort les deux envoyés de Dieu, il est promis à des tourments éternels, livré à des monstres démoniaques :

  Châtiment de Néron, Vie de saint Denis, (cote : 1098, fol. 34), France, milieu du XIIIème siècle (BNF, département des manuscrits)

L'enluminure suivante présente, en haut, le martyre de Pierre, qui, suivant la légende, fut crucifié, mais la tête en bas, car il se jugeait indigne de mourir de la même façon que son dieu. En dessous, Néron est emmené vers les feux de l'enfer :

  Châtiment de Néron, Ivo de sancto dionysio, vita et passio beati dionysii, (cote : Français 2091, fol. 64v), France, XIVème siècle - 1317 (BNF, département des manuscrits)

Des thèmes récurrents au travers des siècles

     Les siècles suivants continuent de trouver leur inspiration dans ces représentations. Ainsi, la confrontation de Pierre et de Néron, peinte au quattrocento - c'est-à-dire à la période de la Renaissance italienne - par Filippino Lippi (Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence), montre une évolution dans la peinture de l'épisode. On note en particulier la volonté de donner de Néron une image qui ressemble aux portraits antiques :

Saint Pierre devant Néron, photo Erich Lessing,© [Texteimage.com] Saint Pierre devant Néro, détail, photo Erich Lessing,© [Texteimage.com] Saint Pierre devant Néron, détail, photo Erich Lessing,© [Texteimage.com]
Saint Pierre devant Néron, Filippino Lippi, XVème siècle

Des monnaies permettent d'apprécier cette ressemblance :
  Page présentant les douze césars (voir Néron au bas de la page). Roman Numismatic Gallery.
  Un sesterce et un aureus (monnaies de bronze et d'or). Sur le site du British Museum, Compass, taper nero dans l'outil de recherche (search). Les deux aurei auxquels le Néron de F. Lippi ressemble sont les plus tardifs.

     Ces représentations, qu'elles soient médiévales ou plus tardives, de la persécution des apôtres Pierre et Paul sont d'ordre mythique, puisque reconstruites à postériori, transmises par la tradition, et mettant en scène des envoyés de dieu confrontés à la force brutale du pouvoir temporel.

Parmesan, Le Martyre de saint Paul, photo Michèle Bellot, RMN,© [Texteimage.com] Parmesan, Le Martyre de saint Paul, photo Michèle Bellot, RMN,© [Texteimage.com] La séparation de  Pierre et Paul, G. Lanfranco, photo Michèle Bellot, RMN © [Texteimage.com]
Le martyre de Saint Paul, Parmesan, XVIème siècle
La Séparation de Saint Pierre et de Saint Paul allant au martyre, G. Lanfranco, XVIIème siècle


Les martyrs vus par le dix-neuvième siècle

Toucher la sensibilité

     Le XIXème siècle a vu naître un vif regain d'intérêt pour les martyrs chrétiens, particulièrement en France. En effet, des restes trouvés dans les catacombes sont reconnus, sans véritables fondements historiques, comme ceux de saints morts pour leur foi. Ces reliques de corps saints - près de trois cents dans le deuxième quart du siècle en ce qui concerne la France - sont recueillies et transportées dans les paroisses, les couvents : " Le corps saint est une page blanche où s'inscrit librement la piété des fidèles, un itinéraire hagiographique potentiel, celui du martyre, que l'imagination dévote n'a cessé d'avoir retracé. " ( Ph. Boutry, MEFRM, Tome 91-1979-2, p.882). Cette exaltation du thème du martyre a pour but de éveiller la ferveur, de susciter un retour à la foi des origines en affermissant l'attachement à Rome. Le saint - dont souvent on ignore jusqu'au nom, qui lui est attribué par l'église - doit toucher la sensibilité par sa jeunesse, sa beauté, sa pureté ; il sera ainsi à même d'édifier la jeunesse et de lui présenter un modèle de sacrifice de soi.
      Les représentations qui en sont faites privilégient une esthétique de l'émotion. Le contexte historique importe peu, il s'agit d'évoquer une spiritualité basée sur la sensibilité.

Paul Delaroche, la jeune martyre,  photo Erich Lessing, © [louvre.edu]

La base Joconde (Ministère de la Culture), donne accès aux reproductions et aux notices de plusieurs oeuvres (entrer la référence de l'oeuvre dans le formulaire de recherche en cochant la case " avec image ") :
  RF 1038 : La jeune martyre, peinture à l'huile, Paul Delaroche, deuxième moitié du XIXème siècle, Paris, Musée du Louvre.
  RF 174 : Tarcisius, martyr chrétien, sculpture, Jean Alexandre Joseph Falguière, fin du XIXème siècle, musée d'Orsay, Paris. Cette oeuvre a connu un grand sucès en son temps. Elle a fait l'objet de reproductions grandeur nature, de réductions en plâtre et en marbre. Le musée des Augustins à Toulouse en conserve le plâtre (numéro d'inventaire  : RA 950).

Peindre " l'histoire "

     D'autres représentations du martyre des premiers chrétiens appartiennent au genre de la peinture d'histoire. A ce titre, elle ont tenté les artistes, férus d'anecdotes et de détails pittoresques, que l'on qualifie de pompiers. Ils allient alors, dans une mise en scène dramatisée, une thématique religieuse au goût que le XIXème siècle manifeste pour les sujets antiques. Sur la base Joconde :

  RF 102 : Les martyrs aux catacombes, peinture à l'huile, Jules Eugène Lenepveu, 1855, Paris, musée d'Orsay.
  INV 20042 : Martyrs chrétiens entrant à l'amphithéâtre, peinture à l'huile, Léon Bénouville , 1855, Paris, musée d'Orsay.
  PFH-604 : La communion des premiers chrétiens, peinture à l'huile, Octave Tassaert, 1851, Bordeaux, musée des Beaux-Arts

  La d ernière prière des martyrs, Jean-Léon Gérôme, 1883. Ce tableau de grande taille (88x150cm), qui appartient au musée de Baltimore, devient rapidement très célèbre, et est reproduit sous forme d'une carte postale vendue à Rome, en noir et blanc d'abord, puis sous forme de dessin colorié. Aujourd'hui encore, il illustre des pages web consacrées au martyre des premiers chrétiens.

Martyr des premiers Chrétiens, carte postale, collection particulière, DR