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Le graphisme à l’école maternelle : but ou moyen ?
 


Auteur : Bernard Calvet et Patrice Gourdet (conseillers pédagogiques à Viry-Chatillon)
Académie : Versailles
Département : Essonne
Niveau : grande section - petite section - moyenne section

De quel graphisme parle-t-on ?
Les programmes définissent l’activité graphique au travers de gestes et de motifs. Le geste permet l’enchaînement de traces, de courbes, de lignes simples rythmées et organisées. L’appropriation de l’acte graphique se traduit par une intention. L’élève devient conscient de ce qu’il produit par écrit ; petit à petit il anticipe ses gestes, projette des tracés et construit des motifs qu’il peut montrer, expliquer, afficher. Il devient un créateur de formes d’autant plus imaginatif que l’enseignant va en permanence verbaliser pour relancer individuellement et collectivement les initiatives.
Quelles activités mettre en œuvre ?
L’appropriation par l’élève de l’acte graphique se fait-elle simplement par un travail de reproduction de signes simples comme une suite de ronds, de traits obliques ou de vagues ? Cela semble insuffisant. Il ne faut donc pas réduire ces activités à des contraintes imposées par l’adulte car le graphisme c’est aussi une forme d’expression, d’art, que l’on peut expliquer, communiquer. La verbalisation des activités permet de donner sens aux productions.
L’élève peut ainsi se comporter comme « un explorateur, un créateur de formes » lors :
- de la « décoration » de poésies ou de chants (et non leur illustration) ;
- de l’élaboration de frises avec des motifs alternés (formes et couleurs) ou avec un même motif répété, le motif étant déjà un agencement de traces simples ;
- de la variation graphique autour d’une ou plusieurs gommettes, de pliages, de coulures d’encre, etc. ;
- du remplissage avec des motifs simples de rosaces tracées, de grilles…
Toutes ces mises en œuvre méritent d’être anticipées par leur « chef d’orchestre », l’enseignant. Elles n’en seront ainsi que mieux valorisées.
Le geste graphique, quelle progression ?
Monter – descendre – tourner dans un sens – enchaîner – s’arrêter – faire des boucles, des traits horizontaux, des vagues… Il ne s’agit pas de travailler systématiquement et séparément chacune de ces actions mais bien de rester dans la complexité en les associant, afin que l’élève trouve le geste le mieux adapté et le plus efficace dans une situation donnée. En effet, concevoir une progression uniquement fondée sur ces éléments n’est pas opérationnel à moyen et long terme.
Le degré de maturité de l’élève, la précision des gestes en allant du geste spontané au geste intentionnel, la conduite d’un tracé à grandes amplitudes jusqu’au tracé minutieux ou réduit, la maîtrise de l’utilisation de scripteurs de plus en plus fins sont des actes essentiels. Ils sont confortés par le travail du corps dans les activités de motricité fine (les jeux d’emboîtement, la pâte à modeler, le découpage, le collage…), mais aussi dans l’espace lors de l’enseignement de l’éducation physique et sportive. Laisser des traces à l’extérieur dans le sable, faire tourner un ruban, dessiner un signe dans le dos d’un camarade qui doit ensuite le reproduire sont autant d’activités qui permettent de travailler des sensations, des représentations de gestes, de signes.
Ce faisceau d’activités permet ainsi une intériorisation et une maturité du geste indispensables aux activités d’écriture.
Le choix des outils scripteurs et leur tenue doivent viser une mobilisation de la « position » : la pince avec l’index et le pouce, le support avec le majeur. Une vigilance de tous les instants est nécessaire. Toutes les occasions sont à saisir, devant les élèves, pour écrire en verbalisant son geste.
Enfin, les supports et leurs orientations sont également des variables essentielles pour permettre aux élèves de maîtriser le geste graphique. Les grandes pistes graphiques verticales, voire des tableaux toujours accessibles et adaptés à la taille des élèves, sont à valoriser. Ils offrent un espace de dessin, de graphisme et d’écriture proche, motivant, laissant des traces éphémères où les essais et les erreurs ne sont pas pénalisants.
Voici quelques conseils :
- utiliser des feutres simples spécifiques au graphisme et qui ne servent que pour cette activité ;
- verbaliser les productions : « Comment as-tu fait pour… ? » ;
- construire des affiches collectives référentes dans la classe au fur et à mesure des découvertes des élèves ;
-  mettre en place un classeur référent ou classeur d’idées regroupant les motifs les plus intéressants ; à la fin de l’année tous les élèves, quel que soit le niveau de leur production, auront un de leurs travaux graphiques dans cet outil collectif.
Le graphisme au service de l’écriture ?
Écrire suppose une maîtrise des gestes indissociable des apprentissages linguistiques. L’écriture met en jeu cinq activités simultanées : des activités motrices, visuelles et occulo-manuelles qui sont communes au graphisme et des activités mentales et linguistiques qui sont plus spécifiques à l’écriture. Lors de la découverte progressive du code alphabétique, des compétences particulières sont développées.
L’écriture renvoie au mot, à sa reconnaissance, à sa reproduction, mais elle est indissociable du sens et du pouvoir des mots, des phrases, des textes. Écrire, ce n’est pas seulement reproduire des signes dans un certain ordre ; écrire, c’est surtout produire du sens. Les élèves doivent donc savoir ce qu’ils écrivent, sinon ils ne sont que de simples copistes.
Pour communiquer, les élèves peuvent être amenés à produire des écrits. Pour répondre à ce besoin d’écrire, on peut manipuler des étiquettes porteuses de sens, mais on peut aussi utiliser des capitales d’imprimerie. Le passage à l’écriture cursive demandera du temps. En effet, cela suppose que l’élève sache enchaîner des tracés spécifiques en respectant notre orientation culturelle, de gauche à droite, de bas en haut.
Les activités graphiques ont un rôle essentiel. Il ne faut pas oublier, comme le précisent les programmes, qu’apprendre à écrire, c’est faire un long parcours qui débute tout juste à l’école maternelle et se prolonge tout au long de l’école…
Quelques pistes pour l’élaboration d’une progression
1. Construire le geste moteur, permettre aux élèves de passer du geste spontané à un geste anticipé, réfléchi et maîtrisé :
- utiliser différentes échelles ;
- utiliser des articulations segmentaires différentes ;
- agir sur la pression de l’outil scripteur ;
- se diriger progressivement vers une motricité fine ;
- relier les activités graphiques à celles du domaine « agir et s’exprimer avec son corps ».

2. Réaliser des activités graphiques permettant le passage d’un tracé à grande amplitude à un tracé minutieux, d’abord sur une grande surface puis sur des surfaces de plus en plus réduites et normées :
- utiliser les premiers acquis dans les activités de poterie, tissage, décoration d’objets créés, pâte à modeler ;
- permettre l’enchaînement de lignes continues, brisées, discontinues, rectilignes, courbes ;
- alterner les couleurs.
Au cours de ces activités :
- utiliser des scripteurs de plus en plus fins et précis : le doigt, la plume d’oiseau, le morceau de bois ;
- viser la fluidité et la lisibilité de l’écriture (levée minimale du crayon) avec des éléments extérieurs codifiés tels que le pinceau, le crayon à papier, le feutre en agissant sur divers paramètres comme l’alternance des couleurs…;
- s’appuyer sur une verbalisation des trajectoires pour donner tout son sens au graphisme dirigé ; la copie permet de mémoriser des graphies par le recours au modèle.

3. Permettre la découverte du code alphabétique :
- recourir à l’écriture en lettres capitales en travaillant avec les prénoms ;
- mettre en place progressivement les premières règles de la communication écrite ;
- introduire l’écriture cursive d’abord sur une ligne, puis entre deux lignes.

Pour un apprentissage réussi :
- pratiquer quotidiennement le dessin libre et d’observation ;
- s’entraîner à enchaîner des lignes simples, rectilignes, courbes, continues ou discontinues ;
- tenir correctement les outils ;
- construire un répertoire de gestes simples de l’écriture, le sens du tracé étant indiqué par une flèche ;
- comprendre qu’écrire sert à communiquer, ce qui implique des tracés conformes à la norme et lisibles pour être compris.
L’enseignant doit effectuer un contrôle attentif lors des premiers essais d’écriture et veiller à la verbalisation.

Bernard Calvet et Patrice Gourdet,
conseillers pédagogiques à Viry-Chatillon

Article paru dans le numéro de Blé 91 (Bulletin de liaison des enseignants de l’Essonne)
intitulé «  La maternelle : une école ! », n° 38, septembre 2006 (fichier PDF – 1,2Mo).

Une internaute a réagi : lire son message (message posté en décembre 2006).

Mise en ligne en novembre 2006.

Bibliographie
- Calmy G., Espace et graphisme, Nathan, 1981.
- Lurçat L., L’activité graphique à l’école maternelle, ESF éditions, 1980.
- Éducation enfantine, n° 1054, Du dessin à l’écriture, novembre 2003.

Pour en savoir plus
Accéder au site de la revue « Blé 91 » (http://www.ac-versailles.fr).


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